Femmes

5 designers dont tout le monde parle cette saison

Nouveaux arrivants ou talents confirmés, ces designers font la saison. Focus sur le fédérateur Guillaume Henry chez Patou, le duo connecté Arnaud Vaillant & Sébastien Meyer chez Coperni, la radicale Louise Trotter chez Lacoste, le minimal Daniel Lee chez Bottega Veneta et l’engagée Stella McCartney pour sa marque éponyme.
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Patou selon Guillaume Henry
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La marque Jean Patou reprend vie avec la nomination du designer Guillaume Henry comme directeur artistique. Une renaissance impulsée par LVMH.

L’Officiel : Votre première rencontre avec Jean Patou?
Guillaume Henry : Cela remonte à loin ! C’est une maison dont j’ai entendu parler dans les années 80 lorsque j’étais un petit garçon qui s’intéressait à la mode. Christian Lacroix était alors son directeur artistique et son travail m’a ému à un point tel que j’ai eu envie d’en faire mon métier.

Que connaissiez-vous du créateur et de son histoire?
Je n’étais pas très calé sur l’histoire de Jean Patou mais j’avais quelques connaissances et images en tête de son travail, avec ce côté Biarritz, Deauville, son utilisation du tricot jersey mais aussi cette dimension couture, années 20 et Joséphine Baker. Cela évoque également tout un héritage autour de la marque avec des noms comme Karl Lagerfeld (1959) ou Christian Lacroix (1981) qui en ont repris la direction artistique.

Cette aventure a-t-elle changé votre vie?
Elle m’a permis de repenser mon métier autour des notions de produit, de client, de timing, de budget. Bref, des choses raisonnables, avec toujours l’envie de créer et surtout d’habiller des gens, ce qui était la philosophie de Jean Patou. D’ailleurs, la première femme qui l’a inspiré était sa sœur. Et sa motivation première n’était pas d’être un designer concept ou extravagant mais un designer de son époque pour les femmes qui l’entouraient. Avec Patou, ce très joli nom, j’ai donc envie d’habiller les gens que j’aime.

À l’occasion de votre première présentation, vous nous avez donné rendez-vous dans votre atelier, c’est un lieu qui vous est cher ?
On est dans une maison qui fonctionne à l’ancienne, tout est fait ici dans nos ateliers. Ce n’est pas un hasard si dans notre logo, le o, cette lettre ronde, est plus grosse que les autres. On est dans l’union, le travail d’équipe, la générosité. Ici, l’atelier ne se trouve pas dans les combles, c’est la première pièce que l’on traverse. Il est sur une rue passante sur l’île de la Cité. Ni rive gauche ni rive droite. Patou n’est ni bourgeoise ni urbaine, on veut proposer une vraie mixité à une personne qui n’a pas toujours les moyens du luxe mais qui a le goût des belles choses.

Parlez-nous de votre collection printemps-été 2020...
Auparavent je travaillais mes collections comme des histoires, elles auraient pu commencer par “Il était une fois”, mais je ne suis plus du tout là-dedans. Je suis dans une démarche de garde-robe singulière. Patou est une marque complice, qui porte des références joyeuses, légères, sympathiques. J’aime cette notion de sympathie. Dans cette collection, il y a une dimension positive, c’est important dans une période où tout est très apocalyptique. Cette garde-robe est à l’image de celle de mes plus proches amies, qui ont des vêtements complices qu’elles vont porter pendant quinze ans et quelques pièces très éditées pour des moments plus exceptionnels.

Quelques mots sur votre collection hiver 2020?
Elle sera caniculaire!

Coperni selon Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer
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Depuis leur départ de la maison Courrèges, nous n’attendions qu’une chose : leur come-back. Chose faite en février 2019. L’occasion de parler mode, digital et communauté.

L’Officiel : Après le lancement de votre marque Coperni en 2013 (quatre collections jusqu’en 2015) et sept collections chez Courrèges, vous avez relancé votre marque l’an dernier. Quelles étaient les conditions de ce come-back?
Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer : Prendre du plaisir, parler à notre public. Nous avons relancé Coperni de manière très naturelle – mais avec plus d’expérience, donc moins de stress, et surtout dans le but de créer des produits justes et désirables. Le prix est notre combat quotidien. Nous voulons nous ancrer dans la réalité avec des pièces à des prix abordables et habiller celles et ceux qui nous entourent. Nous avons aussi axé notre retour autour de projets digitaux pour être en contact direct avec nos clients et leur donner du pouvoir grâce à l’interactivité.

Coperni s’est rapprochée du digital avec @copernize_ your_life et, plus récemment, à l’occasion de la projection d’un court-métrage chez Apple pour le printemps-été 2020. Coperni est-elle une marque connectée?
Nous rêvons que Coperni soit la marque la plus connectée possible! Nous sommes passionnés de technologie et c’est à nous de proposer de nouvelles solutions. Le format du défilé a été inventé il y a plus de 150 ans par Charles Frederick Worth... et depuis, plus rien. Avec les outils dont nous disposons, nous devrions être en mesure de créer plus de connexions et d’interactions. “Copernize your life” est une aventure interactive sur Instagram destinée à accompagner le retour de la marque et “Coperni Arcade”, plus récent, se focalise sur les questions d’interactivité avec le consommateur et d’amusement. Peut-être que, créer une connexion en 2019, c’est communiquer du plaisir ?

En deux saisons, vous avez proposé une garde-robe intelligente, qui mixe les codes couture, sixties et minimalistes 90s. Votre ADN?
L’idée du total look nous déplaît depuis toujours car elle emprisonne. Notre cliente doit se sentir libre de mixer une pièce Coperni avec d’autres qui lui sont chères. Nous voulons des modèles qui durent et ne sont pas associés fortement à une saison.

À quoi reconnaît-on une pièce Coperni? Son effet trompe-l’œil? Une forme numérique (sacs Swipe et Wifi)? Le code QR des vêtements pour en identifier ses matières?
Une pièce Coperni doit répondre à plusieurs critères. Une simplicité de coupe, une idée de mouvement, un détail nouveau et une inspiration en général issue du design ou de la technologie.

Avec qui travaille Coperni aujourd’hui? Qui fait quoi?
Nous travaillons ensemble sur tous les aspects de l’entreprise. Même si nos rôles sont très séparés, Arnaud s’occupe du business. Je me charge de toute la création.

Entre la traçabilité requise, le pouvoir des influenceuses, la vague sportswear... quel est votre cahier des charges?
Nous menons deux combats : l’innovation (du digital au durable) et le chic. Le mot “techno-chic” est le titre de notre cahier des charges.

Lacoste selon Louise Trotter
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Telle une tornade, la designer Louise Trotter, nouvelle venue chez Lacoste, assène sa vision radicale, androgyne et pointue au crocodile. Résultat ? Les fans comme les professionnels en redemandent.

Une femme à la direction artistique de la maison Lacoste, jusque-là emmenée par des hommes (Christophe Lemaire, Felipe Oliveira Baptista), c’est une excellente nouvelle, un choix pertinent. Même si pour Louise Trotter la question de genre n’est pas l’essentiel et qu’elle ne fait pas un tabou de la différence homme-femme. Ses deux prédécesseurs avaient, en leur temps, et chacun à sa manière, écrit de jolies histoires. Il fallait une personnalité talentueuse et à l’identité de mode évidente pour prendre le relai. C’est chose faite. Louise Trotter, arrivée en octobre 2018, compte deux collections a son actif.

Lorsqu’elle officiait chez Joseph, on avait senti la radicalité de la styliste britannique, ses silhouettes sans concession, ultra-précises, subtilement élégantes et décontractées. Elle y est restée neuf ans, et a su emmener la marque dans un monde minimal, puissant et poétique. À la fois très portable et presque intemporel. Des qualités qu’il faut posséder aujourd’hui dans ce monde de la mode un peu schizophrène. On sait d’elle qu’elle est née dans les années 70 dans le nord de l’Angleterre, que sa grand-mère était couturière, qu’elle est diplômée en design mode de l’université de Newcastle upon Tyne. Elle vénère Junya Watanabe, Rei Kawakubo, Comme des Garçons. Elle a fait ses classes chez Whistles, Calvin Klein, Gap et Tommy Hilfiger. Des enseignes qui lui ont permis de construire et d’affiner son identité et sa signature stylistique. Pour apprivoiser le célèbre crocodile, la Britannique aux dents du bonheur et à la réputation low profile, peaufine son approche radicale, joue sur l’androgynie, les codes du streetwear et du sport pur. Et elle semble savoir la chance qu’elle a de pouvoir s’amuser avec un héritage aussi puissant. Cette maman de trois enfants jongle entre travail assidu – une qualité qu’elle a héritée de ses parents – et ténacité à toute épreuve. La voici désormais entourée d’une quarantaine de designers, une équipe qu’elle aime nourrir de références visuelles mais aussi sonores. En plus de superviser les collections, elle est aussi chargée de contrôler l’image de l’animal fétiche, superstar dans l’imaginaire français et international.

D’emblée, Louise Trotter a puisé dans le vaste patrimoine des icônes nextdoor de la marque. Sa première collection a combiné unisexe, athleisure et minimalisme, poursuivant cette image BCBG et sportive qui séduit les fans de la marque. Avec cette deuxième collection printemps-été, elle réitère la performance et nous bluffe. Miss Trotter revisite les classiques du tennis et du golf : coupes franches, proportions légères, matières somptueuses, détails de cuir et de tricot twistés, volumes parfaitement maîtrisés... Le logo, quant à lui, s’imprime style Art déco et rencontre le monogramme L. Quant au crocodile de Robert Georges dessiné en 1926, il se renouvelle sur des poches plaquées ou sur des mocassins. Louise Trotter insuffle un esprit radicalement contemporain à l’héritage Lacoste, jouant sur le contraste, l’humour et la fidélité à une garde-robe qui met du chic et de l’élégance dans les habits du quotidien.

Bottega Veneta selon Daniel Lee
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En deux collections, le nouveau designer de la maison Bottega Veneta, Daniel Lee, est devenu son héros incontesté et incontestable.

Inconnu du grand public jusqu’à sa nomination en juin 2018, le nouveau designer de Bottega Veneta ne l’était pas davantage des plus grandes maisons. Pourtant, ce jeune Anglais, né à Bradford dans le Yorkshire, a étudié à la fameuse Central St Martins (promotion 2011) comme tout designer britannique qui se respecte, et dispose d’un CV impressionnant à seulement 33 ans. Sur ce dernier s’y succèdent Martin Margiela, Balenciaga au côté de Nicolas Ghesquière et surtout Phoebe Philo chez Céline (de 2012 à 2018) dont il fut le directeur du prêt-à-porter.

Dès sa première collection – datée prefall – chez Bottega Veneta, Daniel Lee donne toute la mesure de son talent. Il y raconte sa garde-robe idéale à travers une mode stricte sans être austère, qui incarne l’idée d’une féminité assumée. Il poursuit sur sa lancée lors d’un premier défilé automne-hiver 2019-20 dans lequel il met en avant l’ADN de la marque italienne, avec bien évidement le célèbre cuir au tissage intrecciato, qu’il a revisité en format oversized. La femme Bottega s’y montre conquérante, vêtue de combinaisons de cuir, de jupes trapèzes et d’encolures basculées, le tout accessoirisé du sac The Sponge Pouch, l’emblématique pochette de Bottega Veneta, et de bottes motardes aux semelles à plates-formes démesurées. Chez Daniel Lee, les accessoires ne sont jamais uniquement des accessoires. Ils fusionnent avec la silhouette, imposant un tout cohérent.
À peine montrés, ils sont sold out. Souvenez-vous, l’été dernier, des fameuses sandales nouées aux chevilles à semelles carrées vues sur les Instagram de Rihanna (qui en possède pas loin d’une douzaine de paires) et de Rosie Huntington-Whiteley, qui affiche pas moins de 39 posts sur le sujet. Et ceci sans parler de la liste d’attente pour les mules BV Lido.

Daniel Lee transforme donc tout ce qu’il touche en succès et continue avec sa collection printemps-été 2020, une ode au minimalisme avec une multitude de robes en maille côtelée près du corps aux découpes asymétriques ou graphiques, des trenchs en cuir XXL mais surtout le nouveau it-bag de la saison : le Hobo Intrecciato Oversized, une pure beauté. Sans même évoquer les très désirables mules de cette collection...

Des inspirations de Danie Lee, on connaît certaines grandes lignes, telle l’Italie et sa culture, son sens de la famille et l’importance du cinéma. Mais aussi l’idée de la sensualité et une vision large de la beauté. Lorsque Daniel fait référence à des personnalités, il évoque Monica Vitti, PJ Harvey, Stefano Pilati ou Gianni Agnelli. Et de nombreux artistes tels qu’Irving Penn, Helmut Newton, Rachel Whiteread, et plus particulièrement Ellsworth Kelly, peintre et sculpteur américain dont les œuvres sont apparentées aux courants du Color Field painting et au minimalisme.

C’est donc en moins d’un an que Daniel Lee chez Bottega Veneta est devenu l’un des designers les plus influents du monde de la mode, affichant pas moins de quatre récompenses remportées aux Bristish Fashion Awards en tant que Créateur de l’année, Créateur britannique de l’année - Vêtements femmes, Créateur d’accessoires de l’année et Marque de l’année. Un succès à couper le souffle.

Stella McCartney selon Stella McCartney
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En matière de mode équitable, la créatrice ne lâche rien. Elle fait briller sur les podiums, et depuis le lancement de sa griffe éponyme en 2001, une approche contemporaine, glamour et éthique du tailoring, soucieuse du monde et des êtres qui le peuplent.

Née en Angleterre en 1971, Stella McCartney est inscrite avec ses deux sœurs et son frère à l’école publique dans le Sussex. Elle grandit dans une ferme plutôt modeste, sans doute pour être protégée du star system et des turbulences du Swinging London dont font partie ses parents. Malgré cela, les chats ne faisant pas des chiens, la jeune fille est très vite attirée par la mode et le stylisme. Diplômée du St Martins College of Art & Design, son défilé de fin d’études ressemble à un happening rock’n’roll. Son père signe la bande-son, et les supermodèles de l’époque, Naomi Campbell, Yasmine Le Bon et Kate Moss – ses copines – composent un casting cinq étoiles. En 1997, à 26 ans, elle est nommée directrice artistique chez Chloé, succédant à Karl Lagerfeld. Elle y reste quatre ans, y rencontre Alasdhair Willis, qui devient son mari. Puis elle se lance et crée sa marque avec le soutien de Kering. L’union durera dix-sept ans. En juillet dernier elle annonce rejoindre l’écurie LVMH pour booster la stratégie de développement durable au sein de sa marque et des labels du groupe et ouvre une boutique à Londres qu’elle présente comme la plus durable de la ville. Elle réaffirme ses convictions pour une mode toujours plus responsable. Vegan comme sa mère, la moitié de ses collections est éco-responsable (coton organique, alpaga, polyester recyclé...) et surtout sans cuir ni fourrure. Sa marque green s’étend à la mode enfant depuis 2010, à la parfumerie avec deux parfums, à la cosmétique avec la ligne Care (conçue sans paraben, conservateur et silicone), à la mode homme depuis 2017, mais aussi à de nombreuses collaborations, notamment avec Adidas. Ultra-inspirante, Stella McCartney est devenue chef de file d’un luxe éthique, montre que mode clean et business sont tout à fait compatibles. “Chaque jour nous défions l’industrie de la mode pour nous améliorer, questionnons le statu quo et provoquons le changement”, raconte-t-elle.
Sa collection printemps-été à 75 % éco-friendly (“la collection la plus éco-responsable que nous ayons jamais imaginée”) convoque les amoureux de la nature : lignes sexy, volumes légers, robes bains de soleil en coton organique, coupe-vent en nylon régénéré, souliers à talons en bois issus d’une agriculture durable, tailleurs en drap de laine traçable... Comment faire de la mode un terrain de jeu désirable et engagé? Stella McCartney semble avoir trouvé la réponse.

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