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Hernan Bas : pop, gothique et chimérique

Exposées à la galerie Perrotin, les nouvelles peintures d’Hernan Bas s’amusent toujours à brouiller les frontières, les genres et les influences picturales pour un ensemble haut en couleur baptisé “Creature Comforts”.
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À quoi ressemblerait Dorian Gray en 2021 ? Sans doute à l’un des jeunes hommes éthérés peints par Hernan Bas et exposés, pour la cinquième fois, à la galerie parisienne d’Emmanuel Perrotin. Assis au comptoir d’un bar ou dans le cygne en plastique d’un parc d’attractions, lovés dans un arbre à chats, dandys, vampires ou loups- garous 2.1, ils évoluent tous dans ce que Bas définit comme les “limbes homo”. Quelque part entre Edgar Allan Poe, Huysmans, Mallarmé et Edmund White... Le tout revu à l’aune d’une pandémie mondiale. En effet, ces treize nouveaux tableaux ont été imaginés en 2020. Soit 42 ans après la naissance d’Hernan Bas, au sein d’une famille d’immigrés cubains. Avant de voir sa carrière artistique prendre son envol à Detroit, il a grandi dans l’humide verdure de la Floride, lisant des contes fantasmagoriques et imaginant l’avenir en se nourrissant des récits ancestraux. Ce qui se retrouve dans ses peintures, via des influences préraphaélites, symbolistes, postindustrielles, gothiques, nabis ou expressionnistes. Too much ? Contradictoires ? Non, car tout se rejoint dans une figuration pop qui se laisse volontiers contaminer par l’abstrait. En accentuant couleurs et attitudes, Bas réinvente un classicisme teinté de romantisme dans ce qu’il a de plus étrange, voire d’inquiétant. On ne peut deviner à quoi pensent ces garçons représentés entre deux eaux, entre le Bien, le Mal, la sensualité, la cérébralité, l’imaginaire et la réalité – qu’on devine trop éprouvante pour eux. Chez Bas, on est ancré dans notre quotidien, urbain, vulnérable et désœuvré, comme dans une nature luxuriante dans laquelle il est facile de se perdre, ne fût-ce qu’en pensées. Ce qui rend son œuvre si proche de nous, jamais très loin du kitsch, mais dont les émotions (homo) érotiques sont assez troublantes pour nous interroger sur ce qui apporte de l’apaisement en ces temps perturbés. 

Exposition “Creature Comforts”, d’Hernan Bas, galerie Emmanuel Perrotin, 76, rue de Turenne, Paris 3e. Jusqu’au 19 décembre.

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