Art

Voici la plus belle terrasse de l'été

by Yamina Benaï
07.07.2017
Dolce vita au Palazzo, la superbe terrasse éphémère du Palais de la Porte dorée, avant ou après l'expo... Dans la lignée des grandes expositions consacrées aux immigrations et à leurs legs culturels et économiques, le Musée de l’Histoire de l’immigration, placé depuis 2014 sous la présidence de l’historien Benjamin Stora, explore l’apport de l’Italie, depuis l’unité italienne jusqu’à la Dolce Vita (1860-1960). Parmi les nombreuses pièces rassemblées, une quarantaine d’œuvres contemporaines (Jannis Kounellis, Giulia Andreani, Moataz Nasr, Julie Polidoro...). L’Officiel Art a rencontré Isabelle Renard, responsable de la collection d’art contemporain du Musée et Stéphane Mourlane, conseiller historique.

L’OFFICIEL ART : Comment “Ciao Italia” s’inscrit-elle dans la programmation et la mission du Musée de l’Histoire de l’immigration ?
ISABELLE RENARD :
La mission du Musée est de faire de découvrir l’histoire de l’immigration en France, et de révéler ce que la France doit à cette immigration. Ces apports sont en effet innombrables et se retrouvent dans les domaines les plus variés : de l’histoire de l’industrie à celle des beaux-arts, du commerce, etc. “Ciao Italia” s’inscrit ainsi dans une lignée d’expositions consacrées aux immigrations polonaise (2011), algérienne (2012), à la bande dessinée (2013), à la mode (2014). L’exposition montre que les apports de cette immigration, qui connut des débuts complexes, voire violents, et dont l’histoire est presque oubliée aujourd’hui, se retrouvent aujourd’hui dans tous les secteurs économiques et culturels.

 

Au-delà de l’exposition, comment se compose la collection d’art contemporain du Musée, quelle est la politique d’acquisitions ?
L’idée d’acquérir une collection d’art contemporain s’est imposée dès l’ouverture du Musée comme une entrée en matière possible à l’analyse des questions migratoires. Nous avons donc choisi de sélectionner des travaux se référant directement aux thématiques développées par le musée : frontière,  territoire, exil, questionnements identitaires... Ces œuvres donnent un récit subjectif qui diffère parfois du strict discours scientifique. Les artistes dont nous avons acquis les œuvres sont, jusqu’à présent, en majorité issus de l’immigration. Ils ont un point de vue esthétique mais aussi politique. Bien souvent, leur histoire personnelle nourrit leur travail et leur réflexion. Le musée acquiert des œuvres qui sondent la réalité à travers une infinité de formes et de médiums (peinture, vidéos, installation, sculpture, photographie, vidéo) et met en exergue la nouvelle scène française faite d’artistes français et étrangers. Parmi les artistes de la collection :  Kader Attia, Bruno Boudjelal, Mona Hatoum, Bouchra Khalili, Mathieu Pernot, Melik Ohanian, Barthélémy Toguo, Djamel Tatah, Mohamed Bourouissa…

 

Comment s’orchestre la présence italienne en France ?
STEPHANE MOURLANE :
Si la présence italienne en France est ancienne, elle devient importante, pour ne pas dire massive, à partir des années 1860. Les années 1960 correspondent à un changement de regard qui coïncide avec la fin de cette migration de masse italienne vers la France, désormais dépassée, en termes de visibilité, par l’immigration maghrébine. Les Italiens se rendant alors vers des destinations plus attractives au plan salarial (Suisse, Grande-Bretagne, Etats-Unis).

En ce qui concerne les Italiens, leur engagement dans la syndicalisme est très ancien. Dès les mouvements de grève dans les années 1880, il y a déjà des Italiens meneurs, aux côtés des ouvriers français. Mais cette fraternité et solidarité au nom de l’internationalisme ouvrier se développe de pair avec une xénophobie ouvrière. Sur le mode d’une concurrence au travail en période de crise. Puis, au début du 20e siècle et dans les années 1970, on réclame une égalité de traitement pour la main d’œuvre étrangère : mêmes conditions de travail et mêmes salaires.

 

Parmi les documents historiques choisis en regard des œuvres d’art contemporain, quelle est la pièce la plus emblématique ?Nous présentons le couteau supposé de Caserio, l’anarchiste qui a assassiné le président Sadi Carnot et c’est un événement, c’est à ma connaissance la première fois qu’il est présenté. Derrière cet objet, il y a comme une métonymie parce que pendant très longtemps, dans l’imaginaire collectif ces Italiens ont été associés à des manières au couteau dans un processus de criminalisation de l’étranger, associé à une menace. L’immigration, entendue aujourd’hui comme un problème, apparaît à la fin du 19e siècle avec l’immigration italienne. L’exposition s’ouvre ainsi sur cet objet qui “dit” des choses intéressantes, bien au-delà de sa propre valeur.

 

Terrasse du Palazzo, du mercredi au dimanche,
de midi à minuit, jusqu'au 15 octobre.


“Ciao Italia !” - Un siècle d’immigration et de cultures italiennes en France (1860-1960)
,
jusqu’au 10 septembre,
Musée national de l’Histoire de l’immigration,
Palais de la Porte dorée, 293, avenue Daumesnil, Paris 12,
http://www.palais-portedoree.fr/

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34655128543_4352082d3c_o (c) Palais de la Porte Dorée, photo Veronique Besnard.jpg
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Lancement  de Palazzo_16.06.2017 (c) Palais de la Porte Dorée, photo Veronique Besnard 08.JPG
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Palais de la Porte Dorée HavasEvent O.Tavares.jpg
Palazzo_II_25 (c) Palais de la Porte Dorée, photo Veronique Besnard.JPG
Palazzo_II_27 (c) Palais de la Porte Dorée, photo Veronique Besnard.JPG

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