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Documenta 14 Athènes, in et out

A quelques jours (le 10 juin) de l’ouverture à Cassel du deuxième volet de la Documenta 14, sous la direction artistique d’Adam Szymczyk, la première étape – inaugurée à Athèmes le 8 avril dernier –, ne doit pas faire oublier que la ville accueille plusieurs autres manifestations... Rebecca Lamarche-Vadel, commissaire d’expositions au Palais de Tokyo, livre son choix d’expositions tenues dans la cité grecque durant l’événement.
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Exposition collective “Si sedes non is”, The Breeder gallery, sous le commissariat de Milovan Farronato
6 avril-26 août 2017.
L’exposition s’inspire de rituels, du mysticisme, et d’activités liées à la sorcellerie pour penser la recherche de vérité alternative si propre à l’humanité et sa tentative millénaire de capturer, contrôler, comprendre, altérer les mouvements du monde. Elle regroupe des artistes grecs et étrangers, et se définit comme un "squat alchimique". La galerie The Breeder existe depuis 2002, et s’est toujours efforcée de proposer un programme permettant un dialogue entre une scène artistique grecque très prolifique et des artistes internationaux.
Avec Enrico David, Joana Escoval, Anna Franceschini, Delia Gonzalez, Camille Henrot, Karl Holmqvist, Christian Holstad, Maria Loboda, Goshka Macuga, Lucy McKenzie, Paulina Olowska, Christodoulos Panayiotou, Angelos Papadimitriou, Micki Pellerano, Angelo Plessas, Gareth Pugh, Mathilde Rosier, Prem Sahib, Vanessa Safavi, Socratis Socratous

 

“Paratoxic Paradoxes” au Benaki Museum, sous le commissariat de Nadja Argyropoulou, 23 mars-21 mai 2017.
Le vaste projet “Paratoxic Paradoxes” s’intéresse à la relation paradoxale qui lie l’homme au cosmos, et à son environnement ; une plateforme de recherche qui rassemble artistes, chercheurs, scientifiques, activistes, théoriciens, pour penser ensemble la question du changement climatique. La vaste exposition présentée rassemble des œuvres vidéos réalisées ces deux dernières années par des artistes contemporains; dont les œuvres particulièrement poétiques et réussies des artistes Korakrit Arunanondchai, Wu Tsang, Mika Rottenberg et Saskia Olde Wolbers.
Avec Loukia Alavanou, Sophia Al Maria, Korakrit Arunanondchai, Vasilis P. Karouk, Anja Kirschner, Eva Kotatkova, Saskia Olde Wolbers, Eva Papamargariti, Agnieszka Polska, Mika Rottenberg, Wu Tsang.

 

“Maria Lassnig, The Future is Invented with Fragments from the Past Municipal”, Gallery of Athens, 7 avril- 16 juillet 2017.
L’artiste Maria Lassnig fut l’une des peintres les plus intéressantes de ce siècle, dont l’œuvre prolifique interpelle au sujet de la conscience du corps, du rapport entre l’intériorité et le monde, de la liberté individuelle, et de la conscience féministe. Cette exposition rassemble des œuvres de Maria Lassnig, particulièrement des peintures et aquarelles, qui dévoilent ses liens et dialogues étroits avec l’antiquité classique, la mythologie grecque et les civilisations méditerranéennes.

 

Dans Documenta 14
Au National Museum of Contemporary Art, je retiens les peintures très troublantes de l’artiste autrichienne Ashley Hans Scheirl autour des fluides, du genre, de la contrainte. La vidéo de l’artiste congolais Sammy Baloji, Tales of the Copper Cross Garden, Episode I (2017) autour de la transformation du cuivre, image d’une réflexion sur le rôle de l’église dans la colonisation. Enfin, la présentation d’une œuvre du compositeur d’avant-garde russe Arseny Avraamov, Symphony of Sirens (1919-23), qui a transformé la ville de Baku en immense orchestre dirigé à l’aide de deux drapeaux du haut d’un toit. Cette “musique du futur” était faite des sirènes des usines, des cornes de brume, des pas cadencés des soldats, etc.

Au Benaki Museum j’ai été particulièrement impressionnée par les peintures de l’artiste zaïrois Tshibumba Kanda Matulu, qui illustrent l’histoire du Zaïre et son difficile processus d’accès à l’indépendance dans les années 1950. Dans une esthétique de la peinture populaire, TKM raconte, œuvre après œuvre, l’histoire des hommes et d’un peuple. La vidéo de Verena Paravel et Lucien Castaing-Taylor, Somniloquies (2017), dépasse les frontières entre rêve et corps humain ; ils reprennent les enregistrements sonores du compositeur de chansons Dion McGregor, connu dans les années 1960 pour raconter ses rêves à haute voix dans son sommeil. Nous pénétrons ainsi dans ses pensées, visions et commentaires sur un monde dont on ne sait plus s’il est rêvé ou réel.

Au Conservatoire d’Athènes, l’installation sonore de l’artiste nigérian Emeka Ogboh, “The Way Earthly Things Are Going” (2017), prend place dans un vaste auditorium plongé dans une semi-obscurité. On y entend des lamentations, écrites d’après des archives de crises financières depuis 1929 transformées en partitions musicales. L’artiste turque Nevin Aladağ a créé l’œuvre “Music Room” (2017), où des objets domestiques sont réassemblés en instruments de musique, une chaise devient guitare, un tabouret se transforme en tambour.
La ville d’Athènes est une scène artistique européenne extrêmement dynamique, et il y existe de nombreux espaces d’art indépendants qui permettent de prendre le pouls de la création et des débats contemporains. Parmi eux, Daily Lazy, locus athens ou encore State of Concept. Toutes les informations sur leurs programmes se trouvent sur : http://www.schwarzfoundation.com/en/schwarz-foundation/organization/athens-independents-art-index.html


À VOIR
Documenta 14, du 8 avril au 16 juillet à Athènes en Grèce et du 10 juin au 17 septembre à Cassel en Allemagne.

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