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L'artiste indienne Rithika Merchant expose cet hiver à Paris

Invitée par Chloé à imaginer des imprimés à la fois ethniques et botaniques, la jeune artiste indienne Rithika Merchant est désormais très en vue et expose cet hiver à Paris. Interview.
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C’est au défilé printemps-été 2018 de Chloé que l’on a découvert le travail de Rithika Merchant. Difficile de ne pas être séduit par la beauté de ses imprimés entre orientalisme et classicisme, la précision des traits, la richesse des influences. Natacha Ramsay-Levi, directrice artistique de la maison Chloé, ne s’est pas trompée : à 27 ans, cette artiste indienne basée à Barcelone, mais toujours proche de ses racines à Bombay, s’impose déjà comme un nom qui compte dans l’art contemporain, et devrait bientôt refaire parler d’elle dans la mode.

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Votre art est à la croisée de l’Orient et de l’Occident, à l’image de votre parcours de citoyenne du monde...

Rithika Merchant : Le fait d’avoir grandi en Inde, d’avoir étudié aux États-Unis, puis d’avoir voyagé ici et là pour finalement m’installer en Europe a encouragé l’intérêt que je porte aux liens existants entre des cultures aussi différentes que celles que j’ai côtoyées. Et de pouvoir en rendre compte. L’Europe et l’Inde ont en commun d’être nourries de plusieurs traditions, et cela m’aide à voir des narrations parallèles un peu partout, qui ne sont souvent pas soulignées dans l’histoire classique.

En quoi la culture indienne est-elle importante dans votre travail ?

Je suis très inspirée par l’art tribal indien et les peintures miniatures mogholes. Mais la mythologie et l’iconographie indiennes m’ont toujours intéressée, surtout par la manière dont ces différents fragments sont “tissés” pour former une image complète. Mon objectif, c’est d’utiliser ces anciens moyens de narration dans un contexte plus contemporain.

Comment s’est déroulée cette collaboration avec Chloé qui a contribué à la reconnaissance de votre travail ?

Pour cette collection, j’ai travaillé des peintures remplies de symboles ésotériques et spirituels. Des images botaniques également. Mains, yeux, racines, feuilles... Bref, beaucoup de formes organiques qui cohabitent avec harmonie ! Ces motifs sont plus graphiques et audacieux que ce que je fais habituellement. Nous avons créé de nombreuses versions de tops, de jupes et de manches, avant de déterminer ce qui allait le mieux ensemble. Sur chaque robe vivent plusieurs peintures. Le travail avec Natacha Ramsay-Levi, qui avait découvert mes œuvres sur internet, a été très fluide, très enrichissant.

La mode vous intéressait-elle avant de rencontrer Natacha Ramsay-Levi ?

Oui, en tant qu’art sculptural. Les œuvres évoluent, se mettent en mouvement. Chez Chloé, c’était excitant de voir mes dessins en deux dimensions transformés en un format tridimensionnel ! 

Vous avez étudié à la prestigieuse Parsons School de New York. Quelle est la chose la plus importante que vous y ayez apprise ?

Mon expérience à Parsons était incroyable, elle a façonné ma vision de l’art. Le programme privilégie l’approche conceptuelle à l’aspect technique. L’équipe exige également que les étudiants suivent des cours d’histoire de l’art. Pour moi, c’était génial, car les idées et le processus de création artistique me semblent plus importants qu’une maîtrise parfaite de la peinture. J’ai pu explorer et expérimenter énormément de choses avant d’arriver à ce que je propose aujourd’hui.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre exposition à venir à la galerie parisienne LJ ?

On pourra la considérer comme une collection d’objets modernes faisant appel aux mythes, à l’histoire et aux rituels. Dans un contexte contemporain, comment les objets peuvent être des marqueurs d’identité ? En réponse, chaque pièce peut être vue comme un totem et invite le spectateur à créer son propre récit. J’aimerais que les gens se connectent à une partie archétypale d’eux-mêmes et, par extension, à puiser dans nos racines collectives.

La nature y joue toujours un rôle central ?

Absolument. Elle est soulignée par l’utilisation de formes organiques et de couleurs non saturées. J’utilise l’aquarelle et le collage, je m’inspire des dessins botaniques et de l’art populaire du XVIIe siècle. J’ai recours également à des symboles et des images emblématiques de différentes cultures pour tenter de comprendre la diaspora, la mémoire. Ce que nous laissons derrière nous et ce que nous emportons.

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