Industry Trends

Michael Kors : "Le luxe est bien plus relax aujourd'hui"

De son royaume new-yorkais au nouveau flagship Michael Kors Collection d’Old Bond Street à Londres, le plus optimiste des designers cultive son “way of life”. Rencontre.
Reading time 5 minutes

Costume noir croisé, mocassins à boucle, lunettes d’aviateur..., Michael Kors se tient sur le perron de sa nouvelle boutique de Londres comme il se tiendrait sur celui de sa propre maison, outre-Atlantique. Chaleureux, généreux, bavard... : les qualités pleuvent de facto quand on parle d’un empereur de la mode. La réalité les confirme parfois. Et on l’en remercie. Une légende raconte que les gens qui ont réussi ne descendent plus de leur tour d’argent après y être montés... Elle a tort. Ou bien Michael Kors serait la Raiponce de la mode. Son sens de l’accueil, par exemple, ne s’invente pas. Son envie de partager non plus.

“Bienvenue à la maison !”, a-t-il lancé le 9 mai dernier à Kate Moss, Isabelle Huppert et Naomie Harris venues fêter l’ouverture du 9 Old Bond Street. Arrivé de New York le matin même, le designer avait d’abord fait un crochet par la Central Saint Martins pour y partager son expérience avec quelque cinq-cents étudiants, qui en cotte de maille, qui en fripe à fleurettes, qui en maillot de foot... Ceux-là pour qui la mode est encore un jeu, une expérimentation du goût, bon ou mauvais : "Les gens de la mode ne doivent pas perdre leur âme d’enfant. Je pense souvent à ceux qui ont l’obligation de faire, chaque jour, quelque chose qu’ils n’aiment pas. Quand je travaille, j’ai conscience de la chance que j’ai”, confie le créateur. Ses collections s’en ressentent. Et ce, aujourd’hui comme hier.

La bannière du glamour

Quand il débarque à New York dans les années 1970, inconnu, ambitieux, Michael Kors choisit très vite le camp des hédonistes : "À l’époque, la ville était en crise, dangereuse voire effrayante. En réaction, les créateurs ont atteint des sommets d’optimisme. En donnant de la confiance et en sentant qu’ils livraient une sorte de bataille sous la bannière du glamour, ils se forgeaient une échappatoire." Le vêtement comme fer de lance. Qu’on lui pose toutes les questions du monde, politiques ou non, Michael Kors répond toujours par la mode : pourquoi, par exemple, avoir choisi la Grande-Bretagne pour le lancement, en Europe, de son nouveau concept de boutique ? Dans un monde en crise, la sérotonine est son business. Ainsi, son defilé automne-hiver 2019/20, le 13 février dernier à New York, voyait danser des paillettes sur du Barry Manilow live... À l’heure où la mode sert à bien d’autres choses, l’Américain se porte garant d’une démarche séculaire, liée, in fine, à la haute couture : faire rêver, procurer de la joie.

Fall 2019 Michael Kors Collection Runway Show
Le luxe quotidien

Lui qui déplore aujourd’hui des flagships "trop cliniques et aseptisés" a pensé ce vaisseau amiral londonien dans l’esprit de ses propres demeures, à New York et en Floride : "Quand les gens dépensent une certaine somme d’argent pour un produit de luxe, ils ne veulent pas se sentir oppressés dans leur expérience shopping. Cet esprit résidentiel, comme à la maison, nous allons le décliner. Pas forcément dans une demeure de style géorgien comme ici, à Londres, mais dans d’autres styles." Ainsi voué à se déployer partout dans le monde, le concept s’appuie sur l’idée, chère à Michael Kors, d’un "luxe quotidien" : “Le luxe est bien plus relax aujourd’hui qu’il ne l’était par le passé. La mode, ce n’est pas que des robes du soir comme dans Le Diable s’habille en Prada. Les gens aiment le casual : voilà la réalité !"

Ainsi, les sofas en shearling se substituent aux classiques banquettes en cuir, le jonc de mer habille le sol du salon VIP au quatrième niveau, le bois et le marbre doré de Calacatta se donnent le change du sol au plafond. Comme chez le créateur himself, la pivoine est partout, au premier étage où se déploie le prêt-à-porter féminin, au deuxième, dédié à la ligne homme de Michael Kors Collection. À chaque niveau, des loggias typiquement londoniennes laissent entrer la lumière. Luxe, calme et volupté : le triumvirat baudelairien renvoie aux aspirations d’un homme en connexion : "Libérer son esprit, prendre du temps pour soi... Voilà ce à quoi j’aspire. Je pense que tout le monde devrait, de temps à autre, couper son téléphone. Quand nous rentrons dans notre maison de campagne, avec mon époux, c’est la première chose que nous faisons."

www.michaelkors.f

Crédit photo : Douglas Friedman

Tags

Articles associés

Recommandé pour vous