Femmes

Mario Sorrenti : "Nous nous aimions beaucoup avec Kate"

Pour la sortie d’obsessed, déclinaison du culte obsession, Calvin Klein utilise des photos inédites de la campagne publicitaire du parfum originel. Mario Sorrenti revient sur la genèse en 1993 de ces images mythiques de Kate Moss.
Reading time 7 minutes

D'Obsession à Obsessed, deux histoires de parfums signés Calvin Klein, vingt-cinq ans se sont écoulés. Lancé en pleine mouvance grunge et androgyne, le duo Obsession fut un succès outre-Atlantique dans un registre oriental. Avec la toute jeune Kate Moss en égérie, la campagne en noir et blanc signée Mario Sorrenti amplifia le mythe. Raf Simons, désormais directeur de la création chez Calvin Klein, se souvient : "C’était la référence en matière de sensualité. Nous avons imaginé un nouveau parfum qui refléterait ce souvenir et ce désir. Le désir d’un homme et d’une femme, le souvenir de sa peau sur la sienne." Ainsi est né un nouveau duo, Obsessed, jouant sur la confusion des genres avec un féminin qui se dessine en fougère – classique masculin ici twisté par Annick Menardo et Honorine Blanc – et un masculin qui plonge dans la volupté de la vanille, composé par Ilias Ermenidis et Christophe Raynaud. Le souvenir du passé se dessine dans une campagne réalisée avec les photos datant d’un quart de siècle. Mario Sorrenti s’est replongé dans ses archives et, par le prisme d’une nouvelle édition et d’une collaboration avec le duo de directeurs artistiques M/M (Paris), une nouvelle campagne empreinte d’une délicieuse nostalgie est née.

Comment s’est passée la première collaboration avec Calvin Klein pour Obsession, en 1992 ?

Mario Sorrenti : À l’époque, jeune photographe, j’avais un contrat avec Harper’s Bazaar. Le directeur artistique Fabien Baron connaissait mon travail personnel, il avait vu mon journal avec des photos de Kate Moss en vacances : je la photographiais tout le temps. Il a pensé à moi pour Obsession. J’ai rencontré Calvin Klein, je lui ai montré mon book et mon journal. Il a dit : "C’est génial, pouvez-vous le faire pour nous ?" J’ai acquiescé et il m’a dit : "Allez-y." Nous avons passé du temps pour trouver le lieu : je voulais une petite maison avec un canapé, un lit, une baignoire, des choses basiques… Nous l’avons trouvée, et nous y avons apporté ces éléments. L’idée était d’être intime, comme si on était chez soi, pas en train de travailler. 

 

À l’époque, vous ne photographiiez qu’en noir et blanc ?

Oui. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais j’ai continué le noir et blanc très longtemps, avant de commencer à travailler la couleur pour toucher d’autres territoires – mais ça m’a pris du temps.

Aviez-vous à l’esprit une campagne provocante en raison du nom un peu suggestif de la fragrance ?

Nous ne voulions pas être provocants, ce n’était pas l’idée. Nous voulions quelque chose de beau…

… de sensuel ?

Non, quelque chose de très naturel. Mes icônes étaient Robert Frank, Irving Penn. Je voulais faire de belles photos, la provocation n’était pas au programme et ne l’est pas davantage aujourd’hui !

Qu’est-ce qui pourrait être provocant aujourd’hui ?

Mmmh… Quelque chose d’honnête et de sensible, quelque chose qui nécessite du temps pour être compris.

Kate Moss a été emblématique des deux parfums, le masculin et le féminin, ce n’était pas courant.

C’était une idée très intelligente, mais sans doute courageuse et risquée. Calvin Klein a eu l’audace de faire ce choix. Kate plaisait aux hommes et aux femmes. L’histoire de la photo reflète la conscience de l’époque. Et cela fonctionne pour les deux. La campagne n’avait rien de commun avec ce qui se faisait et c’était ce qui m’intéressait. L’idée n’était pas d’être sensuel, juste chic et intègre. Je ne savais pas ce que cela allait donner, mais quand j’ai montré les photos, tout le monde a dit immédiatement : "This is it !"

Comment expliquez-vous le succès de cette campagne, avec ces images qui confinent au mythe ?

Je n’arrive pas à expliquer ce succès. Je ne sais pas, c’était honnête, nous nous aimions beaucoup avec Kate, cela se voit dans ses yeux, dans mes liens avec elle. Ce sont sans doute des ingrédients qui ont joué sur le timing de l’époque. Il n’y a pas de formule pour arriver à un succès, mais je suis vraiment heureux que cela me soit arrivé.

Et pour les nouveaux Obsessed ?

J’ai dit oui quand j’ai compris que, pour ce projet, tout le monde était très sensible à mon travail.

Comment avez-vous travaillé avec les archives ?

De la même façon que la première fois, même si j’ai vu les choses un peu différemment. Beaucoup de temps s’était écoulé, j’ai ouvert les boîtes et j’ai commencé à éditer. J’ai choisi ce qui me plaisait, les photos que j’aimais en les redécouvrant. Je n’ai pas demandé à Kate, elle me fait confiance, elle m’a toujours fait confiance.

La campagne est le fruit d’un travail avec M/M (Paris)…

J’ai beaucoup apprécié travailler avec eux, ils ont été fantastiques.

Que véhicule une campagne qui plonge dans le passé ?

Pour Calvin Klein, il y a un nouvel enjeu avec l’idée de travailler quelque chose à la fois d’ancien et de très moderne. Il ne s’agit pas simplement de revisiter l’ancienne campagne ; la présentation est complètement moderne. Pour moi, ce n’est pas un documentaire. Et je n’essaye pas de vendre un truc de passion, de sensualité ; c’est un souvenir. L’approche est honnête et cette idée de mémoire est en lien avec la fonction même du parfum.

Nostalgique ?

Oui, vraiment nostalgique, mais dans le bon sens du terme. J’ai eu beaucoup de chance de vivre cette expérience.

Obsessed for women, eau de parfum 50 mL, 65€. Obsessed for men, eau de toilette 75 mL, 56€. www.calvinklein.fr

Crédit photos : Mario Sorrenti pour Calvin Klein / Nicholas Hunt/Wireimage

Tags

Articles associés

Recommandé pour vous