Joaillerie

Dans les ateliers Vhernier

À l’occasion du vingtième anniversaire de la collection “Calla”, nous avons visité les ateliers de la maison Vhernier sur les rives du Pô. Une plongée enthousiasmante au cœur du savoir-faire piémontais.
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La légende raconte que des paysans italiens trouvèrent un jour des pépites d’or le long des rives du Pô. Ces orpailleurs donnèrent naissance à des générations d’orfèvres qui continuent aujourd’hui encore à exercer leur artisanat. Nous sommes à Valenza, petite commune du Piémont, située à égale distance de Milan, Gênes et Turin. La ville n’a rien de pittoresque ni de touristique. Tout juste apprend-on par hasard que le florentin Benvenuto Cellini y travailla. Il faut fouiller, ou plutôt se faire guider par un connaisseur, pour découvrir avec émerveillement des ateliers familiaux que rien ne distingue au premier coup d’œil d’un classique immeuble d’habitation. Car Valenza est la ville de l’or. Des mains d’or plus précisément. Ici, le métal précieux est martelé, tissé, effiloché, poli, fondu, ciselé, gravé, découpé avec amour par des alchimistes aussi discrets que passionnés. N’allez pas croire que la puissance envoûtante de ce savoir-faire empêche les artisans locaux d’embrasser le futur avec gourmandise : ce centre de production fait au contraire preuve d’une formidable capacité d’innovation stylistique ou technique, notamment en ce qui concerne l’exploration de nouveaux matériaux.

C’est dans cette cité que sont façonnés les bijoux Vhernier. Comment pouvait-il en être autrement ? La maison a été fondée ici même en 1984 par Angela Camurati. C’est elle qui nous accueille dans l’immeuble abritant les studios de design et les salles de réunion de la marque. Regard pétillant, sourire avenant, Angela – on le sent immédiatement – aime le parler vrai. Son enthousiasme sans afféterie est communicatif. Son sens de la mesure, attesté par la simplicité de ses manières accueillantes, confirme une élégance véritable : “Je ne peux pas dire que j’aimais les bijoux autrefois. J’ai précisément créé Vhernier comme un atelier d’orfèvrerie parce que je souhaitais offrir des créations différentes, moins somptuaires et compassées, plus en phase avec la modernité de notre époque.” Il est vrai que les bijoux Vhernier ne ressemblent à aucun autre. Lumière et mouvement président à la création des bijoux, sur lesquels se fait sentir ici l’influence de Brancusi, de son sens du minimalisme et de l’abstraction, là le travail de Lucio Fontana, de son geste puissant et souverain. Et tandis que la collection “Volta Celeste” capture de manière saisissante, grâce à la suavité d’un bombé et la finesse d’un sertissage étudié, l’essence des astres et la magie de leur contemplation, les colliers “Venezia”, les bagues “Aladino”, la collection “Freccia” et la stupéfiante série limitée de broches animalières offrent une exploration inédite de la couleur et de la transparence. Car Valenza n’est pas qu’une cité d’orfèvres, c’est aussi un laboratoire où se peaufinent des trouvailles joaillières exceptionnelles, comme nous le prouvera ensuite la visite de l’atelier dédiée aux transparences : caverne d’Ali Baba où le maestro volubile et mélomane (il joue du piano pour nous dire au revoir), entouré de ses polisseuses (ici, les hommes sertissent, les femmes polissent), imagine des miroitements inédits, provoque des couleurs hypnotiques, véritablement surnaturelles, des teintes changeantes obtenues par la superposition de pierres opaques et de cristal de roche. C’est ainsi qu’une broche coquillage, en diamants et cristal de roche apposé sur une couche de turquoise, ressuscite les toiles de David Hockney. “On peut tout faire à Valenza, s’enthousiasme Angela. Nulle part ailleurs je ne trouverai un artisan capable de ciseler à la perfection mon bracelet surprise”, un bracelet en or qui, lorsqu’il se déploie, laisse transparaître dans les rainures de ses plaques des étincelles de diamants.

La maison a été rachetée en 2001 par Carlo Traglio qui, en collectionneur d’art avisé et en esthète réputé, a souhaité donner à cette griffe dont il admirait vivement les créations la vigueur nécessaire à son expansion. Carlo et Angela travaillent main dans la main, font quotidiennement l’aller-retour entre Valenzia et Milan. Chaque bijou porte la marque de leur entente. La collection “Calla”, qui fête son vingtième anniversaire cette année, en est un exemple frappant. Pour revisiter ce fameux collier dont les motifs effilés semblent constituer une succession de balles de fusil, la directrice de production a exalté l’union de l’ébène et du diamant, mais aussi convoqué l’aluminium et la nanocéramique qui autorisent des explosions chromatiques réjouissantes. Et toujours, le triomphe et la finesse du fait main qui donnent à chaque bijou cette ergonomie, ce velouté développant une sensation inimitable de caresse au contact de la peau. La griffe, distribuée par les meilleurs bijoutiers, compte aujourd’hui dix boutiques dans le monde. Les Parisiennes peuvent découvrir les créations Vhernier rue du FaubourgSaint-Honoré, à deux pas du palais de l’Élysée. Précisément parce qu’il aimait les créations Vhernier, Carlo Traglio n’a pas souhaité altérer l’esprit de la maison, ni dénaturer son essence. “S’il y a bien une chose dont je suis sûr, c’est que les bijoux Vhernier seront toujours made in Italy, quel qu’en soit le coût”, nous confirmait-il récemment. Après avoir visité les ateliers de Valenza, on comprend enfin l’intérêt, le but et la valeur de cette décision.

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