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Gia Coppola : " J'étais terrifiée à l'idée de passer le cap des 30 ans "

by Karen Rouach
16.05.2017
Après Hong Kong et Beijing, Gucci nous emmène à Taipei pour une exposition de photographies en partenariat avec A Magazine Curated By Alessandro Michele, qui dévoile entre autres un portfolio de Gia Coppola. Rencontre.

C'est le genre d'exposition qui vaut le détour. La première salle - dont les murs ont été recouverts par les montagnes de Civita di Bagnoregio en Italie, un des endroits préférés d’Alessandro Michele - nous plonge dans un cabinet de curiosités imaginé par Dan Thawley, sur le thème « blind for Love » cher à Gucci. De précieux objets, visibles également dans cette nouvelle édition de A Magazine Curated By, ne peuvent qu’intriguer le visiteur, comme un un drôle de cake avec fourmis apparentes, une carte du 17è siècle, du tissu Fortuny original, ou encore des reliques brodées. La deuxième salle, intitulée « Dream Within a Dream », nous emmène dans le Parc National de Joshua Tree en Californie. C’est ici que Gia Coppola a pu s’exprimer, puisqu’elle livre un portfolio inédit, inspiré du film de Peter Weir « Pic nic à Hanging Rock (1975) ». Elle y met ainsi en scène ses amies Lily Stewart, Chuckie Grant, Augie Culligan et Laura Love, et a également invité la jeune actrice et activiste Rowan Blanchard à accompagner ces photos de poèmes brodés ainsi que d’un habillage sonore. Pour finir, la troisième est une salle de cinéma où tourne en boucle une vidéo qui enveloppe littéralement le spectateur dans l’univers et les inspirations d’Alessandro Michele. Photos, paysages, peintures, textes et sons font vivre une expérience audiovisuelle inattendue, pour laquelle il faut avoir les pieds bien accrochés. 

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L'Officiel Paris : Ce n'est pas votre première collaboration avec Gucci. Comment tout a commencé ?

Gia Coppola : Alessandro Michele m'a invitée au défilé Croisière de Gucci à New York l'année dernière. Il est devenu normal ensuite pour ma mère et moi de l'inviter chez nous lorsqu'il est de passage à Los Angeles. Quand il est venu diner la première fois, c'était très relax, ma famille et moi avons appris à le connaître. C'est un ami maintenant, et puis c'est toujours mieux pour lui de manger un plat fait maison ! 

 

Qu'aimez-vous le plus dans son univers ?

Je trouve qu'il ne manque jamais d'inspiration, il sait se renouveller. À chaque fois que je regarde son travail je reste perplexe, je me dis "mais ou est-il allé chercher ça ?". Tout ce qu'il fait est surprenant et innatendu. 

 

Vous venez du monde du cinéma, comment vous sentez-vous dans le monde de la mode ?

Gucci, pour moi, est tellement cinématique, que je me sens très à l'aise. Je ne ressens pas ça avec une autre maison. Il y a quelque chose de mystique dans ses vêtements et dans son univers tout entier, ce qui fait qu'il se fond parfaitement dans ce rêve fantastique. 

 

Qu'avez-vous voulu exprimer à travers ces photos que vous exposez ici à Taipei ?

Le thème de l'exposition était "Blind for Love", et au départ je ne savais vraiment pas ce que cela voulait dire. Un soir, alors que je regardais The Truman Show, ma colocataire est entrée dans ma chambre en me demandant si j'avais déjà vu ce film de Peter Weir, "Pique-Nique à Hanging Rock". Elle m'a conseillé de le regarder, et la j'ai été impressionnée tellement c'était cool. Je commençais à réfléchir au sens de cette expression, "Aveugle par amour". Le fait de repenser la sexualité d'une femme en passant par la découverte de soi-même, de son corps, par cet axe invisible grâce auquel toute cette métamorphose s'opère, et qui relie absolument tout. Lorsque j'ai dit à Alessandro que ce film m'avait transcendé, il m'a confirmé que c'était l'un de ses films préférés au point que chaque saison, il crée une pièce au design inspiré par ce dernier. Mais la collection avec laquelle nous avons travaillé était tellement inspirante qu'il était très facile de rajouter un dialogue narratif aux silhouettes. 

 

Le thème de la fraternité est-il un thème avec lequel vous êtes à l'aise ?

Oui. Je pense que la fraternité transparaît dans beaucoup de mes actions, du fait que j'ai toujours voulu une petite soeur à mon amitié avec Rowan. Je ressens vraiment le besoin de partager beaucoup de choses avec les personnes que je fréquente, parler d'art, de poésie, de cinéma. C'est ce qui me permet de garder mes yeux ouverts à tout ce qui m'entoure, rester ancrée dans la vie réelle, s'intéresser à plein de choses futiles (ou non) et surtout, rester optimiste. 

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Votre mère a fait le stylisme de la série. A quel point était-ce important pour vous de travailler avec elle ?

Ma mère était costumière, c'était donc pour moi une évidence, car elle m'a appris tellement sur le sujet. Elle a une approche unique et vraiment excitante du vêtement. Et puis nous sommes très proches : avec elle, je n'ai pas besoin de parler, elle sait déjà ce que je pense. Enfin, elle est également proche d'Alessandro, donc oui, au final ce projet était presque une histoire de famille !

 

Vous avez invité Rowan Blanchard à travailler avec vous sur ce projet. Pourquoi elle et pas une autre ? 

Je l'ai rencontrée à une fête et nous nous sommes tout de suite senties connectées. Je me retrouve beaucoup en elle, du fait de nos intérêts communs, de notre manière de penser qui est la même. C'était important pour moi de la faire participer à ce projet, elle a tellement contribué à me faire devenir la personne que je suis aujourd'hui et m'aide encore à devenir quelqu'un de meilleur. Cette fascination que j'ai pour elle réside aussi dans le fait que nous avons presque "grandi" ensemble, et nous voir devenir des femmes, avec un propre processus de réflexion très différent de celui des hommes, était une expérience unique. J'aime partager ce genre de confidences avec une autre femme : parler de mes sentiments et de ma vision des choses avec quelqu'un du même avis que moi me donne le sentiment d'être moins seule contre la folie du monde actuel.

 

Quel genre de fille étiez-vous à son age ?

C'était dingue de voir Rowan à 15 ans, son intelligence si vive et son ouverture d'esprit si grande pour son âge. J'avais vraiment l'impression d'être une gamine sans talent au même âge en comparaison. J'aimais beaucoup lire, découvrir de nouveaux groupes cools, mais j'étais assez rebelle. Elle est beaucoup plus responsable que je ne l'étais à son âge. 

 

À quel point ses poèmes étaient-ils importants pour accompagner vos photos ?

Ils sont essentiels, parce que pour raconter une histoire à travers une photo, il faut que le discours ne soit pas trop littéral, linéaire ou ephémère. Les poèmes ont rajouté une sorte de narrateur interne à l'installation, amenant cohésion et profondeur. 

 

Quel a été votre tout premier souvenir de cinéma ?

Je me rappelle avoir été très jalouse de ma famille : ma tante, mon oncle et mon père voyagaient autour du monde avec leur père lorsqu'ils étaient enfants. Mais lorsque j'étais au lycée, mon grand-père ne réalisait pas vraiment de films. Du plus loin que je me rappelle, c'était le film "Dracula" qui m'a le plus impressionné et terrifié.

 

Travaillez-vous sur un nouveau film ?

Oui, j'ai de nombreux projets mais ils prennent beaucoup de temps, et surtout j'aime prendre le temps. De temps en temps, je mets ces projets sur pause, puis je m'adonne à la photographie, qui laisse aussi une grande liberté créative.

 

Si on vous cherche à Los Angeles, où peut-on vous trouver ?

Je suis souvent à la maison, je ne m'aventure pas trop. Il y a un restaurant où j'adore aller, un vieux repère d'Hollywood, mais c'est vraiment en bas de chez moi. Sinon, je vais beaucoup au théâtre. 

 

Qu'est ce que ça fait d'avoir 30 ans en 2017 et de vivre à Los Angeles ?

J'étais terrifiée à l'idée de passer le cap des 30 ans, mais le jour de mon anninversaire fut un énorme soulagement : toutes ces choses qui me paraissaient insurmontables n'étaient d'un seul coup plus du tout un problème.

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