Femmes

Parisians do it better

by Sophie Abriat
25.08.2017
Paris : l’avenue Montaigne, la tour Eiffel et… ses habitantes. Dans le monde entier, la Parisienne incarne le chic, l’élégance et la sophistication naturelle. Loin d’être figée dans les clichés, elle évolue avec son temps et garde son pouvoir de fascination.

Depuis qu’Emmanuel Macron est président de la République, Brigitte Macron est devenue la coqueluche des marques de mode : blazer croisé Balmain, robe blanche Courrèges, escarpins Louboutin et total-looks Louis Vuitton en rafale. Le style de la première dame est scruté par toute la presse mode internationale. Rodarte et Proenza Schouler, deux marques symboles de la mode américaine, ont présenté leur collection en juillet à Paris pendant la semaine de la haute couture et Lacoste, qui défilait à la fashion week de New York depuis treize ans a annoncé son grand retour à Paris en septembre. Au mois de juin, LVMH a lancé 24 Sèvres, site de e-commerce regroupant cent-cinquante marques de luxe pour vendre en ligne le chic parisien. Paris a le vent en poupe. “Je pense que l’élection d’Emmanuel Macron, après la stupeur du Brexit et l’élection de Donald Trump, a envoyé l’image d’un pays jeune, plein de potentiel, libre et indépendant. La France a en quelque sorte redoré son blason ; la mode sent souvent les choses avant tout le monde”, confie Inès de La Fressange. Ce retour de Paris sur le devant de la scène, c’est bon pour les affaires et notamment celles de la Parisienne – ce mythe vivant qui continue de fasciner, surtout à l’étranger. Mais cet archétype de la féminité est aussi en pleine réinvention, bousculé par l’arrivée d’une nouvelle génération, plus street, plus brute. “Le stéréotype de la Parisienne en uniforme marinière, casquette de marin et blazer boutons dorés a pris un coup dans l’aile. C’est un mythe qu’on a usé jusqu’à la corde et peut-être qu’aujourd’hui on a envie de quelque chose de plus baroque et de plus barré”, analyse Lisa Delille, rédactrice en chef adjointe de La Parisienne, magazine mensuel relancé en avril et distribué avec Le Parisien.

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Caroline de Maigret.
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Lolita Jacobs.
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Anne Berest.
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Camille Bidault Waddington.
"La Parisienne est non conventionnelle, simple et pourtant snob; elle possède un goût sûr basé sur une connaissance innée de ce qui est ni trop, ni pas assez; elle n'est jamais une suiveuse; elle méprise les tendances tout en les manipulant avec subtilité" Florence Müller

Une femme qui continue de subjuguer

La Parisienne est non conventionnelle, simple et pourtant snob ; elle possède un goût sûr basé sur une connaissance innée de ce qui est ni trop, ni pas assez ; elle n’est jamais une suiveuse ; elle méprise les tendances tout en les manipulant avec subtilité”, décrit Florence Müller, historienne de la mode. On pourrait continuer : la Parisienne est allergique au botox, elle mange du pain à gogo mais ne grossit pas, elle fume des cigarettes au Flore en buvant sa vodka pamplemousse, elle va au Bal voir des expos photo, c’est le fantasme de la femme qui est belle sans le faire exprès. En 2014, à l’occasion de la sortie du livre How to Be a Parisian Wherever You Are, coécrit par Anne Berest, Caroline de Maigret, Audrey Diwan et Sophie Mas, The Times dressait le portrait de la Parisienne : “Elle porte des talons pendant sa grossesse et ce, jusqu’à l’entrée en salle d’accouchement, elle ne porte jamais de Wonderbra et elle est toujours en retard.” Clichés ou réalité ? “Je ne pense pas que la Parisienne soit un fantasme, c’est bien une réalité. C’est en tout cas un style, un état d’esprit et une singularité”, affirme Inès de La Fressange, héritière d’une longue lignée de femmes incarnant la Parisienne : Cora Pearl au xixe siècle, la comtesse Greffulhe à la Belle Époque, Simone de Beauvoir aux Deux Magots, Jeanne Moreau dans Jules et Jim, Betty Catroux au Palace, Françoise Hardy en Courrèges, Jane Birkin panier et bébé sous le bras à Saint- Germain-des-Prés… La styliste Camille Bidault Waddington a aussi ce je-ne-saisquoi de parisien : “J’imagine que j’incarne la Parisienne parce que je suis curieuse, je suis plutôt désinvolte, je ne suis pas parfaite des ongles aux cheveux car j’ai beaucoup d’autres choses plus drôles à faire. J’aime séduire, je ne suis pas d’une beauté classique, j’aime lire et boire du vin, avec amis et amies, je déteste les dîners de filles, je crois… La Parisienne est plutôt bipolaire, soit très romantique et rongeuse d’ongles, soit bizarrement solaire et très active”, estime-t‑elle, avant de conclure : “La Parisienne commence à devenir un peu un cliché ordinaire auquel j’aimerais ne pas être accolée !” Avis partagé par la photographe Sonia Sieff, qui a publié cette année son premier livre, Les Françaises : “La Parisienne est une femme qui, je l’espère, continue à intriguer, qui se joue des définitions, des boîtes en carton. Ses doutes sont un moteur : se questionner, ne jamais se contenter d’être telle que l’on aimerait qu’elle soit.” Régulièrement, la famille s’élargit : Jeanne Damas, Lolita Jacobs, Louise Follain participent toutes à leur manière de la vivacité du mythe.

"La Parisienne n'a jamais été une Franco-Française des beaux quartiers. La gouailleuse, la titi parisienne des Faubourgs incarnait la Parisienne d'avant-guerre. Aujourd'hui, la Parisienne appartient à toute les rives, les quartiers et les communautés." Sonia Sieff
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Ins de La Fressange.
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Jeanne Damas.
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Sonia Sieff.

Une mascotte marketing

Le french chic fait vendre. Jeanne Damas a lancé sa marque Rouje, Caroline de Maigret est égérie Chanel, Lolita Jacobs directrice de l’image de Chloé, Inès de La Fressange ambassadrice Roger Vivier et Sonia Sieff a développé une collection capsule avec Éric Bompard, qui sera dévoilée mi-octobre. À travers elles, les marques exportent un certain art de vivre français. Même chose chez A.P.C., Céline, Maison Michel ou encore Isabel Marant, qui a très tôt capitalisé sur la figure d’une Parisienne jeune et sexy. “Avec 24 Sèvres, il y a une volonté de légitimer Paris au cœur d’un discours. Paris fascine depuis toujours, le style des Parisiennes aussi. Or, il manquait une voix dans l’espace international e-commerce pour diffuser cette approche et cette esthétique très parisiennes, admirées partout dans le monde”, indique Maud Barrionuevo, directrice des achats pour le site de LVMH. Dans le secteur de l’édition, la Parisienne est devenue un vrai phénomène marketing. How to Be a Parisian Wherever You Are, sorti en 2014, est devenu immédiatement un best-­seller international traduit aujourd’hui dans trente-quatre langues (ironiquement pas en français). Inès de La Fressange et la journaliste Sophie Gachet avaient lancé le concept avec la sortie en 2010 de leur guide intitulé La Parisienne, publié en dix-sept langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde. “Inès n’était pas connue à l’étranger avant son livre, c’est vraiment le label Paris qui fait vendre”, précise Julie Rouart, directrice du département Art chez Flammarion, maison d’édition du livre. “Jusqu’ici, c’étaient surtout des livres de photos sur Paris qui se vendaient. Inès a inventé une formule, un guide de conseils pour célébrer l’art de vivre à la française, le tout avec humour. Nous avons été beaucoup copiés ensuite.” En 2016, le mannequin a sorti son second guide, Comment je m’habille aujourd’hui ?, toujours chez Flammarion, traduit aux États-Unis sous le titre de Parisian Chic Look Book. “Ses livres ont beaucoup de succès aux États-Unis et en Angleterre. Les Américaines et les Anglaises ont toujours un complexe d’infériorité vis-à-vis de la Française, elles ont toujours peur d’être à côté ou d’être sur-habillées. Elles sont aussi en demande de conseils. On vend également beaucoup au Brésil alors que les canons de féminité, là-bas, sont à l’opposé”, poursuit Julie Rouart.

Une mythe en déconstruction

Quand je suis arrivée à La Parisienne et qu’il a fallu relancer le magazine, je me suis dit que la Parisienne n’est pas seulement Inès de La Fressange ou Caroline de Maigret : c’est aussi la fille des grands boulevards qui sort au Rex, celle qui prend le RER tous les matins pour venir bosser à Paris ou celle qui a grandi en province et qui est venue travailler à Paris”, nuance Lisa Delille, qui a mis en couverture du premier numéro nouvelle formule le top dominicain Richie Beras. “Ces canons de beauté ne sont pas les références de la nouvelle génération. En tant que rédactrice en chef, ce sont aussi des sujets que je suis lasse de traiter. On n’est pas toutes cette femme filiforme en boots Isabel Marant qui part le week-end à Trouville rejoindre son amoureux.” Cette remise en question du mythe accompagne un mouvement plus global : d’une manière générale, la mode s’ouvre doucement à plus de diversité et à plus de normalité (effet Vetements). La sophistication et l’élégance – codes historiques très français – sont bousculées par des univers esthétiques plus bruts et plus populaires. Ce prototype plus ou moins imaginaire de jeune fille blanche, mince, aisée est loin de refléter la diversité des profils de Parisiennes et plus largement des Françaises. Des magazines comme Antidote et i-D font tomber les clichés et entendre d’autres voix, de nouveaux visages apparaissent. Welcome Adèle Exarchopoulos, le Gucci Gang, Déborah Lukumuena, Lotta Volkova…
Ces visages expriment une belle diversité. En effet, “la Parisienne n’a jamais été une Franco-Française des beaux quartiers. La gouailleuse, la titi parisienne des faubourgs incarnait la Parisienne d’avant-guerre. Aujourd’hui, la Parisienne appartient à toutes les rives, les quartiers et les communautés”, commente Sonia Sieff. Rue du Faubourg-Saint-Denis, porte de la Villette, Bastille… autant de quartiers pour autant de Parisiennes. Et, bien sûr, “nul besoin d’être née à Paris pour devenir Parisienne, je suis moimême née à Saint-Tropez ! La Parisienne n’est que pluralité”, lance Inès de La Fressange. “Il y a beaucoup de Parisiennes mais je n’ai aucune envie de les ranger géographiquement. Juste une à éviter, celle qui me hérisse de rage : Amélie Poulain”, conclut quant à elle Camille Bidaut Waddington.

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