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"Air Force One", la Nike culte vue par ses adorateurs

Non que ces baskets soient nées avec une cuillère en argent sous la semelle, mais elles ont la “chance”, comme aiment à le souligner nombre de documentaires qui lui ont été consacrés. La Nike “Air Force One”, qui tient son nom de l’avion présidentiel américain, fête cette année ses 35 ans de légende.

Retour à sa création, en 1982, quand Bruce Kilgore, père du design chez Nike, lance le tout premier modèle, blanc au swoosh rouge, en le plaçant aux pieds du basketteur Moses Malone consacré l’année d’après meilleur joueur des finales de la NBA, qu’il remporte avec son équipe des 76ers de Philadelphie. L’ergonomie dotée de la technologie “Air-Sole” et le grand confort de cette paire de sneakers révolutionnaires, à une époque où il fallait parfois superposer jusqu’à cinq paires de chaussettes pour obtenir un bon amorti, séduisent rapidement les professionnels du basket, mais aussi la rue. Les “AF1” deviennent vite le signe de reconnaissance de la communauté hip-hop américaine et de la culture street, dont les représentants au style reconnaissable entre mille passent le plus clair de leur temps overlookés sur les terrains de sport de Brooklyn et d’ailleurs. Washington, Philadelphie, Baltimore… la rumeur enfle doucement mais sûrement, et de manière exponentielle. À tel point que Bruce Kilgore lui-même considère cet emballement comme un mystère irrationnel. Les chiffres, impressionnants, sont bien concrets : la Air Force One totalise 1 700 références produits dans son histoire. Sans compter les customisations “home-made” exceptionnelles, véritables œuvres d’art graffées, bombées, dont certaines s’arrachent aujourd’hui à prix d’or.
Il faut dire que le modèle blanc sur blanc est, selon l’avis des experts, la plus inspirante des toiles vierges.

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Backstage de la première campagne de pub Air Force One, réunissant la dream team Nike.
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L’originale, la “White on White”, celle dont tout est parti, en 1982.

Virgil Abloh
Fondateur et directeur artistique de la marque Off-White, il a récemment collaboré avec Nike à la réinterprétation de la AF1

 

 

“C’est la plus iconique des baskets jamais créées. Sans doute parce qu’elle fut à la fois la plus libre et la plus cadrée. C’est LA toile vierge idéale, mais aussi l’épitomé (le condensé, ndlr) du meilleur de la technologie moderne, jumelé à un contexte culturel extrêmement fort.”

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Dernier détournement en date, la “AF1 by Virgil Abloh for Off-White”, sortie en octobre dernier.

Pablo Attal

19 ans, étudiant et salarié, chargé de projet junior chez Yard

 

“J’ai eu mes premières ‘Air force One’ en 2006 pour mes 8 ans, c’est moi qui les avais demandées. Ce fut mon premier émoi en matière de sneakers. Des basses blanches, ‘White on White’ ou ‘Uptown’. Je les portais avec un jean droit délavé dont l’ourlet remontait jusqu’au mollet ! Je m’en souviens comme si c’était hier, mais je ne suis pas sûr qu’à l’époque je mesurais l’impact culturel du modèle. Cette paire fut la première d’une longue histoire qui s’est écrite en ‘Low’, en ‘Mid’, ‘Sneakerboots’, ‘Lunar’, ‘Pigalle’… en 2016, dans la collection capsule que j’ai imaginée officieusement pour Unkut, la marque du rappeur Booba avec laquelle j’aimerais collaborer, j’ai retravaillé deux paires de baskets : des ‘Converse All Star Chuck 70’s’ et… des nike ‘Air force One’ basses blanches. évidemment.”

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Chez les Nike addicts, la customisation n’attend pas le nombre des années.

Riccardo Tisci

Créateur, et collaborateur régulier auprès Nike

 

“Les ‘Air force One’ ? Leur naissance fut une fête ! Dans le sens où elles marquaient toute une génération, toute une époque. On y a cru, on les a adoptées, et on les a aimées tout de suite.”

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Carton plein pour la “AF1 by Riccardo Tisci”, sortie en 2014.

Kobe Bryant

Jeune basketteur à la retraite, 20 saisons NBA chez les Lakers de Los Angeles, ambassadeur Nike

 

“Le grand plaisir avec les Af1, c’est qu’elles rappellent vraiment les années 90, et toute l’énergie positive de cette période. Du terrain à la rue, pour tellement de monde, et depuis tant d’années, qu’elles sont bien au-delà d’une simple paire de chaussures. elles représentent un certain style de vie à elles toutes seules.”

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L’histoire de la AF1, c’est celle de ses followers, qui se la réapproprient.

Luka Sabbat

19 ans, entrepreneur Franco-Américain, influenceur streetwear, 552 000 followers sur Instagram

 

“Les ‘Air force One’ sont la base de tout bon vestiaire de baskets. Un grand classique new-yorkais devenu mondial. Je pense qu’elles doivent leur succès à leur simplicité. elles sont le point de départ idéal à toutes les versions possibles et imaginables, qu’elles soient proposées par la marque ou customisées par les irréductibles. Personnellement, j’en ai une petite quinzaine, toutes super rares, dont une paire de ‘PlayStation’ éditée en 2006 à 150 exemplaires seulement, ma préférée.”

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Point d’acmé streetwear, la Air Force One a rendu accro plus d’un collectionneur.
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Comme Chantrel

VP marketing chez Loud/SRC Records de 1993 à 2004

 

“C’est new York qui a fait les ‘Air force One’. Ma première paire date de 1989, achetée au coin de Broadway et de la 8e rue : des ‘High Black on Black’. Le concept des sneakers rétro n’existait pas encore, et c’était ce qui se faisait de mieux dans les rues de Manhattan. Mais si new York avait vingt ans d’avance, il était impossible de les porter ailleurs, ne serait-ce qu’à Paris. La mode était aux Jordans et à l’ultratechnique. Les ‘Air force One’ avaient curieusement un côté ‘cheap’. elles se sont pourtant rapidement imposées comme le musthave d’une génération, et pas seulement à Brooklyn ou Harlem. À une époque où personne encore ne collectionnait les sneakers, qui étaient le produit d’une saison (en championnat) pas plus, elles sont devenues des chaussures référentes, au même titre qu’une paire de John Lobb ou de Alden. Puis il y a eu un second virage au début des années 2000, quand Jay-Z et Damon Dash ont imposé leur style au reste du monde. Les Af1 ‘White on White’, les préférées de Jay-Z, sont devenues un symbole de réussite. elles se devaient d’être neuves, ‘ fresh out the box’, et les deux avaient popularisé le ‘one burn’ : on ne les portait qu’une seule fois. il était donc fréquent d’acheter la paire en dix exemplaires. Tout ça sans un dollar de marketing investi par nike entre 1982 et 2005, année où les ventes d’Af1 ont dépassé le milliard de dollars !”

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