Pourquoi le militaire obsède (aussi) les hommes - L'Officiel
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Pourquoi le militaire obsède (aussi) les hommes

Et si l’homme était l’animal de mode le plus obsessionnel ? Notre chroniqueuse enquête… pour découvrir l’origine insoupçonnée de cette inclination.
Reading time 8 minutes

Photographie par Pablo Arroyo
Stylisme par Jérôme André
Modèle Noah Landes chez Models 1
Assistant photographe Rémi Desclaux
Assistant styliste Emmanuel Pierre
Opérateur digital Manu Prestinaux chez Imag’in Productions Paris Grooming Michael Delmas
Casting Troy Fearn Casting

Ne nous voilons pas la face : en matière de vêtements, les hommes sont plus obsessionnels que les femmes. Cette obsession se manifeste de diverses façons. Certains, fidèles à leur panoplie, vont porter inlassablement le même jean et le même pull, aussi indispensables qu’un doudou. D’autres vont s’en tenir à très peu d’habits, qu’ils achètent par lots, pour éviter la case shopping pendant plusieurs années. Mais il y a aussi des hommes qui font sur la mode le même genre de fixette que sur les voitures ou les montres. Ils apprennent le moindre détail de fabrication, l’histoire du tissu et les particularités de chaque pièce de leur garde-robe. Et cette manie n’est jamais plus dévorante que lorsqu’il s’agit de vêtements militaires.

Myar, anagramme d’army

“Les militaires ont une bonne image. On a toujours cette vision de l’aventurier qui parcourt le monde. Les petits garçons commencent par aimer les cow-boys, puis ils passent aux soldats”, explique Élie Zaffran, propriétaire de la friperie parisienne The Duke, réputée pour son stock de tenues militaires vintage. Le style militaire est devenu partie prenante de la mode masculine. Utilitaires par nature, ces pièces – trench-coats et bombardiers en cuir, treillis camouflage, bombers et vestes matelassées – sont l’émanation même du principe selon lequel la forme suit la fonction. Conçus pour sauver des vies, ces vêtements ont vu le jour avec une mission, et c’est une caractéristique qui semble particulièrement séduisante pour la gent masculine : ici, l’habillement sert une cause plus noble que la mode proprement dite. Andrea Rosso fait partie de ceux qui ont transformé leur obsession pour les tenues de l’armée vintage en un business en pleine expansion. Fils de Renzo Rosso et directeur artistique des licences du groupe Diesel, cette figure de la nouvelle génération d’un empire de la mode a décidé de créer sa propre marque, Myar, en plus de son activité chez Diesel. Anagramme d’army, Myar se sépare en deux branches. D’abord, la ligne Originale, qui donne une seconde vie à des pièces vintage, lesquelles sont retravaillées discrètement, simplement de façon à moderniser les coupes et les tailles. L’autre ligne s’appelle Collezione, et elle est constituée d’une gamme d’indispensables de la mode masculine inspirés par le style utilitaire des pièces militaires et leurs particularités. “Mes vêtements préférés ont toujours été des habits militaires, reconnaît Rosso. Au départ, j’étais surtout obsédé par le tissu camouflage : j’adore la puissance visuelle de ces motifs. Puis j’en ai appris davantage sur l’impact stylistique de la panoplie militaire.” Rosso n’est pas le seul pour qui la fascination à l’égard des tenues militaires a commencé par le goût pour le camouflage. Cette saison a vu de nombreuses marques introduire ce style inimitable et graphique dans leurs défilés. Ce qui impressionne, c’est la diversité des déclinaisons que les designers sont parvenus à concevoir à partir d’un même concept basique. Imprimé classique rehaussé avec une sophistication extrême chez Olivier Rousteing, motif tridimensionnel en camaïeu gris chez Christopher Raeburn, relecture florale avec tissus peints à la main chez Moschino… le moins que l’on puisse dire, c’est que le modèle d’origine a trouvé à s’intégrer dans un grand nombre de collections.

 

 

L’obsession japonaise

“Quand on porte des tenues militaires vintage, on remarque que, à l’époque, la fabrication des tissus était complètement différente, explique Rosso, qui y voit l’une des clefs de l’engouement pour ce style. Les pièces des années 50 étaient réalisées sur des métiers à tisser datant des années 40, voire 30. Par conséquent, la trame était beaucoup plus étroite et les mailles étaient beaucoup plus compactes, ce qui rendait le tissu bien plus résistant : la surface du coton était presque rugueuse. Ce n’est pas comme le coton d’aujourd’hui, parfaitement lisse. J’adore cette irrégularité du tissu.” S’il existe un pays où la passion des tenues militaires est plus répandue que partout ailleurs, c’est certainement le Japon. “Sans aucun doute, ils sont les plus pointus, affirme Zaffran. Ils ont été les premiers à s’y intéresser, les premiers collectionneurs à parcourir le monde pour en acheter, et c’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont les plus belles pièces !” Rosso confirme que le Japon représente l’un des plus gros marchés pour Myar. “Les Japonais comprennent vraiment l’histoire de chaque pièce. Ils savent exactement d’où elle vient, en quelle année elle a été créée, avec quels procédés.” Myar pourrait bien se trouver à une place idéale à l’heure où les articles vintage deviennent difficiles à trouver. Les couturiers et leurs équipes accourent chez The Duke pour mettre la main sur des pièces authentiques qu’ils achètent au prix fort afin de s’en servir d’étalons lorsqu’ils conçoivent leurs interprétations modernes des styles militaires. “On a du mal à trouver des pièces authentiques, explique Zaffran. La nouvelle génération est plutôt portée sur des reproductions.” Alors, quelle partie du vestiaire militaire sera la prochaine source d’inspiration de la mode masculine ? Selon Zaffran, à l’heure actuelle, les Japonais se détournent des panoplies américaines pour mieux explorer les uniformes de l’armée française et des armées européennes. En ce moment, Rosso se passionne pour les tenues de l’Otan : dans sa collection personnelle, sa pièce préférée du moment est une veste de camouflage dans les tons pêche, utilisée dans le désert : “Elle a une forme très particulière, car on la porte par-dessus un sac à dos. Donc on a un arrondi très original à l’arrière.” Les tenues militaires vintage ont beau être de plus en plus difficiles à trouver, leur traque ne montre pas de signe d’essoufflement. Au contraire, elle s’intensifie, et les hommes continuent de rechercher de nouvelles interprétations du design militaire, sur lequel ils peuvent toujours compter pour les épauler dans la guerre quotidienne avec leur garde-robe.

En se baptisant, en 2016, d’un anagramme, la marque Myar (army) signalait sa malice autant qu’elle revendiquait l’influence d’un style. Son créateur, Andrea Rosso, propose deux lignes : Re-Camouflage Originale, faite de pièces récupérées, retravaillées, et Re-Camouflage Collezione, dessinée par le studio avec des tissus militaires actuels. Rigueur des coupes et évidence de la singularité esthétique sont à la manœuvre.

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