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Pourquoi la FW de Londres est un éternel incubateur de talents

Bien que sensiblement réduit, le calendrier de la Fashion Week masculine de Londres n'en est que plus pointu. Le brief cette saison ? Mettre à l'honneur les designers qui diffusent les valeurs avant-gardistes, ultra-créatives et un brin déjantées de la capitale britannique.
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Après les vagues successives de défilés mixtes, de "See-Now Buy-Now", de déménagement vers Milan, Paris ou New-York, que reste-t-il de la fashion week masculine de Londres ? Un noyau dur de créatifs pur sang, qui présentent sans complexe leurs vision et conviction de l'esthétique virile. Il faut dire qu'en ce mois de juin, bien des noms manquent à l'appel. Craig Green se délocalise au Pitti Uomo pour la saison, J.W. Anderson est passé depuis l'an dernier sur le calendrier féminin, et Wales Bonner renonce à défiler pour se concentrer sur d'autres projets. Pourtant, malgré l'absence de ces noms qui rameutent, saison après saison, une presse (et une concentration d'acheteurs) internationale, la London Men's Fashion Week continue de briller. La première raison ? Le haut-patronnage de David Beckham, adoubé depuis cette saison "BFC Ambassadorial President" (comprenez boss à titre honorifique), qui joue de son aura légendaire et de sa crédibilité stylistique pour en dynamiser le calendrier. Sa présence chez Kent & Curwen, dont il est collaborateur actionnaire, et son soutien indéfectible aux participants de NEWGEN, le label des jeunes créateurs émergents made in London, font aujourd'hui de lui le bienfaiteur  providentiel du British Fashion Council, et l'un des incontournables à rencontrer durant la fashion-week locale. 

Mais au-delà de la présence quasi-divine du plus mythique des joueurs de soccer, la LFWM enchante par son programme des festivités. Chaque designer a, contrairement à Milan ou Paris (ne parlons pas de NYC), son propre univers et une différence qu'il revendique, créant une vibe unique durant les 15 minutes du défilé. Au diable le commercial, pourvu que cela choque, électrise, éclate ou passionne l'assemblée. Les défilés lambdas font place à de véritables happenings, comme chez A-Cold-Wall*, où l'on est accueillis avec boules Quiès, lunettes de soudeur et masque anti-polllution avec la promesse d'une expérimentation à sensation forte. Ce qui n'a pas loupé, puisqu'après les hordes de morts-vivants, le ventilateur XXL qui scandait son terrible tintouin métallique, le show finissait sur une note presque "gore" où une silhouette nue et ensanglantée sortait d'une immense boîte lacérée par les protagonistes peints en gris. Ce qui n'est pas sans rappeler le défilé de Charles Jeffrey Loverboy, le saint-patron des nuits du East-London, qui orchestre une joyeuse rave-party peuplée de faunes, de créature nocturnes complètement barrées et d'amis contorsionistes, ambassadeurs 2.0 d'une collection qui déjante le savoir-faire de Savile Row en lui apposant le fer rouge de la fête. 

Même si certains usent du spectaculaire pour buzzer, d'autres préfèrent se concentrer sur le vêtement et le mood créatif qui caractérise la collection. Chez Liam Hodges, on parle le "gangsta", mais dans sa version délurée, entre lunettes en PVC roses tout droit sorties de Camden Town et santiags associés à des éléments du streetwear plus "politiquement corrects". De manière plus poétique, Kiko Kostadinov érotise la culture indienne en peignant un portrait vivant et conceptualisé d'une virée post-moderne aux Indes, inspirée de la cinématographie de Satyajit Ray ou de Jean Renoir. Complètement issu de la "youth-culture" britannique, Daniel Kearns modernise l'héritage anglais chez Kent & Curwen et livre une collection efficace, bien ficelée, à la coupe impeccable et aux détails colorés aussi smarts que radicalement contemporains. Enfin, Daniel w. Fletcher, qui ouvrait le bal des défilés pour le printemps-été 2019, contextualise le masculin-féminin en un ensemble tailormade mais pointu, offrant une vision juste et subtile d'un nouveau romantisme très luxe. 

Londres, un ultime eldorado pour créatifs purs et durs ? C'est sans compter sur le rayonnement planétaire de la mode made in the UK. Avec l'arrivée de Kim Jones chez Dior Homme, le carton plein de Clare Waight Keller chez Givenchy, le virtuose Paul Surridge chez Roberto Cavalli, l'engouement pour Craig Green à Florence, le renouveau de Maison Margiela par John Galliano et l'hystérie collective pour le travail de Jonathan Anderson chez Loewe, il semblerait que le temps soit au beau fixe pour la mode britannique. Et la capitale, un point de départ inévitable pour les talents qui redonneront, dans les prochaines années, un nouveau souffle à l'industrie du luxe. 

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