Pop Culture

Comment la mode tourne le dos à Donald Trump

by Felix Besson
30.01.2017
L'élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis aura décidément soulevé la polémique dans le monde entier et dans tous les secteurs. Le milieu modeux n'échappe pas à la règle. Déclarations enflammées, pamphlets assassins, les créateurs américains montent au créneau et prouvent que l'apologie de la ségrégation n'envahira pas l'industrie du luxe. Enfin pas entièrement.

Le 8 novembre 2016, c'est un véritable cataclysme qui s'abat sur le pays emblème de la liberté et de la tolérance. Le milliardaire Trump, après une campagne populiste contre l'establishment remporte l'éléction présidentielle américaine. Et ce contre toute attente. Décrié par les élites nationales comme un beauf sans aucune compassion ni empathie, the Donald investissait il y a 10 jours le bureau ovale. Et depuis, c'est une déferlante de messages pro ou against Trump qui déchaîne les réseaux sociaux. Les designers ne dérogent pas à la règle, et pour cause : la création, vecteur ultime de liberté et d'expression, va complètement à l'encontre des diatribes du 45e président des Etats-Unis. 

Chanel, Dior, Valentino, tous les plus grands noms prennent le chemin de l'engagement politique et idéologique par la création textile. De la manifestation tout-tweed sous la verrière du Grand Palais signée Karl Lagerfeld à la veine résolument féministe de Maria-Grazia Chiuri pour Dior, en passant par les slogans néo-punks de Valentino, le mercato mode se voit rythmé par une vague contestataire contre l'obscurantisme et les discriminations. Une position qui ne date pas d'hier. Du New Look de Christian Dior qui délivre la femme du corset aux fables surréalistes d'Elsa Schiapparelli, incluant l'art dans la couture, les créateurs persistent à transmettre des messages dans leurs collection. Pas étonnant donc qu'à l'arrivée de Trump aux manettes du pouvoir, la communauté mode hausse le ton. A commencer par le sujet épineux de la Première Dame.

"Personne ne devrait l'habiller, et si jamais elle venait à acheter vos vêtements, dites que vous ne soutenez pas cela. Vous savez qui vous êtes !" Humberto Leon sur Twitter

Il est d'usage pour les maisons, aux Etats-Unis comme en Europe, de se livrer à une guerre sans merci pour habiller la femme du président en fonction. Pourtant, dans le cas de Melania Trump, les choses se gâtent. Beaucoup d'éminents designers ne cautionnent pas l'image qu'elle véhicule à travers les convictions de son mari, et refusent de l'habiller. "Personne ne devrait l'habiller, et si jamais elle venait à acheter vos vêtements, dites que vous ne soutenez pas cela. Vous savez qui vous êtes !" proclame Humbero Leon, directeur artistique de Kenzo et fondateur du label Opening Ceremony. Cette ardeur, reprise par de nombreux confrères comme la créatrice Sophie Theallet sur son Twitter - "Le racisme, le sexisme et la xenophobie véhiculés par les propos de son mari lors de la campagne présidentielle sont incompatibles avec les valeurs que nous partageons" -  ou encore Marc Jacobs, ont vite classifé le milieu mode new-yorkais comme anti-trumpist. Tom Ford, maître incontesté du beau, s'est vu largement critiqué par le nouveau président pour ses propos, affirmant que la Première Dame ne porterait pas ses créations.

Mais au delà de l'image, il y a une réalité commerciale non-négligeable. Et certains gros empires du luxe ont su rejoindre la cause Trump, par choix délibéré ou par libéralisme. Tommy Hilfiger ne s'en est pas caché, et explique que "personne ne devrait voir la chose de manière politique. Tout le monde était ravi d'habiller Michelle Obama, Melania Trump est la nouvelle First Lady" au WWD. Ralph Lauren, qui l'a habillée pour la cérémonie d'investiture du nouveau président, voulait "perpétuer la tradition en créant une silhouette iconique, très américaine, pour cette occasion" selon le New-York Times. Reste à savoir quelle attitude portera ses fruits sur la durée. 

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