Femmes

Molly Goddard : "le matérialisme tue la création"

by Mathilde Berthier
03.03.2017
Sacrée “British Emerging Talent 2016” aux British Fashion Awards, où sont venues l’applaudir la rédactrice mode Giovanna Battaglia, l’influenceuse Susie Bubble et le top Alexa Chung, entre autres, la créatrice londonienne fait aussi l’unanimité outre-Atlantique, où les happy few recouvrent un brin de candeur dans ses robes d’enfant d’un autre temps. Rencontre avec un phénomène.

Par Mathilde Berthier
Photos Andrew Nuding 

Des filles à buzz cuts qui défilent sur un remix techno de My Heart Will Go on : c’est le tableau du premier défilé de Molly Goddard à Londres, en septembre dernier. Au front row : les cadors de la presse internationale, collés serrés sur les bancs de l’Old Spitalfields Market. Londres n’a pas connu ça depuis longtemps. Anticonformiste, un peu perchée, Molly Goddard est une bouffée d’air frais. Elle habille ses filles comme des gamines débarquées d’une autre époque, et qui découvrent les joies du XXIe siècle. 


Quels étaient vos rêves, enfant ?

Je voulais monter ma propre ferme... En fait, j’adorais l’idée de pouvoir assortir mes vêtements à mes animaux.

Votre première rencontre avec la mode ?

Petite, j’allais souvent au Victoria & Albert Museum, dans la Fashion Gallery. Et puis mes parents achetaient toutes sortes de magazines, il y en avait partout à la maison... Je passais des heures à lire et à regarder des photos.

Qui sont vos modèles ?

Pour moi, John Galliano est un génie. Pendant ses années chez Dior, j’admirais sa façon de changer de personnage chaque saison, de se créer un costume de scène toujours différent.


Comme lui, vous êtes issue de la Central Saint Martins. Qu’avez-vous fait ensuite ?

Une fois mon Bachelor de knitwear en poche, j’ai poursuivi mes études en master, mais ça n’a pas fonctionné. J’ai continué à travailler sur ma collection de fin d’études et, en 2014, j’ai organisé une soirée d’anniversaire un peu spéciale, où toutes mes copines portaient des tenues de soirée de ma confection. Phoebe Collings-James avait une robe corolle en tulle rose. C’est cette nuit-là que l’aventure a commencé.

Quels sont vos rituels de création ?

Je dessine beaucoup et je fais plein de recherches. Ensuite, je joue avec les tissus, les matières et les proportions du corps.


Le tulle est votre signature, pourquoi ?

Si c’est une signature, je ne l’ai pas choisie. J’ai simplement fait l’essai, un jour, et ça a collé entre nous.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Les livres, les vieux vêtements d’enfant... Et puis les gens dans les rues de Londres, ce qu’ils portent au quotidien, même les détails les plus infimes.

C’est aussi dans la rue que vous castez vos mannequins...

L’attitude compte plus que l’apparence. Mon casting dépend toujours de la collection. Il faut que les personnalités choisies soient en parfaite adéquation avec l’esprit de la saison.

Votre idéal est-il une petite fille, une adolescente ou une femme ?

Les trois, sans aucun doute !

Agyness Deyn s’est mariée en Molly Goddard, et Rihanna ne quitte plus vos vêtements... Ça vous touche ?

Je connais bien Agyness, en plus d’être adorable, elle peut tout porter. Et Rihanna m’inspire beaucoup. J’aime son charisme et sa témérité.

Vous exposez actuellement à la NOW Gallery de Londres. Comment l’aventure a-t-elle commencé ?

J’avais entendu qu’ils cherchaient à faire une exposition de mode. J’ai donc envoyé les ébauches de What I Like, et ça a marché. C’était fun de créer des robes qui ne soient pas faites pour être portées.

À votre avis, le futur de la mode est-il intimement lié à l’art ?

Toutes les pratiques créatives nous touchent et nous influencent les uns les autres. Je pense aussi que chaque élan artistique est une réaction à ce qui se passe autour de nous, dans le monde... Il n’y a pas lieu d’ériger des barrières.

Avez-vous le sentiment, vous et vos contemporains, d’ouvrir une nouvelle ère dans la mode ?

La mode atteint un seuil de saturation. On trouve vraiment trop de tout aujourd’hui. La frontière entre luxe et commerce est de plus en plus floue. Tout laisse à penser qu’un changement est nécessaire. Ce microcosme devrait s’extirper des problématiques économiques d’achat et de dépense. C’est vrai que nous devons tous réaliser des bénéfices, mais il faudrait trouver un juste milieu car le matérialisme pervertit la création.

Si vous deviez ne garder qu’un seul souvenir de vos débuts ?

Voir mon nom sur le calendrier officiel de la fashion week de Londres, en septembre dernier. J’étais une pile électrique.

Pourriez-vous quitter Londres pour une autre ville ?

Je ne sais pas. Il ne faut jamais dire jamais mais Londres est ma maison... et elle le restera. 


 

Expo “What I Like”,
à la NOW Gallery, jusqu’au 19 février 2017.
The Gateway Pavilions, Peninsula Square, Londres.
www.mollygoddard.com 

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