Femmes

Dans le sac des filles

Peut-on encore inventer cabas et autres minaudières ? “Plus que jamais !” assurent les cinq créatrices que nous avons rencontrées. Elles renouvellent notre vision du luxe, en y ajoutant la touche d’éthique indispensable aujourd’hui.
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Jennifer Noble, l’attrait des matières

“Il a été difficile de trouver un atelier pour produire mes pièces à Paris. Chaque sac est une pièce unique quant à la matière utilisée. Et la plupart des ateliers sont déjà pris par les grandes maisons”, note Jennifer Noble, ancien mannequin aujourd’hui créatrice de la marque Iris Noble. Son amour pour les sacs commence par son attrait pour les matières, la collection de peaux dont elle agrémente aujourd’hui ses sacs. “Je voulais que ce soit la même attitude que pour un bijou, que l’on conserve et transmet à ses enfants, qui soit aussi agréable à toucher qu’à regarder”, dit-elle. Le sensitif, mais aussi l’émotionnel, car chacune des pièces qu’elle crée porte le nom d’une femme de sa famille : sa mère, ses sœurs, ses fi lles… “J’ai autant créé les sacs en pensant à elles que voulu leur rendre hommage.” Des sacs précieux qui ne sauraient se passer d’éthique : “Nous ne gâchons pas les peaux et utilisons jusqu’à la partie la plus minime. C’est pourquoi j’ai lancé une gamme de petits accessoires qui accompagnent les sacs.” Sa démarche ne s’arrête pas là : “J’ai réalisé que les teintures naturelles consomment plus d’eau. Je ne sais pas quelle est la manière la plus écologique, mais toutes mes peaux ont été produites dans la légalité et je ne commande pas de collections de peaux, je n’achète que ce que je trouve en showrooms.”

 

 

www.irisnoble.fr

Sonia Ahmimou, répondre à un besoin

Elle voulait être architecte, mais c’est la mode qui l’a séduite. Louis Vuitton, Hermès, Moynat…, Sonia Ahmimou s’est formée à la maroquinerie auprès des plus grandes maisons françaises : “J’ai compris à un moment que ce que j’aime dans la mode et l’architecture se rejoignent parfaitement dans la maroquinerie. Il y a des volumes, de l’aménagement d’intérieur, une structure… Comme un appartement ou une maison, cela répond réellement à un besoin.” En octobre 2015, elle lance Aswad, un atelier de création qui fait parler non seulement parce qu’il met en avant le meilleur de l’artisanat français tout en s’inspirant de l’architecture du monde arabe, mais aussi parce qu’il reflète la volonté de notre époque de se procurer des pièces qui traversent les tendances : “On revient à un mode de consommation plus lent, qui est plus dans la qualité et l’envie d’avoir des produits qui durent, quitte à y mettre le prix.” Utilisant des cuirs au tannage biologique, Aswad s’inscrit dans la lignée des marques qui souhaitent se développer avec une véritable conscience écologique. Sonia Ahmimou estime aussi qu’il est impossible de faire de la maroquinerie le parent pauvre de la mode, un accessoire dont on peut se passer sans ciller. “Je ne classe pas la maroquinerie dans les accessoires parce que la signifi cation de ce mot ne lui convient pas du tout. Un accessoire pour moi, c’est un décor. La maroquinerie est un besoin. Quel sac va accompagner mon quotidien, voilà la bonne question.”

 

 

www.aswad.fr

Delphine Delafon, le besoin de choses personnelles

"Ce qui me plaît, c'est l'idée d'avoir un seul et même objet à repenser au fur et à mesure des saisons. Cela fait évoluer la façon de créer." Delphine Delafon

Fabriquer à Paris peut sembler être un casse-tête, c’est pourtant un heureux hasard qui a poussé Delphine Delafon à faire ce choix : “Je ne me suis pas posé la question du cool, du chiant ou de l’économiquement viable… J’ai fabriqué les cinq-cents premiers sacs moi-même, et quand j’ai eu besoin d’aide, c’était logique de trouver des artisans à proximité de mon atelier”, explique-t-elle. “Ce Paris des vieux artisans est passionnant à découvrir. Dans notre époque, nous avons besoin de choses personnelles, de rencontrer les fabricants… Il y a de l’humain.” Des hasards, la créatrice et sa marque en ont connu puisque c’est en créant un sac pour elle puis en répondant aux commandes qui se sont succédé qu’elle a réussi à se faire une place de choix dans l’univers de la maroquinerie. Si elle réalise des collections, elle aime que chaque cliente puisse personnaliser son sac : “J’adore les matières, le cuir, les peaux… Ce qui me plaît, c’est l’idée d’avoir un seul et même objet à repenser au fur et à mesure des saisons. Cela fait évoluer la façon de créer, car on se contraint sur un objet pour trouver une nouvelle manière de le faire évoluer.”

 

 

www.delphinedelafon.com

Claudia Ravnbo, faire appel à l'imagination

Kate Moss n’est pas seulement un top-modèle iconique, c’est aussi une lanceuse de vocation. En tout cas, c’est en s’arrêtant sur le sac de Claudia Ravnbo, à Bodrum en Turquie, fait à partir d’une broderie ottomane, qu’elle donne l’idée à l’artiste norvégienne de se lancer dans l’aventure. “C’est la passion des tissus qui a lancé Maison Ravn. Je vais dans les ventes aux enchères, chez les collectionneurs… J’ai offert le sac à Kate Moss et j’ai fini par me dire qu’il y avait quelque chose à faire.” Quand on se plaît à courir chez les collectionneurs, la qualité est indispensable. Toutes les pièces sont uniques, faites à Paris, garanties à vie “comme une petite œuvre d’art”, ajoute-t-elle. Rareté, préciosité, unicité… Elle parle de ses sacs comme étant de la haute maroquinerie et propose à chacune de ses clientes d’apposer sur son sac son numéro fétiche – “dès que l’on a choisi son numéro, plus personne ne peut l’avoir”, dit-elle. Chez Maison Ravn, le rapport aux clientes est inestimable : “Trop souvent, les gens se laissent imposer ce que dicte la mode et c’est intéressant de voir mes clientes faire appel à leur imagination. Prochainement, je vais leur permettre de m’apporter des tissus auxquels ils tiennent, un poème…, pour les intégrer à leur sac. Je préfère quand les gens ont le choix.”

 

 

www.maisonravn.com

Puisant dans sa culture urugayenne et son amour pour New York, Gabriela Hearst a créé une marque qui est le reflet de ce qu’elle est : “Je combine le luxe avec des éléments plus rustiques, on ne peut pas me dissocier de mes racines rurales”, résume-t-elle. C’est ce qui explique que la créatrice ait opté pour des procédés de création et de production lents, dans le respect de la tradition. Un parti pris qui combine le beau et l’utile tout en projetant l’image d’une féminité puissante. On ressent cette force dans sa ligne de sacs lancée en 2016, dont chaque pièce est un hommage à une femme de tempérament, en édition plus que limitée. C’est l’idée d’un luxe intemporel que défend Gabriela Hearst. D’ailleurs, ce n’est pas la seule chose qui lui tient à cœur, à voir sa collaboration avec le planning familial, menacé depuis l’élection de Donald Trump ou encore celle avec Tod’s, dont un pourcentage était reversé à une association de protection des enfants. Et de conclure : “Vous aimerez le produit, mais je m’assure qu’il a été fait avec l’éthique appropriée et des valeurs.”

 

 

www.gabrielahearst.com

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