Art

Monaco a la côte

by Mélody Thomas
02.08.2017
Que connaît-on de Monaco hormis sa famille princière, sa marina et ses casinos au décorum impressionnant ? La ville a beaucoup plus à offrir qu’un Grand Prix de Formule 1. Le galeriste et enfant du pays Edouard Merino s’enthousiasme devant l’intérêt récent de la Principauté pour la création.
La principauté tend une main amicale à l'art, comme le prouvent les nombreuses galeries et musées qui fleurissent en son sein
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Mount Moon Takes Monte Carlo (Page 1), 2016, de Saâdane Afif, à voir au Nouveau musée national de Monaco.
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Sem titulo (canoa de Guatòs, ao por-do-sol), vers 1835, d’Hercule Florence, à voir au Nouveau musée national de Monaco.
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Apparition, 2008, de Damien Hirst, à voir à la galerie 11 Columbia de Monaco.

Si Edouard Merino est né à Monaco, il confesse ne pas y avoir grandi. Pourtant, à travers ses attaches familiales, il connaît la Principauté sur le bout des doigts. Mais son intérêt pour la ville ne se limite pas au seul affect personnel. En 1990, il ouvre à Nice, en compagnie de Florence Bonnefous, une galerie au nom inspiré d’une œuvre de Marcel Duchamp, Air de Paris. C’est de là qu’ils ont tenu le pari fou de faire émerger une nouvelle génération d’artistes contemporains. Un lieu synonyme de liberté, dans lequel ils ont pu “échapper à la normalisation qui règne dans les endroits où le milieu de l’art est plus installé”, comme l’expliquait Florence Bonnefous en 2015. Edouard Merino se souvient : “Au  départ, nous nous sommes installés avec des artistes amis et notre première exposition était ‘Les Ateliers du Paradise’ ; la galerie était transformée en appartement fantasmatique, comme un film en temps réel, par les artistes Pierre Joseph, Philippe Parreno et Philippe Perrin. À l’époque, il y avait beaucoup moins d’intérêt du public pour l’art.” L’aventure méridionale dure quatre ans ; à part de gros événements organisés dans la région, la galerie peine à attirer du monde, ce qui pousse le duo à s’installer à Paris, au 32, rue Louise-Weiss, où il est toujours. Monaco et la Riviera,  Edouard Merino se les réserve aujourd’hui durant la période estivale. Quand on lui demande à quoi ressemble sa journée type dans la ville méditerranéenne, c’est avec facétie qu’il répond : “Rester proche de la climatisation.” Puis, plus sérieusement : “J’ai mes petites habitudes. La plage en journée, quelques huîtres pour le déjeuner, et pour le dîner, je rejoins le Song Qi, un restaurant mandarin le long du Larvotto, proche du Grimaldi Forum et de la villa Sauber, un des deux lieux du Nouveau musée national de Monaco (NMNM), institution créée récemment.”
Puis Edouard Merino profite de la vie nocturne de la cité. Il relate une de ses anecdotes de jeunesse les plus folles : “Un soir, en période de Grand Prix, nous avons fait la tournée des boîtes de nuit monégasques pour finir très tard au Jimmy’z. Sortant très alcoolisés – un œil fermé pour voir simple – nous avons bu un dernier verre chez des amis et sommes repartis dans ma fidèle Volvo blanche. Essayant de retrouver notre chemin au petit jour, nous entendons soudain tous les haut-parleurs de la ville prier la Volvo blanche d’évacuer immédiatement le circuit… Nous avons fait un premier tour de la piste de Formule 1 sans trouver d’issue et tout au long de notre pérégrination, les commissaires de course agitaient frénétiquement leurs drapeaux, mais impossible de s’extraire de ce labyrinthe.”
Dès le jour revenu, c’est la tournée des galeries. Contrairement à la période durant laquelle, à Nice, Edouard tentait d’ouvrir le regard des collectionneurs à de nouveaux artistes, la Principauté tend une main amicale à l’art, comme le prouvent les nombreuses galeries et musées qui fleurissent en son sein, à l’instar du NMNM ouvert en 2013 ou d’Artmonte-carlo, un salon qui veut faire de la Côte d’Azur une place de premier plan dans l’art et le desig contemporains, mais aussi dans l’art moderne, et qui se tient tous les ans au Grimaldi Forum, le palais des congrès monégasque. Pour le galeriste, l’art est en train d’offrir un nouveau terrain de jeu créatif à la ville : “Avec l’ouverture du NMNM, celle de la foire Artmonte-carlo il y a deux ans, avec 11 Columbia, la galerie de Delphine Pastor, la plus active de la ville, qui invite souvent d’autres galeries – Esther Schipper de Berlin, Air de Paris, ou encore Franco Noero de Turin – à exposer chez elle, sans parler de la motivation de quelques collectionneurs, une vraie énergie artistique semble se dessiner au travers de projets variés” s’enthousiasme-t-il. Finalement, Nice, Monaco et toute la Riviera commencent à réaliser le rêve d’Edouard Merino : jeune diplômé, il s’acharnait à vouloir montrer l’art là où on l’attendait le moins. Désormais, rendez-vous sur la Côte d’Azur.

Les Recommandations d’Edouard

Le Cabanon élevé par Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin.

 

 

À la villa Paloma du Nouveau musée national de Monaco : la Folding House (To Be Continued) de Jean-Pascal Flavien, entre architecture et sculpture.

 

 

Les expositions de l’explorateur Hercule Florence (jusqu’au 24 septembre) et de Saâdane Afif (jusqu’au 15 octobre), au NMNM.

 

 

La villa Arson, une école d’art ainsi qu’un lieu d’exposition renommé située sur les hauteurs de Nice, présente “Point Quartz/ Flower of Kent”, des œuvres de céramistes, jusqu’au 17 septembre.

 

 

La Station, à Nice, un espace underground. L’exposition actuelle interroge les influences du mouvement Supports/Surfaces sur les jeunes artistes (jusqu’au 9 septembre).

 

 

Le Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice (Mamac), dont Hélène Guenin vient de prendre la direction, présente une exposition sur les artistes de l’école de Nice et ceux de Fluxus (jusqu’au 22 octobre). Pendant l’été, The Monaco Project for the Arts (association créée par Rita Caltagirone) organise une manifestation artistique dans l’école des beaux-arts de la principauté. Cette année, c’est l’artiste japonaise Aya Takano qui expose (jusqu’au 30 août).

 

 

L’exposition “La Cité Interdite à Monaco”, au Grimaldi Forum, qui honore la dernière dynastie impériale chinoise, les Qing (jusqu’au 10 septembre).

 

 

L’hôtel Windsor, à Nice, pour ses chambres créées par des artistes, Lily Van der Stokker, Raymond Hains, François Morellet...

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