Pop Culture

Tonya Harding, la patineuse que le monde a adoré détester

Dans le biopic "Moi, Tonya", Margot Robbie trouve enfin un rôle à sa démesure en incarnant Tonya Harding, la patineuse que le monde a adoré détester.
Reading time 3 minutes

Moi, Tonya s’empare d’un fait divers oublié : le quart d’heure de gloire, puis la disgrâce de l’Américaine Tonya Harding, accusée d’avoir commandité en 1994 l’agression de sa compatriote et rivale au sein de l’équipe olympique de patinage artistique, Nancy Kerrigan. Traversé par des personnages tellement pathétiques qu’aucune fiction n’aurait osé en rêver, et dont les témoignages divergents, qui brouillent la conduite du récit, sont le reflet d’une post-vérité bien actuelle, ce biopic pourrait souffrir de toutes les références auxquelles il ne manquera pas de renvoyer : au choix, une version noire de Rocky ou une version cartoon de Million Dollar Baby. Il se recommande aussi d’une grande partie de la filmographie des frères Coen, de David O. Russell et de Martin Scorsese, avec leur nuée de cas sociaux qui tentent de sortir de l’égout et de tracer leur chemin (de croix) vers une gloire forcément biaisée.
La distinction s’opère dans la volonté de rendre humaine une anti-héroïne longtemps réduite à une méchante de tabloïds. Et de montrer comment la white trash Tonya, bien qu’exceptionnellement douée pour le patinage, n’a jamais été équipée pour comprendre que, là où le paraître est essentiel, le seul talent ne suffit pas. Incapable de jouer la petite fiancée de l’Amérique que se doit d’incarner chaque patineuse concourant sous la bannière étoilée, l’effrontée Tonya, élevée dans une brutalité crasse, ne conjure sa condition d’outsider qu’une fois sur la glace, oubliant tout le reste. Le panache avec lequel elle se jette dans la gueule du loup n’a d’égal que celui avec lequel l’Australienne Margot Robbie révèle enfin tout son potentiel et exécute parfois ses propres cascades virevoltantes. Parfait pour notre époque de course toxique à la célébrité, de ressentiment de classe et de manipulation des faits, Moi, Tonya impressionne par son énergie négative, entre éclats de rire et grand malaise.

 

Moi, Tonya, de Craig Gillespie, avec Margot Robbie, Sebastian Stan… Sortie le 21 février.

Cet article est actuellement visible dans le numero de février 2018 du magazine Jalouse 

Articles associés

Recommandé pour vous