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Kader Attia : “Donner la parole à ceux que l’on n’entend pas”

Engagé depuis plus de deux décennies dans une démarche artistique très singulière, visant à porter un éclairage nouveau sur les grandes blessures de l’Histoire (esclavage, colonialisme, homophobie...), Kader Attia travaille à “donner la parole à ceux que l’on n’entend pas”. Deux expositions d’ampleur – au Palais de Tokyo et au MacVal – célèbrent son œuvre. A cette occasion, l’artiste livre à L’Officiel Art ses réflexions sur la nécessaire distanciation face au grand récit national officiel, fondé sur des vérités fabriquées. Rencontre.

Propos recueillis par Yamina Benaï

 

 

SUR LE RÖLE DE L’ARTISTE

Il me semble que nous sommes peu à avoir véritablement entrepris la nécessité de l’action, endossé une seconde peau qui tend à appliquer dans le réel nos convictions, nos idées, nos désirs de réparation, d’information. Cette nécessité de l’action ne passe pas forcément par une forme plastique. Ainsi, nous avons récemment tenu un colloque à La Colonie sur la prostitution coloniale. Ce rapport à la connaissance n’est ni plastique ni universitaire : il relève de critères sensibles, émotionnels, mais l’on ne veut pas traduire cela sur un mode esthétique et formel, car on pense que c’est insuffisant, voire inapproprié. J’ai consacré un travail à la représentation sur les cartes postales de femmes d’Afrique du Nord : ces femmes dénudées – souvent de très jeunes filles – étaient parfois des prostituées contraintes de poser nues, mais ces cartes illustrent aussi une forme de domination de l’homme prédateur, celle d’une pédophilie coloniale. Ce sujet m’a intéressé pour comprendre ce que cela signifie aujourd’hui, et comment la colonisation continue d’exister dans la prostitution, puisque la quasi-totalité des prostituées sont des étrangères (ghanéennes, issues des pays de l’Est, etc.). Ce colloque me procure une satisfaction autre que celle générée par la plasticité d’un tableau, d’une sculpture, d’un film. Nous avons beaucoup réfléchi à cela avec Jean-Jacques Lebel qui, en 1971, a écrit L’amour et l’argent, un ouvrage regroupant des témoignages de prostituées qui évoquent l’exploitation par le proxénète, l’exploitation par l’Etat qui leur réclame le paiement de taxes alors qu’il ne leur offre aucune couverture sociale, etc. Un tel sujet ne serait jamais présenté dans une institution, car en l’abordant on critique indirectement l’Etat.

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“S’affranchir du joug du grand récit national officiel pour se réapproprier et écrire soi-même son récit, exposer sa vision des choses.” K.A.

SUR LE MODE DE FONCTIONNEMENT

A La Colonie, nous avons créé un projet totalement autonome (nous ne percevons aucune subvention) : nous ne vivons que grâce aux revenus du bar et à l’activité des “Nuits de la Colonie”, exclusivement festive. Avec cette économie, nous générons des colloques complexes, indépendants et ouverts à tous gratuitement. Les intervenants aux colloques sont très généreux, lorsqu’ils viennent de l’étranger ou de province, ils font en sorte de minimiser leurs frais. A mes yeux, c’est aussi cela la continuité de mai 68 : comprendre que si le système ne vous aide pas, il va falloir s’autonomiser et construire soi-même sa niche de résistance puis, autant que faire se peut, la connecter avec d’autres niches de résistance... Et s’affranchir du joug du grand récit national officiel pour se réapproprier et écrire soi-même son récit, exposer sa vision des choses. A La Colonie, nous avons une manière d’être “anti-système”, dans la mesure où nombre des sujets que nous évoquons ne sont pas abordés par l’institution subventionnée. Mais nous sommes fiers d’observer que depuis l’ouverture, en octobre 2016, nous avons inspiré beaucoup d’institutions : désormais, la colonisation est un sujet plus volontiers abordé, voire débattu. Nous avons créé un lieu qui n’existait pas à Paris, mais dont les embryons se trouvaient déjà en banlieue, comme Khiasma, fondé par mon ami de lutte Olivier Marbœuf.

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SUR LE SENS D’UNE COMMEMORATION DE MAI-68

Je pense qu’il faut laisser Mai-68 là où il est pour, aujourd’hui, se poser la question  : “que faire ?” – comme dirait Jean-Luc Nancy. Il me semble que le principe d’une société blessée est de travailler à la réparation de ses blessures. Je ne dis pas que tout est réparable, au contraire, mais je pense qu’il faut apprendre à reconnaître les blessures et à vivre avec leur caractère irréparable : le colonialisme, l’esclavage, les inégalités hommes-femmes en sont des exemples, la façon dont les LGBTQ ont été et sont discriminés, notamment les transsexuels... C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous travaillons beaucoup avec des féministes, à l’instar de Marthe Djilo Kamga, camerounaise, créatrice du premier et unique festival LGBT noir d’Europe. Notre but est de donner une place aux gens que l’on n’entend pas. A La Colonie, les membres de l’équipe qui m’entoure ont pour point commun le courage de leurs opinions : nous n’avons pas attendu d’être officialisés par des subventions ni par un réseau pour initier ce projet. Je me souviens qu’il n’y a pas si longtemps, le monde de l’art privé et public tournait le dos aux questions qui interrogeaient le passé colonial. On m’a ainsi refusé de nombreux projets portant sur la question coloniale avant la 12e Documenta de Cassel. Mais aujourd’hui, comme par enchantement, tout le monde se réclame “décolonial”. Je suis heureux d’avoir tenu bon et d’être resté fidèle aux idées de mes ancêtres, surtout de mon père et de sa mère, une moudjahidine de la guerre de libération que j’ai connue jusqu’à mon adolescence. C’est pour eux et pour mon fils que je poursuis ce travail.

“La continuité de Mai-68 c’est comprendre que si le système ne vous aide pas, il va falloir s’autonomiser et construire soi-même sa niche de résistance puis, autant que faire se peut, la connecter avec d’autres niches de résistance...” K.A.
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SUR LES RELATIONS TROUBLES ENTRE FASCISME ET ART CONTEMPORAIN

Le monde vit sous la menace d’un fascisme invasif de toutes parts : dès lors, quel rôle les artistes et activistes doivent-ils tenir dans ce monde-là ? A mon sens, beaucoup de gens se posent peu ou mal la question. L’artiste, s’il veut changer le monde, doit accepter d’admettre qu’il lui faut toucher le réel, transmettre quelque chose, confronter des idées ou des manières de pensée pour que les uns et les autres se parlent. Je crois en la nécessité des lieux de culture, car l’œuvre d’art génère un territoire d’émotions, mais dans la question politique, il y a également une nécessité d’être ensemble, de se retrouver dans une agora : l’instinct grégaire est inscrit dans notre nature. Il y a des éléments factuels, perceptibles chez des philosophes tel Nick Land, qui défend des idées assez radicales selon lesquelles les intelligences artificielles deviendront si puissantes qu’une infime quantité d’êtres humains pourront survivre. Nous n’aurions ainsi pas d’autre choix que d’accepter que 90% de l’humanité est amenée à disparaître. L’idée d’être subjugué par une supériorité, qui plus est artificielle, relève du fascisme, elle évoque la fascination des nazis pour la puissance de la machine tout comme les futuristes italiens... Cela m’intéresse particulièrement car Nick Land a énormément inspiré une génération d’artistes et de commissaires aveuglément attirés par le post-Internet Art. Ces artistes, nés après l’arrivée d’Internet, considèrent que tout ce qui s’est fait auparavant ne présente ni intérêt ni pertinence. On le distingue bien dans leurs œuvres, un culte de l’instant mu par des formes qui sont déjà obsolètes... il faut parfois laisser le temps au temps.

“Il me semble que le principe d’une société blessée est de travailler à la réparation de ses blessures. Je ne dis pas que tout est réparable, au contraire, mais je pense qu’il faut apprendre à reconnaître les blessures et à vivre avec leur caractère irréparable.” K.A.
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SUR L’“HIPSTERISATION” DE LA SOCIETE

A mon sens, cette “mode” du post-Internet Art, comme tout phénomène qui profite des dégénérescences du capitalisme, vieillira très mal. Ces dégénérescences sont la multiplication des intermédiaires et des dérives économiques... car, comme toute mode, elle est motivée par le “fric tout de suite”. La révolution actuelle du monde digital et des réseaux sociaux est équivalente à une révolution industrielle. Dans le cadre de mon exposition au Palais de Tokyo, je montre une œuvre en lien avec ce thème, à savoir comment les journaux de la fin du XIXe siècle s’inscrivent dans la continuité de l’invention de l’Autre – futur colonisé –, le dépeignent comme un monstre, et peuvent agir de la sorte car l’évolution des techniques d’impression est telle que les journaux sont imprimés par millions. A cette époque on observe donc la même puissance de propagande et de manipulation des esprits qui existe aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Le 9 mai prochain, nous organisons à La Colonie un colloque sur les infiltrations du fascisme dans l’art contemporain visant à montrer aux gens que ce qu’ils voient, ils le voient, certes, mais ne le regardent pas. En d’autres termes, certains célèbrent malgré eux la “coolitude” d’une supériorité technologique, mais sont victimes sans le savoir d’un esclavage contemporain. A titre d’exemple, lorsque l’on se rend dans une célèbre chaîne de café aux Etats-Unis, plusieurs personnes passent devant vous dans la file d’attente car elles collectent une commande qu’elles ont passée par téléphone sur le site : les serveurs sont alors débordés par le volume... On a complètement instrumentalisé l’humain, raison pour laquelle Nick Land prédit que l’humanité ne pourra pas suivre, c’est une forme de phantasme accélérationniste : plus de capitalisme tuera le capitalisme.

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LES RACINES POUSSENT AUSSI DANS LE BETON”

L’art est une forme d’appréhension virtuelle du monde, à travers les émotions suscitées par des couleurs, des mots, des odeurs, des sons... Dans le cadre de mon exposition “Les racines poussent aussi dans le béton” présentée au MacVal, il y a une sorte de parcours initiatique auquel je tiens énormément, en lien avec la cité où j’ai passé mon adolescence. J’ai souhaité y réactiver ce qui correspond au champ émotionnel, à l’odorat et au goût. J’ai ainsi réalisé quelques œuvres avec des produits alimentaires qui m’évoquent les parfums qui s’échappaient de la cage d’escalier de l’immeuble, et qui m’ont marqué. D’autres éléments permettent de jouer sur cette puissance proustienne de la mémoire : un tapis en forme de cercle de menthe séchée juxtaposé à un autre de piments rouges. Il y a, dans cette phénoménologie de la perception de l’œuvre d’art, un caractère profondément physique : la distance entre soi et l’objet est cruciale mais elle n’exclue pas la dimension proustienne de l’émotion... La digitalisation des musées, annoncée pour les décennies à venir, risque d’anéantir ce caractère exclusif de la relation physique à l’œuvre d’art : le fait de sentir que l’on regarde...

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SUR LA MISE EN LUMIERE DES RESSORTS ET RETENTISSEMENTS DE LA COLONISATION

Il est essentiel de poursuivre et de rendre public l’examen de ce phénomène, car derrière l’histoire coloniale française se trouvent des éléments qui vont au-delà du processus d’exploitation des richesses des autres et du racisme. Certains paramètres ont, en effet, transité dans la manière dont s’articule la société actuelle. Par exemple, aujourd’hui les descendants des grandes familles de colons qui se sont enrichies grâce à la colonisation continuent de tirer des bénéfices des actes qui ont été perpétrés autrefois. Les entreprises qui se sont servies en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne bénéficient des richesses qu’elles ont pillées. La question de la colonisation est toujours contemporaine, toujours pertinente. J’ai grandi dans un univers où le récit familial était différent du récit officiel diffusé sà l’école. J’ai donc commencé très tôt à m’interroger sur l’absence de ce récit dans le discours officiel. A mon sens, il est temps, pour nous, de réinventer une manière d’écrire l’histoire coloniale. Si l’on observe combien la colonisation et la guerre d’Algérie sont sous-étudiées dans l’enseignement officiel français, on a là la preuve que le projet moderne colonial français, puisqu’il décide de ce qui est important et de ce qui ne l’est pas, écrit l’histoire des autres.

“Le ‘problème’ des réfugiés n’est pas un problème, c’est une réalité, et il va nous falloir trouver des solutions et apprendre à vivre avec...” K.A.
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SUR L’“APRES”

L’une des manières par laquelle la colonisation perdure est que le système de l’Education nationale ne cherche pas à créer des ponts entre les communautés des colonisés et celles issues des colonisateurs. Le système brosse en permanence un faux trait : celui de l’exception française, d’une langue qui devrait être blanche et soutenue. Nous n’avons pas d’autre choix que d’endosser un rôle important à jouer. Les rappeurs français, par exemple, se sont appropriés cet espace de la transmission. Je vis en Allemagne, aussi je découvre beaucoup de choses sur la société française : à mon sens, elle accuse un évident retard. La question des réfugiés, par exemple, est traitée de façon très différente par les Allemands qui ont engagé une profonde réflexion et mis en application des mesures claires. En France, on assiste à un déni : Bruno Latour affirme dans une vidéo qu’au XXIe siècle, 1 milliard de personnes se déplaceront ! Le “problème” des réfugiés n’est pas un problème, c’est une réalité, et il va nous falloir trouver des solutions et apprendre à vivre avec...

 

 

Kader Attia & Jean-Jacques Lebel : L’Un et l’Autre”
exposition jusqu’au 13 mai au Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson, 75016 Paris
palaisdetokyo.com

 

Kader Attia : Les racines poussent aussi dans le béton”
exposition du 14 avril au 16 septembre au MAC VAL
Musée d’art contemporain du Val-de-Marne
Place de la Libération, 94400 Vitry-sur-Seine
macval.fr

 

Colloque à La Colonie, le 9 mai
Les infiltrations du fascisme dans l’art contemporain
128, rue La Fayette, 75010 Paris
lacolonie.paris

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Kader Attia, “Oil and Sugar”, 2007. Vidéo, couleur, son, durée 4’30’’. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Nagel Draxler. Collection Tate Modern, Londres et ICA Institute for Contemporary Art Boston. © Adagp, Paris 2018.
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Kader Attia, “Untitled”, 2009. Installation, couscous, 20 moules, peinture acrylique noire, 15 x 400 x 400 cm. Collection Frac Centre-Val de Loire. © Adagp Paris, 2018. Photo © François Fernandez/CCC.
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Kader Attia, “The End and the Beginning”, 2013. Diptyque, caissons lumineux. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Krinzinger. © Adagp, Paris 2018.
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Kader Attia, “Untitled”, 2009. Installation, couscous, 20 moules, peinture acrylique noire, 15 x 400 x 400 cm. Collection Frac Centre-Val de Loire. © Adagp Paris, 2018. Photo © François Fernandez/CCC.
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Kader Attia, “Modern Architecture Genealogy”, 2014. Collage, carton, photographies d’archive. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Krinzinger. © Adagp, Paris 2018. Photo © Axel Schneider.
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Kader Attia, “Réfléchir la mémoire”, 2016. Vidéo HD, couleur, son, durée 48’. Avec l’aimable autorisation de la Galleria Continua, de la Galerie Krinzinger, de Lehmann Maupin et de la Galerie Nagel Draxler. © Adagp, Paris 2018.
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Kader Attia, “Untitled”, 2017. Sculpture, miroir, contre-plaqué, poutres en acier, chaussures. Vue de l’exposition “Reason’s Oxymorons”, Lehmann Maupin, New York, 2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Lehmann Maupin. © Adagp, Paris 2018. Photo © Max Yawney.
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Kader Attia, “Traditional Repair, Immaterial Injury”, 2014. Sculpture in situ, agrafes métalliques, béton. Vue de l’exposition “La vie moderne”, Biennale de Lyon, Lyon, 2016. Avec l’aimable autorisation de l’artiste. © Adagp, Paris 2018. Photo © Blaise Adilon.
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Kader Attia, “Untitled (Skyline)”, 2007-2012. Réfrigérateurs, peinture noire, tesselles de miroir. Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2018. Photo © Marc Domage.
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Kader Attia, “Rochers Carrés”, 2008. Ensemble constitué de 9 impressions photographiques couleur sur papier satin, 51 x 76 cm (chaque). Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2018. Photo © Jacques Faujour.
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Kader Attia, “The Culture of Fear: An Invention of Evil”, 2013, installation, étagères en métal, livres, journaux (Palais de Tokyo, “Kader Attia & Jean Jacques Lebel : L’un et l’autre”). Courtesy de l’artiste © ADAGP, Paris 2017.
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Kader Attia, “Reenactment”, 2014, casque de l’armée coloniale française, bois, cordes, 50 x 21 x 18 cm . (Palais de Tokyo, “Kader Attia & Jean Jacques Lebel : L’un et l’autre”). Collection particulière / Private collection. Photo Elisabeth Bernstein.

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