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Le standard Steidl

by Adrian Forlan
08.06.2017
"Il y a des gens que j’aime à Göttingen", chantait Barbara, mais il y a aussi l’éditeur Steidl, responsable des plus beaux livres de photographies de ces dernières décennies, entre best-sellers et chefs-d’œuvre secrets.
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L'éditeur Gerhard Steidl.
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Hollywood, 1967. Extrait de Face the Camera, livre consacré au photographe Robert Lebeck, publié en 2016 chez Steidl.
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Un jour au rodéo, dans les années 50. une photographie extraite du Robert Frank in America, publié aux éditions Steidl en 2014.
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New york, 1981. Photo signée Ernst Haas, extraites de Color Correction, publié en 2016 chez Steidl.
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Nouvelle-orléans, 1960. Photo signée Ernst Haas, extraites de Color Correction, publié en 2016 chez Steidl.
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Central Park, 1991. Extrait de In Color, de Bruce Davidson (Steidl 2014).

"Je ne peux pas vivre sans l’odeur du papier et de l’encre" , avoue Gerhard Steidl, qui a fondé sa première imprimerie en 1968, à 18 ans. S’il exerce aujourd’hui à quelques centaines de mètres du lieu d’exposition de l’une des bibles de Gutenberg, il ne s’est pas signalé par ses publications religieuses  : il a plutôt publié des classiques du genre – The Americans, de Robert Frank, des recueils de Juergen Teller, le mythique A Harlem Family 1967, de Gordon Parks – et composé des livres rares, à l’image du Studio, de Paolo Roversi, à la reliure faite main. il a croisé Beuys, Warhol… et acheté, dans une flambante audace, les droits de l’œuvre de Günter Grass (depuis 1993), prix nobel de littérature 1999, dont on imagine qu’il donne à son activité une assise financière solide. sa collaboration de longue date (1994) avec Karl Lagerfeld, pour lequel il a publié une quarantaine de livres, dont Scrapbook of a Cat. Choupette, a offert, sans doute, une visibilité à son travail. ce qui ne l’a jamais dispensé de se montrer curieux, lui qui est allé jusqu’à publier Alec Soth, alors étudiant inconnu, bien avant qu’il ne devienne une figure de l’agence Magnum. Pour la maison chanel, il édite également des catalogues et les cartons d’invitation. soucieux d’élaborer chaque livre en harmonie avec ses auteurs, il les invite à résider dans l’une des maisons mises à leur disposition, dans un ensemble résidentiel rebaptisé steidlville – mais attention, les pauses cigarette sont minutées et les repas végétariens (sauf pour Ed Ruscha qui a droit à ses schnitzels). N’oublions pas qu’il réalise également les ouvrages accompagnant de grandes expositions, et voilà steidl consacré, entre la Pléiade et l’Encyclopedia Universalis. Citant volontiers une maxime du photographe Robert Polidori, une de ses vedettes : "Le numérique est fait pour oublier, l’analogique pour se souvenir", il construit pas à pas (pressés, tout de même, au regard de sa productivité), un pan indispensable d’une bibliothèque babélienne, qui aurait sans doute plu à Borges, rassemblant tous les regards du monde, embrassant rien moins que sa totalité.

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