Art

Max Mara Art Prize for Women – Athena Papadopoulos

by Yamina Benaï
03.11.2017
A l’occasion de sa nomination pour la 7e édition du Max Mara Art Prize for Women (2017-19), Athena Papadopoulos – née en 1988 à Toronto (Canada), vit et travaille à Londres – s'est entretenue avec L’Officiel, pour lequel elle évoque ses derniers travaux.
ATHENA PAPADOPOULOS

Propos recueillis par Yamina Benaï

 

“Ces nouvelles œuvres sont une sorte de composante des différentes séries que j’ai pu réaliser auparavant. Les matériaux auxquels j’ai eu recours sont atypiques, en ce sens qu’ils sont utilisés par l’être humain pour modifier son apparence : ingérés, appliqués sur la peau. Je me suis interrogée sur la manière d’explorer ces matériaux pour créer de nouvelles formes, de nouvelles transformations. J’ai travaillé, par exemple, avec du vin rouge pour représenter ce qui se trouve à l’intérieur du corps, puis j’ai réfléchi à ces éléments auxquels on a recours pour transformer notre corps : teinture pour cheveux, vernis à ongles, fond de teint, auto-bronzant... Cela m’a amené à construire des représentations humaines, mais d’un point de vue très subjectif, car tout le monde n’utilise pas ces produits, ce qui crée une dimension presque démographique. Je travaille ici les mêmes produits utilisés par celles auprès desquelles j’ai grandi, et qui m’ont influencée. Pendant longtemps, je ne comprenais pas toutes ces choses dont les femmes se servaient pour paraître plus “présentables”. C’est pourquoi, il m’est apparu naturel d’utiliser ces produits plutôt que d’acheter de la peinture et du matériel classique dans un magasin d’articles de beaux-arts, c’est ce qui m’a permis de mêler mes différentes expériences de vie avec ces femmes, tout en intégrant des références historiques, littéraires, à la culture pop... Utiliser ces matériaux-là et m’approprier les multiples éléments m’a permis de créer des sortes d’hybrides.

 

En un sens, ces choix sont assez péjoratifs. J’ai beaucoup réfléchi à tout ce qui relie la femme à l’animal, notamment via les termes d’argot comme “poulette”... Toute cette terminologie dépréciative qui fait des femmes de véritables bêtes. J’ai pensé à la mythologie également, à Méduse et ses serpents, Artémis et sa biche... La comparaison de la femme à l’animal est un véritable châtiment. D’une certaine manière, j’ai voulu utiliser ces produits “dégradants” pour créer de nouvelles formes, des personnages hybrides en version puissante et assumée ! Le résultat obtenu est certes assez grotesque, mais les œuvres réalisées n’incitent pas à penser “c’est une petite nature, une fleur bleue !” mais plutôt “c’est un vrai bulldozer !”.

Installation view, Natural Instincts, curated by Samuel Leuenberger, Les Urbaines, Lausanne, Switzerland.jpg
Athena Papadopoulos, vue d’installation, Natural Instincts, commissriat : Samuel Leuenberger, Les Urbaines, Lausanne, 2015 Courtesy of the artist, Les Urbaines et Emalin, Londres.
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Athena Papadopoulos, courtesy of the artist.
Athena Papadopoulos (in collaboration with Monster Coat Club) The Amorous Alcoholic.jpg
Athena Papadopoulos (in collaboration with Monster Coat Club), The Amorous, Alcoholic, 2016, courtesy of the artist, MCC et Emalin, Londres.
Installation view, Belladonna’s Muse at BASEMENT ROMA, Rome.jpg
Athena Papadopoulos, vue d’installation, Belladonna’s Muse à Basement Roma, Rome, courtesy of the artist, Basement Roma et Emalin, Londres.

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