Hommes

Anthony Joshua : "Les actions parlent plus que les mots"

Champion Olympique 2012 (catégorie super lourds), champion du monde (poids lourds), IWF, WBO et WBA, Anthony Joshua est un des plus grands boxeurs de l’époque : son intelligence tactique, son style aussi élégant que dévastateur, font de lui le favori dans le combat à venir contre Kubrat Pulev (le 12 décembre) avec la ceinture de champion IBF en vue. Le boxeur vient de signer une très réussie collection capsule avec Hugo Boss. L’occasion rare d’échanger avec un athlète majeur.
Reading time 9 minutes

Quand avez commencé à vous intéresser à la mode ?

La mode recouvre tellement de champs possibles. Je ne suis pas très porté sur les couleurs flamboyantes ou les coupes extravagantes. J’aime ce qui est simple, net, classique. Je porte ce dans quoi je me sens à l’aise.


Comment est née cette collection avec HUGO BOSS ?

Je travaille avec la marque depuis plusieurs années, en qualité d’ambassadeur pour leur ligne de tailoring stretch. Quand je ne m’entraîne pas, je porte leurs pièces casual. Imaginer quelque chose ensemble s’est imposé naturellement. Nous avons évoqué la possibilité d’organiser la rencontre entre ma propre marque AJBXNG et BOSS, pour une ligne qui reflèterait mon style. Je suis très fier du résultat auquel nous sommes parvenus ensemble.  

 

Expliquez-nous le processus créatif à l’œuvre derrière cette collection ?

J’ai travaillé avec l’équipe créative de BOSS, leur rendant visite en Allemagne, et en donnant mon point de vue et mes idées au fur et à mesure que le projet prenait forme. Je tenais à ce que la palette chromatique soit audacieuse et élégante. Nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité d’intégrer du bleu marine et du doré – un élément essentiel à mes yeux, car synonyme de victoire. Nous avons aussi beaucoup œuvré pour choisir les matières, je tenais à ce qu’elles soient souples, confortables, mais toujours élégantes. BOSS est un expert dans ce domaine. Enfin, nous nous sommes aussi mis d’accord sur ma volonté d’intégrer des citations qui me tiennent à cœur, parce qu’elles représentent mon état d’esprit.

 

A ce sujet, une des devises brodées dit “Never let success get to your head, or failure to your heart” : est-ce que la préparation mentale est essentielle ?

C’est toujours à mes yeux une question d’équilibre. Il est important de se préparer pour le pire, je prends cette perspective en compte, inconsciemment, non seulement lorsque je m’entraîne, mais dans tous les aspects de ma vie. Il est important de toujours rester en mouvement. De ne pas laisser les évènements douloureux vous paralyser le cœur ou le succès vous monter à la tête. Il faut toujours avancer  et rechercher l’équilibre.

 

Pour un boxeur, vous avez commencé assez tardivement. Est-ce que vous pensez, avec le recul, que cela s’est avéré un avantage, puisque vous avez dû travailler encore plus dur pour rattraper le temps perdu ?

Parfois, je me dis que commencer plus tôt aurait été un avantage…et parfois qu’en effet je rattrape le temps perdu. Ceci dit, si j’avais commencé ma carrière plus tôt, je n’aurais pas eu l’opportunité de vivre pleinement ma jeunesse, d’être un peu insouciant. J’imagine que cela m’a permis de m’entraîner à fond, je n’avais pas la tentation de l’insouciance. La boxe m’a aidé à me mettre sur de bons rails.

 

Quels sont les moments charnières de votre parcours ?
Avoir compris que l’entraînement est essentiel, qu’il faut s’y consacrer à fond. C’est éprouvant, vous y apprenez la douleur, et à surmonter les défis qui se présentent à vous.

 

Quelles ont été les plus grandes déceptions de votre carrière ? Il semble que tous les athlètes majeurs ont été confrontés à des échecs….

En 2011, j’ai perdu un combat lors des championnats du monde. C’était très dur. J’étais tout proche d’être la deuxième personne au monde à gagner une médaille d’or dans cette compétition. J’ai perdu d’un seul point…D’un point de vue rationnel, j’ai essayé de comprendre ce qui s’était passé : le vainqueur boxait dans son pays natal. Mais je savais que l’année suivante, je participerai aux Jeux Olympiques à Londres, et que les adversaires que je venais de croiser seraient les mêmes. Je savais à quoi m’attendre. Avoir une approche réfléchie de cette défaite m’a permis de nourrir ma réflexion et d’aborder les JO autrement (il remporta en effet la médaille d’or, ndlr).

 

Et de quoi êtes-vous le plus fier ?

D’être resté fidèle à ma philosophie de la boxe. Quand j’ai donné à mon équipe d’entraîneurs une nouvelle structure, c’était une étape très importante, et il y avait un peu d’appréhension. Au final, les entraînements étaient plus créatifs, et plus amusants aussi. Et cette décision m’a permis d’enchaîner les succès. Avoir compris comment ne pas répéter les mêmes erreurs a aussi été décisif dans mon évolution, cela m’a fait grandir et devenir une meilleure personne.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Tous ceux et toutes celles qui ont une histoire à raconter. Si vous prenez le temps de les écouter, vous pouvez en apprendre quelque chose. Je suis quelqu’un de très ouvert, et j’adore rencontrer des gens. Vous pouvez me croiser dans des endroits improbables, à parler à des gens improbables, et j’adore les écouter me parler d’eux – quelle que soit la nature de leurs récits – vous en retirez une leçon. La motivation ne se nourrit pas seulement des success stories. Elle apprend beaucoup aussi de la confrontation à l’adversité.

 

Quelles autres disciplines sportives ont une influence sur la vôtre ?

Si vous faites de la natation, comme Michael Phelps, vous vous entraînez dans une piscine. Quand le public pense aux boxeurs, il s’imagine que les meilleurs passent leur vie en salle de musculation…Mais est-ce que c’est vraiment ça qui permet d’être le meilleur ? Je passe beaucoup de temps sur le ring, c’est une décision de ma part d’y être le plus possible, parce qu’il faut se sentir à l’aise dans l’environnement dans lequel vous devez être le plus compétitif possible. C’est également vrai pour n’importe quel athlète. Ma stratégie est donc semblable à celle de Phelps – je m’entraîne dans l’espace qui m’apportera le plus.

 

Lorsque vient le moment du combat, dans quelle mesure vous fiez-vous à votre intuition, à l’improvisation, ou restez-vous fidèle à la tactique que vous aviez défini avant qu’il ne commence ?

Je reste fidèle à mon plan d’origine, pour le concrétiser. Arriver à un combat sans rien avoir préparé ajoute trop de pression.

 

Regardez-vous des combats historiques pour les étudier ?

J’adore les documentaires. La façon dont les boxeurs observaient telle ou telle hygiène de vie m’inspire beaucoup. Lorsque vous étudiez l’histoire du sport, vous constatez que ce n’est pas seulement une question de techniques, d’adresses. C’est aussi une question de timings historiques, qui a offrent de meilleures opportunités, ou des gens dont vous avez choisi de vous entourer. C’est aussi intéressant de voir que certains ont dû affronter des épreuves, de ce qu’ils ont dû endurer pour se créer justement leurs propres opportunités.

 

Est-ce que vous envisagez de vous faire à l’avenir le porte-parole de causes chères à votre cœur ?

Je crois que les actions parlent plus que les mots – les actions appellent l’émulation.

/

Articles associés

Recommandé pour vous