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Bayern Munich, le club qui valait 2 milliards

by Bruno Godard
01.06.2017
Le Bayern Munich n’est pas seulement le plus grand club de football d’Allemagne, il est aussi une multinationale hors norme qui engrange des bénéfices records dans un secteur habitué aux déficits abyssaux. Plongée au cœur d’une formidable machine à cash.

Le 18 avril dernier, après l’élimination en quart de finale de la Champions League, le monde du football fustige l’arbitrage pour le moins discutable qui a provoqué l’élimination du Bayern Munich. Une expulsion injustifiée, deux buts de Ronaldo hors jeu : « Die Roten » (les Rouges, le surnom donné aux joueurs de Munich, ndlr), n’ont pas été préservés. Dans les tribunes, Jan-Christian Dreesen, le directeur financier du club, est déçu, mais il n’est pas déses- péré, loin de là. Car il sait que ce ne sont pas quelques millions d’euros perdus sur le terrain ce soir-là qui vont ébranler la formi- dable entreprise qu’est le Bayern Munich. « Quand les autres clubs vont à la banque, ils ont rendez-vous au service des prêts. Quand nous allons à la banque, c’est au guichet des dépôts. » Cette phrase, prononcée au début des années 2000 par Uli Hoeness, le président du Bayern, résume à elle seule l’insolente santé finan- cière du Bayern Munich. Depuis plusieurs décennies, ce club est un cas unique dans le monde du football de haut niveau. Quand ses concurrents européens accumulent les pertes et les dettes, les Bavarois, eux, font les écureuils. En novembre dernier, le groupe FC Bayern AG, la société propriétaire du Bayern, a présenté un bilan record. Avec 627 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit plus de 100 millions que durant l’exercice précédent. Un chiffre impressionnant lorsqu’on sait que celui-ci dépassait à peine les 200 millions en 2006 !

S’il reste encore devancé par le FC Barcelone et ses 679 millions d’euros de revenus, le Bayern Munich est un cas à part dans le gotha du football européen puisqu’il est l’un des rares clubs de très haut niveau à réaliser des bénéfices, et ce depuis plus de vingt ans. Durant l’exercice 2015-2016, les dirigeants munichois sont par- venus à gagner 33 millions d’euros alors que beaucoup d’autres clubs s’enfonçaient dans des dettes colossales. Et selon certains spécialistes de l’économie du sport, le club bavarois disposerait d’un trésor de guerre en liquidités de près de 250 millions d’euros pour pallier tout problème. Sauf qu’à Munich, des problèmes, il n’y en a pas. Ou si peu. Quand, en mars 2014, Uli Hoeness, son président depuis cinq ans et l’un des hommes emblématiques du club, a été condamné à de la prison ferme pour fraude fiscale dans le cadre de ses activités d’industriel de l’agro-alimentaire, le paquebot rouge a un peu tangué. Mais très vite, l’ancien attaquant vedette du grand Bayern des années 70 a démissionné pour proté- ger le club dans une affaire qui n’avait rien à voir avec le football. Karl Hopfner, le vice-président, épaulé par l’ancienne gloire Karl- Heinz Rummenigge, a pris la suite... et tout est rentré dans l’ordre. Et en novembre dernier, après avoir purgé sa peine, Uli Hoeness a été réélu président du Bayern.

Des dirigeants inflexibles

Pour le club bavarois, depuis toujours ou presque, il n’y a qu’une marche à suivre : ne pas dépenser plus que ce que l’on gagne. Les salaires, même s’ils sont élevés, sont strictement encadrés et ne dépassent jamais 50 % du chiffre d’affaires, un cas d’école dans un secteur où la masse salariale peut parfois dépasser les 80 %. Pour le dernier exercice, ils ont versé 280 millions d’euros de salaire, soit moins de 45 % de leur chiffre d’affaires. Thomas Müller est en tête du classement avec 16 millions, devant Robert Lewandowski et ses 15 millions d’euros. Franck Ribéry touche 14 millions d’euros, mais Philipp Lahm n’en perçoit « que » 10. Les autres joueurs de la formation bavaroise sont très bien payés, mais dépassent rare- ment les 6 millions par an, une somme « raisonnable » pour des footballeurs de ce niveau. À chaque prolongation de contrat, les agents essaient d’obtenir une revalorisation salariale pour leurs joueurs, mais les dirigeants se montrent inflexibles. C’est la raison pour laquelle Toni Kroos a quitté la Bavière pour le Real Madrid en 2014. Le milieu de terrain allemand exigeait d’être payé 10 mil- lions, le Bayern lui en proposait 7, alors il a signé au Real Madrid qui lui offre maintenant près de 20 millions d’euros par saison. Une somme déraisonnable pour les dirigeants allemands qui n’ont pas regretté son départ, car pour eux, rien n’est plus fort que le club. Les joueurs et les entraîneurs passent. Mais le club, lui, est éternel. « Le Bayern est une famille, une vraie famille, et en cas de problèmes personnels, on peut vraiment compter sur la maison Bayern, explique l’international belge Daniel Van Buyten, qui a joué huit ans en Bavière. Mais on sent que nous ne sommes que de passage et, qu’après nous, le club sera toujours aussi fort. Le Bayern est solide et rien ne pourra jamais l’atteindre. » 

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