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Gautier Massonneau : "l'idée de Trilobe, c'est de libérer le temps ! "

Tout est parti d’une idée qui a germé dans l’esprit de Gautier Massonneau : avoir une montre sur mesure, mais imaginée par et pour lui. Une idée en suspens qui s’est traduite, au final, par une marque, Trilobe, et une première collection, « Les Matinaux ». Soit des garde-temps vraiment pas comme les autres, fortement imprégnés de la philosophie du fondateur de Trilobe, de sa conception originale de l’horlogerie, voire du temps lui-même. Rencontre avec ce créateur hors du commun, qui fait la part belle à la différence plutôt qu’au conformisme.
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Quel a été votre parcours avant l’industrie horlogère ?

« J’ai débuté ma carrière dans le monde des finances en infrastructures. D’abord à Tokyo au Japon, ensuite à Dubaï au Moyen-Orient. J’accompagnais des consortiums qui réalisaient le financement et le développement de grosses infrastructures, comme des centrales électriques ou des aéroports. Ce métier, qui n’a rien à voir avec le monde de l’horlogerie, s’en rapproche pourtant par la complexité des projets, l’ingénierie et la temporalité des développements. »

 

 

Qu’est-ce que ces expériences vous ont apporté ?

« Ce métier m’a également permis de beaucoup voyager. J’ai alors pu réfléchir, me bousculer dans mes paradigmes et référentiels culturels. Cela a contribué à susciter cette envie de me pousser dans mes retranchements, de ne pas avoir peur de voir ce qui se passait ailleurs. Et de me dire que l’on pouvait appréhender les choses différemment, que ce soit en matière culturelle, culinaire ou horlogère. »

 

 

Qu’est-ce qui vous a incité à vous rapprocher du milieu de l’horlogerie ?

« Tout d’abord, cette injonction à me mettre en éveil culturellement. Et aussi mes parents qui, en tant qu’architectes et décorateurs, m’ont toujours poussé à changer de perspective, à mélanger les matières, les formes, tout en respectant une certaine tradition. Ce qui fait que l’objet horloger m’a toujours attiré par sa beauté et sa complexité. Mais au moment où j’ai souhaité m’offrir ma première montre de collection, je faisais face à un monde qui se polarisait autour de deux extrêmes. D’un côté, beaucoup de tradition ; de l’autre, une innovation poussée qui se traduit par une offre foisonnante, très exigeante techniquement, mais sans grand renouvellement. Ce qui me tenait à cœur, c’était, certes,l’innovation, mais en recréant du beau. L’idée de Trilobe est venue de là : imaginer et réaliser des montres différentes, belles et intemporelles, tout en étant classiques dans leur épure. » 

Comment a démarré l’aventure Trilobe ?

« J’ai alors décidé de créer, seul, une montre qui me serait propre. Mais je ne connaissais rien aux techniques horlogères. J’ai donc acheté des livres sur le sujet et ai commencé à travailler. Après plusieurs mois de croquis et d’études de conception, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il m’était impossible d’accomplir seul ce travail. Plutôt que de me décourager, je suis entré en contact avec des professionnels du secteur. Ma rencontre avec Jean-François Mojon (ancien chef horloger, responsable de la R&D et de la qualité chez IWC) a été déterminante. Après l’avoir contacté, je l’ai rencontré pour lui exposer mon projet. Il a eu un coup de cœur et c’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier. Dès lors, il s’agissait de donner naissance à une marque, et non plus à une seule montre. »

 

 

En résulte donc Trilobe et une première collection, « Les Matinaux ». Qu’est-ce que ces montres proposent de diff érent ?

« Cette collection symbolise ce que j’aime, la recherche du beau, une complexité suggérée sans être sublimée. La montre comporte 246 pièces au total et cache une mécanique complexe, mais qui correspond à une structure plutôt qu’à une façade. C’est l’aspect architectural, la quête du beau qui comptent ici. L’idée ? Il existe des codes magnifiques qui nous entourent et il ne faut pas avoir peur de s’en servir. L’affichage des secondes, par exemple, s’inspire de la grande rosace de la Sainte Chapelle, à Paris.

 

 

En plus de cette recherche du beau, cette montre repose sur un fonctionnement qui va à contre-temps de ce qui se fait habituellement. Quel est-il ?

« Nous lisons l’heure de la même manière depuis des siècles, sur des indicateurs de temps mobiles (aiguilles) et un temps fixe sur le cadran (chiffres). L’idée de Trilobe est de libérer le temps en inversant ce référentiel. Trois trilobes fixes pointent sur trois anneaux rotatifs, excentrés, dotés d’échelles graduées qui indiquent les heures à l’extérieur, les minutes au centre et les secondes à l’intérieur. Nous souhaitons explorer cette possibilité avec, comme ambition fondatrice, de créer un classique. Ces montres se démarquent également par leur approche du temps. Ici, au lieu de mettre un quart de seconde à lire l’heure, il faudra une seconde. Ce postulat entre en opposition avec cet utilitarisme ambiant qui pousse les gens à avoir tout tout de suite et rapidement. Nous aimons penser que celui qui vit à contre-courant de cette pensée porte une Trilobe. Parce que le vrai luxe aujourd’hui, c’est aussi de prendre son temps. »

L’affichage des secondes s’inspire de la grande rosace de la Sainte Chapelle, à Paris.

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