Hommes

Pourquoi tout le monde s'arrache Luke Sabbat

by Violaine Schütz
30.03.2017
Avec ses locks et sa dégaine street-couture, ce New-Yorkais de 19 ans attire tous les regards. Ceux de ses 340 000 followers instagram en tous les cas. Son cool séduit aussi les marques et les créateurs qui le sollicitent, sans casting aucun. Pas de sabbat en vue pour Luka qui redéfinit à lui seul les règles du “fashion game”.

Texte par Violaine Schütz

Fraîche, désinvolte, androgyne et boudeuse, en 1988, une jeune fille de 14  ans est découverte par Sarah Doukas, fondatrice de l’agence Storm, à l’aéroport JFK de New York. Elle rentre de vacances passées aux Bahamas avec son père et attend d’embarquer à bord d’un avion pour Londres. Castée “sauvagement”, cette inconnue deviendra bientôt une star des podiums, plus connue sous le nom de Kate Moss. Nouveau millénaire, même histoire. Ou presque. Soho, il y a quatre ans, Kevin Amato – directeur de casting réputé pour dénicher les tops de demain sur Instagram ou dans les rues du Bronx – flashe sur un petit skater de 15 ans. Le shoot de la première campagne Hood by Air a lieu à quelques blocks, il en deviendra l’égérie. Son nom ? Luka Sabbat. Looké, plutôt no-gender et boudeur, il est signé dans la foulée par l’agence Re:Quest Model Management. “Noel, mon agent chez Re:Quest, m’a découvert sur la Cinquième Avenue alors que je buvais un chocolat chaud avec mon père. Nous n’avons d’abord pas pris la chose au sérieux, avant de décider de tenter le coup.” À cette époque, Luka ne pense pas à devenir modèle, juste à jouer aux jeux vidéo, sa passion, à écouter du hip hop et à chiller dans son lit, comme il le dira plus tard au New York Times. La différence entre Kate et Luka ? Kate a été faite par des créateurs, des photographes et des marques qui l’ont choisie pour muse, tandis que Luka crée sa propre légende, s’érigeant lui-même en marque, jusqu’à devenir le gosse le plus cool du moment.

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Luka Sabbat incarne la collection printemps-été 2017 de la marque Iceberg. Ambassadeur et styliste de cette campagne aux côtés de la socialite Sarah Snyder, il a partagé photos et anecdotes sur son compte instagram perso. Une stratégie gagnante pour Iceberg qui intègre les réseaux sociaux et les influenceurs à sa façon de communiquer.

“Aujourd’hui, dès gamin, tu n’as plus le choix. Tu es soit un influenceur, soit un follower. Soit un leader, soit un suiveur.” Luka Sabbat

Icône des millennials

Le secret de son succès ? Son look et ses incroyables skills pour les médias sociaux. “Les médias sociaux disent au monde qui tu es ou qui tu veux être à ses yeux. Les gens veulent observer les à-côtés des campagnes ou des éditos, voir quelque chose de différent.” Ses free locks, sa clope (il fume un paquet par jour depuis l’âge de 12 ans) et sa moustache (tout aussi free que ses cheveux) ont contribué à construire une personnalité sortant du lot, entre Jimi Hendrix, The Weeknd et Basquiat. “Je décrirais mon style comme une confusion organisée. Je m’habille en accord avec le mood dans lequel je suis.” Parmi les créateurs qu’il porte – et poste – régulièrement : Prada, Saint Laurent, Raf Simons, Pigalle, Haider Ackermann, Chalayan, Off-White ou encore Supreme, Rick Owens et Maison Margiela. Il aime aussi les marques moins connues comme Fear of God, Visvim et Been Trill, et mixe H&M au vintage, qu’il adore. “J’aime particulièrement les pièces seconde main ; les meilleures sont dures à trouver. Je suis même récemment devenu ambassadeur du distributeur vintage What Goes Around Comes Around.” Vêtements rares ou chers, mais authenticité et nonchalance certaine, Luka Sabbat est l’incarnation parfaite de sa génération. Il séduit ses congénères – à peine postées sur son Instagram, les pièces s’arrachent, comme ses Chelsea boots Saint Laurent arborées l’an dernier –, comme les créateurs – son aura est telle que Tom Ford, en personne, lui a envoyé un costume pour sa prom night. En quatre ans seulement, le skater devenu instagramer (il poste quasi quotidiennement des looks audacieux qui lui valent le statut de puissant influenceur) a fait bien du chemin. À 19 ans, Luka Sabbat affiche un C.V. de slasheur émérite  : modèle, bien sûr, mais aussi directeur artistique, designer, styliste et, avec la présentation en février de Hot Mess à la Milk Gallery à New York, la première exposition du projet qu’il mène avec le photographe Noah Dillon, désormais artiste.

Prises de risque

Luka ose tout  : le manteau en fourrure, les manches oversize, les superpositions infinies, le total look jogging ou l’accumulation de bijoux bling. Sky’s the limit ? Pas vraiment pour ce fan de hip hop qui s’immortalise souvent en photo dans des conditions extrêmes  : neige, toit d’immeuble, hélico… En plus de son dressing parfait et de ses clichés léchés, son lifestyle fait, lui aussi, rêver. Globe-trotteur, Luka, qui est né dans le Lower East Side new-yorkais, ne tient jamais en place. Bien que l’on continue à l’appeler le “Young King of Soho”, il est constamment, une valise à la main, entre New  York, Londres et Paris. Souvent seul sur ses photos, le jeune roi sait s’entourer quand il sort. Lors des soirées, on peut ainsi le croiser aux côtés de Jaden Smith, Zoe Kravitz et des sœurs Jenner. Il traîne aussi avec des trans et des rappeurs en vue. Mais si son allure se veut “gender fluid”, Luka aime les femmes –  son dernier achat est d’ailleurs une paire de baskets pour sa petite amie. Côté fantasmes, Il craque sur les white trash girls, avoue avoir Lindsay Lohan ou Amanda Bynes pour crush, mais choisirait Erykah Badu pour la présenter à sa famille.

Kid de la balle

Il faut dire que ses parents ne sont pas, non plus, n’importe qui. La mère de Luka, Jessica Romer, était styliste pour Dior et Galliano, puis bookeuse, tandis que son père, Clark Sabbat, était designer mode à Paris. Tous deux amenèrent leur rejeton sur les shows dès ses 3  ans. “Cela me paraissait normal, j’ai grandi sur des sets photo et dans des backstages, observant la créativité depuis les coulisses. C’est certainement pour cela que suivre le chemin de mes parents me semble naturel.” On comprend mieux que Luka ait la mode dans le sang, d’autant qu’à l’époque, l’une de ses baby-sitters (toutes des modèles qui logeaient chez eux) n’était autre que Lara Stone. Très tôt, le garçon a imprimé ce qui est devenu son mantra : “Aujourd’hui, dès gamin, tu n’as plus le choix. Tu es soit un influenceur, soit un follower, soit un leader, soit un suiveur.” Ayant clairement choisi son camp en s’“auto-brandant” à travers des looks personnels et modernes sur son compte

 

Instagram, pas besoin pour Luka de passer de castings. À la manière des phénomènes du web Cameron Dallas, Lucky Blue Smith et Mike the Ruler, le monde est devenu son catwalk et son téléphone la meilleure des agences. On l’appelle sans arrêt pour lui proposer des projets plus cool les uns que les autres. Parmi ses faits d’armes les plus flamboyants ? Une participation à l’élaboration d’une collection Off-White, un défilé pour Dolce & Gabbana ou encore des campagnes pour Tommy Hilfiger et American Eagle. Sans oublier une figuration dans la saison 1 de la collection de Yeezy. Kanye West qui n’aime d’habitude que lui – et Kimmie – est depuis devenu un ami. “Il a une vision précise de ce qu’il veut et fait tout ce qui est nécessaire pour la rendre claire pour les autres. C’est intéressant d’observer la façon dont il construit sa marque. J’aime aussi sa musique.” Mais Luka n’a pas l’intention de s’arrêter là. Sa nouvelle envie ? Devenir acteur et ouvrir sa propre agence créative. Quelque chose nous dit que l’année sabbatique, ce n’est pas pour demain.

Instagram @lukasabbat
Twitter @whoisluka

Instagram @lukasabbat
Twitter @whoisluka

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