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Deschamps-Jacquet : chronique d'une filiation

Alors que les Bleus confrontent aujourd'hui le Danemark, retour sur le lien spécial qui unit l'actuel sélectionneur au coach mythique de 98.
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C'était il y a vingt ans ! Au terme d'une compétition haletante et souvent angoissante, la France remportait sa première Coupe du Monde ! A sa tête, un entraineur au patronyme devenu célèbre : Aimé Jacquet. Décrié, conspué, déstabilisé tout au long de son office de sélectionneur des Bleus, Jacquet a subi de plein fouet la défiance d'une presse convaincue qu'il n'était pas "l'homme de la situation". En leur temps, Les Cahiers du football identifiaient cela comme "une campagne de dénigrement systématique" doublée d'une "mécanique de la malveillance". Les écrits sont là pour en attester. "Brave type", "désenchanteur", "Mourir d'Aimé…" Les titres assassins, publiés notamment dans le quotidien l'Équipe, se multiplièrent à l'orée de France 98. En relisant la prose de l'époque, on est pris, il faut bien l'avouer, d'un certain malaise : "Là où nous attendons, depuis des mois, un leader qui donne un vrai souffle, nous n'avons, une fois encore, eu droit qu'à un brave type qui émet des soupirs". Le tacle est assassin et certainement injuste. En dépit de ses 5 titres de champions de France remportés en tant que joueurs et ses 3 sacres nationaux décrochés en tant qu'entraineur des Girondins de Bordeaux, le reproche était récurent : puisque Jacquet communiquait trop mal ou trop peu, on se permettait de le déconsidérer rapidement. Vingt années plus tard, c'est peu ou prou du même mal dont souffre Didier Deschamps. Discret face caméra, ce dernier apparaît mâchoires serrées avec cette volonté claire de ne surtout pas se livrer. A l'instar de Jacquet en son temps, "la Desch", se sachant dépourvu de l'égo boursoufflé de Mourinho, et de l'aura fougueuse de Klopp, s'est volontairement extrait du jeu médiatique. Pour lui, seule compte la vérité du terrain. Sauf qu'à l'ère des chaines infos et des réseaux sociaux, la position mutique s'est transformée en solution intenable…

"Notre relation s'est bonifiée au fil du temps. Cela serait présomptueux de dire que c'est mon fils spirituel. Je pense qu'on a sûrement, modestement, à peu près la même trajectoire, la même philosophie de foot et de vie" Aimé Jacquet, à propos de Didier Deschamps

Coûte que coûte pourtant, Jacquet soutient son successeur à la tête des Bleus : "Un travail a été fait depuis quelques années et l'entraîneur actuel est le capitaine de France 98. Donc il sait ce qu'il fait et il sait où il va !". Il faut dire que les deux hommes se retrouvent dans leur conception du jeu. L'un comme l'autres sont adeptes des schémas défensifs efficaces. En 98, bien que victorieuse, l'équipe de France jouait ainsi régulièrement avec 8 joueurs protégeant d'abord les cages de Fabien Barthez. En 2018, à rebours de la doxa offensive du moment, Deschamps reproduit le même genre de tactique. Les Bleus trouvent donc 1 gardien de but, quatre véritables défenseurs suppléés par trois milieux travailleurs. Une organisation permettant aux 3 pointes de devant de briller en électrons libres, à la manière d'un Mbappé ou d'un Dembélé aujourd'hui. Plus les années passent, plus la filiation Jacquet-Deschamps paraît relever de l'évidence. Les deux hommes ont d'ailleurs noué des liens "très forts". "Notre relation s'est bonifiée au fil du temps, poursuit Jacquet. Cela serait présomptueux de dire que c'est mon fils spirituel. Je pense qu'on a sûrement, modestement, à peu près la même trajectoire, la même philosophie de foot et de vie", a confié l'ancien sélectionneur des Bleus qui, vingt ans plus tôt, avait déjà fait de Deschamps son capitaine.

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