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Dans l'univers de la peintre polonaise Aleksandra Waliszewska

L’univers de la peintre polonaise Aleksandra Waliszewska est teinté d’humour et de macabre, comme l’envers d’un conte de fées où des jeunes filles damnées rencontreraient des animaux totems et des hot dogs sexy. Rencontre.
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Parlez-nous de votre parcours et de ce qui vous a menée à la peinture. 

Je suis née à Varsovie en 1976, mais j’ai passé une grande partie de mon enfance à la campagne. Mon truc, c’était d’observer la vie des poulets. Ma famille matrilinéaire est presque exclusivement composée d’artistes : ma grand-mère était sculptrice et auteure (le héros de la série télé sixties Bonanza, Lorne Greene, était l’un de ses fidèles clients). Ma mère est aussi sculptrice et mon autre grand-mère écrivait des fables. Je suis diplômée d’écoles d’art à Varsovie, mais c’est une éducation que je ne recommanderais à personne. On n’y apprend que la paresse, l’autocontemplation et la subversion. Je dessine et je peins depuis mon enfance, mais il m’a fallu beaucoup de volonté pour ne pas souffrir de la léthargie académique.

Quelle est votre approche de la peinture? 

Je peins chaque jour depuis le lycée. Avoir une routine de travail m’aide beaucoup. Je déteste les artistes qui passent leur temps à babiller au lieu de faire.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 

J’aime les soi-disant maîtres, particulièrement ceux de la Renaissance. Depuis cette période et Michel-Ange, l’art n’a fait qu’empirer. Du XIXe siècle à aujourd’hui, je peux compter sur les doigts d’une main les artistes qui me fascinent. La littérature m’inspire aussi, surtout Flaubert, Céline et Gogol.

Il y a une forte dimension narrative dans vos peintures, qui rappelle la littérature gothique.

J’aime les histoires imparfaites d’Hanns Heinz Ewers et Les Souffrances du prince Sternenhoch, de l’écrivain tchèque Ladislav Klima, une parodie du gothique. Mais je n’aime pas disserter sur ces sujets.

Il y a également une touche d’humour. Comment l’intégrez-vous dans vos peintures aux atmosphères généralement sombres ? 

Je n’ai pas le sens de l’humour. Mais je peux rire de Benny Hill autant que du malheur de mes ennemis.

Vous semblez très productive. Savez-vous toujours dans quelle direction vous allez lorsque vous peignez ? 

Durant mes études, j’ai eu du succès en travaillant de façon très intensive. Pour être plus littérale, je faisais référence à mes peintres préférés, comme Piero della Francesca, Sassetta ou Masaccio. J’ai déjà passé plus de six mois sur la même toile. J’ai fini par la trouver très faible et par la recouvrir, sans même la photographier. C’était assez frustrant. J’ai continué à travailler de cette façon pendant un temps, puis j’ai réalisé que ces tourments n’avaient pas de sens, je suis donc passée à un autre mode de travail.On trouve des thèmes récurrents dans votretravail : la violence, la vulnérabilité des jeunes femmes... Je n’analyse jamais mon travail.

Avez-vous des cauchemars récurrents ?

Je rêve souvent que j’entre dans des toilettes et que la cuvette est si étrange qu’il m’est difficile de faire ce que j’ai à y faire. Et la porte ne ferme pas. En revanche, les échantillons cosmétiques gratuits qu’on trouve dans ce genre d’endroit sont plutôt sympas.

Quels sont vos projets ? 

Je participe à une exposition qui démarre au mois de juin au Musée d’art contemporain de Varsovie. J’y organise un genre de festival personnel, avec l’inauguration de la quatrième édition de ma monographie, intitulée Problem/Solution, publiée chez Timeless Editions. Nick Cave a écrit la préface. Il y aura aussi mon nouveau livre, Hot Dog Chronicles, publié chez Mania Press. Les musiciens Chicaloyoh et Anatole joueront à l’ouverture. Avec la designer Latajace Oko, nous prévoyons de leur créer des combinaisons spéciales. J’aime collaborer avec des gens qui travaillent dans la mode, en ce moment c’est avec Latajace Oko, pour qui j’ai dessiné une paire de collants avec un motif peint de flux sanguin.

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