Happy birthday, M. Stephen King ! - L'Officiel
Hommes

Happy birthday, M. Stephen King !

Le 21 septembre, celui qui est le roi du suspense sur la Terre depuis quatre décennies fêtera son soixante-dixième anniversaire. “L’Officiel Hommes” décline sa story pour honorer ses 70 bougies et 40 ans d’horreur.
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La rentrée 2017 sera une rentrée King : un nouveau roman (Sleeping Beauties, co-écrit avec son fils cadet Owen, à paraître le 26 septembre en langue anglaise, parution française pour mars 2018) et deux adaptations à l’écran (La Tour sombre, par Nikolaj Arcel, avec Idris Elba et Matthew McConaughey, sortie en août ; Ça, par Andrés Muschietti, avec Bill Skarsgård dans le rôle du clown terrifiant ; sortie le 8 septembre aux États-Unis et le 20 septembre en France). Si cette rentrée est une rentrée King, c’est que l’homme n’est pas… qu’un homme. King, c’est The One. Un nom, une marque, un phénomène qui croise les dimensions de la littérature, de la pop culture et du marketing.

Professeur de littérature

Comme toutes les légendes, la sienne débute par un coup de main de la providence. Il était une fois un tout frais professeur de littérature dont la taille (1,98 m) porte son regard haut mais qui, en ces années 1971-1973, est contraint de vivre dans une caravane dans le Maine avec sa femme et leurs deux nourrissons. À 25 ans, Stephen King a vendu des nouvelles dans des revues d’étudiants, entamé un récit pornographique, et pondu quelques pages sur une ado nommée Carrie, souffre-douleur de ses camarades de classe, et douée de télékinésie. Ces pages ne conviennent pas au jeune écrivaillon, qui les met au panier. Où son épouse, Tabitha Spruce King, les trouve, les lit et… les adore. Elle persuade son mari de persévérer. Son homme termine un manuscrit qui, accepté par la maison d’édition 3. Doubleday avec une avance de 2 500 dollars, sera publié en avril 1974. Un an plus tard, Carrie s’est vendu à 13 000 exemplaires et les droits du format poche ont été négociés à hauteur de 400 000 dollars. King plaque l’enseignement pour se consacrer à l’écriture, mais se tape aussi une dépression et sombre pour plusieurs années dans un alcoolisme qui entretiendra ses peurs… et donc ses propres livres d’horreur. Salem (publié en 1975) et Shining, l’enfant lumière (1977) se vendent à trois millions d’exemplaires cumulés. Une légende est née. Depuis, en quarante ans et une soixantaine de romans, plus de 160 nouvelles et des dizaines d’essais, chacun de ses livres est un mégasuccès partout dans le monde (au total, entre 350 et 400 millions de livres vendus). Longtemps dédaigné par l’intelligentsia qui le reléguait au simple rayon des écrivains de gare, il est aujourd’hui à la tête d’une œuvre admirée et récompensée pour sa richesse et sa diversité… dans les sous-genres du genre : fantastique, épouvante, fantasy, science-fiction, policier, suspense, ou encore western fantastique. Cette variété le rend capable de mêler efficacement un style et des intrigues à faire frémir, au moyen d’une écriture mêlant efficacité et étonnement : ce procédé qui joue sur l’appréhension, où il laisse une phrase en suspens, va à la ligne écrire en italique une autre voix (autre personnage, souvenir ou voix intérieure), avant de revenir à la phrase laissée en plan. C’est ainsi que tout le monde se souvient de ses histoires.

Rock star

Il en va de Stephen King comme d’Elvis, des Beatles ou des Rolling Stones : on a tous en nous quelque chose de lui. Nous avons tous été marqués (traumatisés ?) par Jack Nicholson dans le Shining de Stanley Kubrick (1980, une adaptation que King a toujours dit détester). Carrie, Dead Zone, Christine, Running Man, Misery, La Ligne verte, Stand by Me (pour ne citer qu’eux) : au-delà de ses livres, l’empreinte de King est très présente dans l’univers du cinéma et de la télévision. Il est un des repères de la culture américaine. Dans les années 90, il se décrivait d’ailleurs comme “l’équivalent littéraire du Big Mac avec des frites”. Devenu un mythe de la pop culture, King est aussi un Américain qui voyage peu, et rarement en dehors des États-Unis. On se souviendra donc longtemps de la deuxième semaine de novembre 2013 et de cette mini-tournée européenne (Paris, Hambourg, Munich) pour la parution de Docteur Sleep, la suite de Shining. C’était la deuxième fois qu’il venait dans l’Hexagone (il y eut un séjour privé il y a fort longtemps). Il s’agissait d’une promo savamment dosée (deux interviews télé, une radio, une conférence de presse unique pour la presse écrite – 400 journalistes présents – et une rencontre avec les fans au Grand Rex). Pour l’occasion, il avait été installé au Bristol, le palace de la rue du FaubourgSaint-Honoré, et disposait d’un chauffeur ainsi que d’un garde du corps : “Il faut bien se rendre compte qu’accueillir Stephen King, c’est gérer une rock star”, se souvient Anne Michel, responsable du département littérature étrangère chez Albin Michel (éditeur français de King depuis 1984).

“Il faut bien se rendre compte qu’accueillir Stephen King, c’est gérer une rock star”

Richissime et engagé

Unanimement salué comme “un homme sans prétention”, “un Américain profond” qui n’aime rien tant qu’“écrire et pouvoir aller à la pêche avec son voisin” (dixit Anne Michel), l’homme n’aime guère s’éloigner de son manoir du Maine : la William Arnold House, sur West Broadway à Bangor, achetée en 1980, un (autre) palace de 23 pièces, deux tours, et une piscine de 15 mètres. Mégastar et mégariche, donc. Durant la seule année 2016, il a gagné 15 millions de dollars (source : BFM Business). On estime à 450 millions de dollars la somme empochée par l’auteur de Shining depuis le début de sa carrière. Il conviendra alors de souligner la philanthropie du couple King, à travers notamment des centaines de milliers de dollars versés pour une nouvelle bibliothèque municipale par-ci, la création d’une unité médicale ou pédiatrique par-là, des aides dans le domaine de l’éducation, ou des fonds de soutien aux déshérités du Maine. En 2011, alors que l’administration Obama refusait le projet de loi Warren Buffett (du nom du milliardaire qui demandait au gouvernement d’augmenter les impôts des super-riches), l’écrivain avait été jusqu’à publier un texte où il demandait à être taxé davantage (à 50 % au lieu des 28 % en usage) : Tax me, for fuck’s sake! (Taxez-moi, merde !). Électeur de Richard Nixon en 1968, King s’est vite détourné des Républicains, et a depuis soutenu les candidats démocrates, de Gary Hart en 1984 à Barack Obama et Hillary Clinton. Il a, en outre, toujours milité pour une révision de la loi sur l’accès aux armes à feu : en 2013, il publiait sur la plate-forme Kindle d’Amazon un appel de 25 pages, intitulé Guns, militant pour l’interdiction de vendre et de posséder des armes automatiques ou semi-automatiques. Enfin, n’hésitant pas à prendre position sur des sujets glissants, le maître de l’horreur s’exprime depuis longtemps sur Twitter, et le fait farouchement quand il s’agit de Donald Trump. Il avait même soutenu une pétition contre la candidature du milliardaire à la Maison Blanche. En juin dernier, lorsque le président américain décida le retrait des accords de la COP21, l’écrivain l’avait qualifié de “président idiot”, soulignant que son cabinet “offrait des cours supérieurs en léchage de cul”. La réponse trumpiste fut la même qu’à tant d’autres personnalités ou citoyens anonymes avant lui : accès bloqué au compte @RealDonaldTrump. Et n’eut pour autre effet que de multiplier des tweets plus ironiques encore du compte @StephenKing, soutenu par ses 3,3 millions d’abonnés (une misère, comparé aux 32 millions de Trump) dont… J.K. Rowling, qui lui promettait de l’informer des gazouillis du boss de la Maison Blanche. 

Un clan de plumitifs

Le romancier le plus populaire de la planète trouve sa sérénité dans un clan... de plumes familiales. Femme de lettres elle aussi, Tabitha King a publié huit romans, deux recueils de nouvelles et deux essais (six de ces livres ont été traduits en France). Joseph Hillstrom King, né en 1972, manifesta très tôt la volonté de ne pas être considéré comme le fils de. Et signa du nom de Joe Hill plusieurs comics (trois séries et deux unitaires), un recueil de nouvelles et trois romans (publiés en France chez JC Lattès). Le cadet, Owen King, né en 1977, a écrit deux romans et un recueil de nouvelles à base de super-héros ; il sera pour la première fois traduit chez nous avec ce roman, Sleeping Beauties, co-écrit avec son père. Il est l’époux d’une auteure de thrillers : Kelly Braffet. Dans ce clan de plumitifs, une figure fait exception : l’aînée Naomi. Née en 1971, elle s’est abreuvée à la source spirituelle de la famille sans en faire littérature. Elle a repris le flambeau religieux de la famille pour devenir prêtre dans l’église méthodiste, autre ciment spirituel qu’a toujours revendiqué un écrivain dont la croyance est, aussi, au centre de l’œuvre. C’est probablement au sein de ce clan que King soufflera ses bougies.

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