Femmes

Ida Immendorff : "J’ai eu une enfance absolument incroyable"

by Jacobé Huet
27.04.2017
Lorsqu’une jeune doctorante en archi à Harvard interviewe une étonnante peintre d’une quinzaine d’années, cela dessine non seulement le portrait d’une adolescente entre art et mode mais aussi celui d’une génération ultracréative. Fille unique des artistes irrévérencieux Oda Jaune et Jörg Immendorff, Ida interprète au pinceau les pièces phares de la saison.
1.jpg
Bustier en velours et clutch en cuir, Saint Laurent.

Bonjour Ida. Présente-toi en quelques mots.

J’ai 15 ans, j’habite à Paris et voudrais intégrer l’école Central Saint Martins de Londres pour devenir styliste. Je dessine des robes aussi fantaisistes que moi et des autoportraits qui me représentent tous d’une manière différente.

Où trouves-tu l’inspiration  ?

Ma mère et mon père sont de grandes sources d’inspiration. J’ai grandi dans un monde aussi imaginaire et surréaliste que leurs travaux, que j’adore. Cet esprit m’a influencée, même si j’ai mon propre style. Ils ne m’ont jamais donné de cours, j’ai appris par moi-même. Les animaux et l’espace habitent aussi souvent ma peinture.

“Je me souviens de ma chambre dans la maison de Düsseldorf. Ses murs étaient entièrement peints par ma mère. Elle y avait représenté ma naissance, en très rose et très joyeux. J’ai eu une enfance absolument incroyable. Elle a duré très longtemps, je vis d’ailleurs toujours un peu dans ce monde.” Ida Immendorff

Une anecdote de cette enfance ?

Mon père avait un grand atelier dans notre maison en Allemagne. J’avais un petit bureau à côté du sien, je  l’adorais. J’allais y dessiner chaque jour, au milieu des grandes toiles. J’y avais même une balançoire. Un jour, j’ai écrit sur l’un de ses tableaux. Il était fâché, mais a fini par être très fier de ce dernier. C’est devenu une œuvre plutôt cool et moderne ! Je me souviens aussi de ma chambre dans la maison de Düsseldorf. Ses murs étaient entièrement peints par ma mère. Elle y avait représenté ma naissance, en très rose et très joyeux. J’ai eu une enfance absolument incroyable. Elle a duré très longtemps, je vis d’ailleurs toujours un peu dans ce monde.

Quelle partie du métier d’artiste préfères-tu ?

C’est un métier très libre, je m’y sens bien. C’est beau et intéressant, tout simplement.

Le dernier artiste qui t’ait marquée ?

Je vais souvent au musée ­Picasso, à Paris. C’est mon artiste préféré. Une de ses citations m’a particulièrement frappée et je l’ai toujours en tête  : “Quand j’étais enfant, je dessinais comme Raphaël, il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant.” J’aime aussi les surréalistes, et Frida Kahlo.

Tes parents se sont rencontrés à la Kunstakademie de Düsseldorf. De ton côté, pourquoi choisir la Central Saint Martins ?

Mon styliste préféré, Alexander McQueen, y était. Je trouve le programme de l’école absolument génial et j’ai hâte d’y faire un stage d’été. L’idée de vivre à Londres me plaît aussi beaucoup, j’adore cette ville.

5.jpg
Blazer et pantalon en soie et clutch en cuir et métal, Roberto Cavalli.
4.jpg
Veste et jupe en tweed, casquette en denim et sac en tweed et cuir, Chanel.
3.jpg
Avec sa mère, la peintre Oda Jaune, toujours à Düsseldorf, en 2005.
2.jpg
Ida et son père, le peintre Jörg Immendorff, devant la maison/atelier familiale à Düsseldorf, en 2004.

Quels conseils donnerais-tu à un/ une autre jeune artiste ?

La curiosité est très importante dans le métier d’artiste. Si on veut faire ces études, il faut être tout le temps à la recherche de nouvelles idées et ne jamais s’arrêter de dessiner. Il faut aussi aller à fond dans ses idées.

Quels sont tes designers phares ?

Il y en a beaucoup ! Coco Chanel pour la façon, à la fois simple et incroyable, dont elle a révolutionné la mode. Je trouve que Karl Lagerfeld respecte ces codes tout en poursuivant sa propre voie avec énormément de modernité. Je dirais aussi Yves Saint Laurent pour la variété de ses styles. Il rendait la femme extrêmement belle. Christian Dior, avec ses couleurs pastel et ses robes ceinturées, est aussi une référence. Plus généralement, l’atmosphère de la maison me plaît beaucoup. J’y ai fait un stage, c’était court, mais j’ai adoré l’expérience. Enfin, j’aime McQueen parce qu’il a réussi à faire de la mode un art. Il parle de sujets de notre monde, pas forcément joyeux, et les rend magnifiques.

Quel héritage mode tes parents t’ont-ils transmis ?

J’ai beaucoup reçu de ma mère. Elle a une grande collection de robes et de bijoux, même si elle ne les porte pas très souvent. Elle a toujours été très belle, a énormément de style, mais pas un style précis. C’est ce que j’aime en elle. Pendant la journée, je la vois en jean et en pull avec de la peinture partout et tout à coup, le soir, elle est en robe magnifique. J’admire comme elle réussit à être belle et gracieuse en toutes circonstances. Depuis que je suis petite, elle me demande mon avis et je l’aide à choisir ses tenues. Nos goûts sont similaires.

8.jpg
Dans l'atelier paternel, où Ida avait son propre petit espace de travail, avec sa mère, en 2007.
7.jpg
Débardeur en viscose rebrodé, jupe en soie, sac en cuir rebrodé et derbies en cuir, Emporio Armani.
6.jpg
Robe en laine et soie et sac en cuir, Gucci.

Parle-nous de ta ville, Paris, et de sa scène artistique.

Paris n’est pas ma ville natale, mais j’ai l’impression de lui appartenir. J’aime l’architecture parisienne, la tour Eiffel et les Invalides. J’aime aussi son histoire romantique et celle de tous les artistes qui y ont vécu. Je profite des musées comme Orsay ou le Louvre, où je vais dessiner. En sept ans à Paris, je n’ai toujours pas réussi à visiter le Louvre entièrement !

Comment définis-tu ton style, en art comme en mode ?

Je ne m’habille pas du tout comme mes personnages, j’ai un style minimaliste. Je porte des jeans et des pulls noirs ou blancs, mais aussi beaucoup de couleurs pastel et de la dentelle. Les robes que je dessine sont beaucoup plus originales, avec des éléments naturels comme des feuilles ou des animaux, j’aime choisir des formes et des couleurs, je pense qu’art et mode n’ont pas de limites.

Les artistes contemporains collaborent parfois avec des marques de luxe, Yayoi Kusama et Louis Vuitton, par exemple. Que pensestu de ce genre de projets ?

J’aime l’idée de faire de la mode de l’art, et vice versa. Il faut que ces deux univers continuent de collaborer car ils sont très proches.

Ton travail de mannequin est-il intimement lié à ton œuvre artistique ?

Le mannequinat est tout nouveau dans ma vie. Sur les photos, j’aime transmettre la part de moi qui est artiste. Je ne veux pas simplement être un modèle. On a pris des clichés de moi avec les œuvres de mon père, j’aime associer mon image avec ses travaux ou les miens. Je veux faire entrer l’art dans mon travail de mannequin.

Photographie par Andrew Nuding
Réalisation par Jennifer Eymère
Assistant stylisme Alizée Hénot 
Assitant photo Jean-Romain Pac
Coiffure Philippe Mensah Megumi

Partager l’article

Tags

Articles associés

Recommandé pour vous