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Noah Schnapp :"Un âge à deux chiffres, c’est énorme"

by L'Officiel Hommes
12.11.2017
Rencontrer la vedette de 13 ans de la série “Stranger Things”, produite par Netflix, qui entame sa deuxième saison, est aussi l’occasion de convoquer quelques souvenirs personnels, pour ne pas oublier les délices de l’enfance. Flashback.

Texte : Brendan Sullivan 

Photographe : Eric Ray Davidson

Video : Christian Coppola

Stylisme : Jennifer Eymère

Traduction : Fabrizio Massoca

Grooming : Cassie Kurtz

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Noah Schnapp regarde par la fenêtre de sa caravane et se demande si quelqu’un se souvient qu’aujourd’hui c’est son anniversaire. “Tout le monde a oublié mon anniversaire” est bien sûr la grande angoisse enfantine et adolescente depuis le film emblématique de la carrière de Molly Ringwald, Seize bougies pour Sam, réalisé par John Hugues en 1984. Bien trop jeune pour connaître ce film, Noah aura précisément dix ans à minuit. Il a plutôt l’habitude de se réveiller en ayant passé un cap mais, ce soir, il devra rester éveillé, puisqu’il doit tourner une scène de nuit. C’est une date importante pour lui, de celles qu’avec ses amis il considère comme une étape décisive : “Un âge à deux chiffres, c’est énorme”, dit-il. Repenser à ce moment n’est pas facile pour Noah – “J’étais si jeune, s’amuse-t-il. Enfin, je le suis toujours...” Quand il vieillira (pour de bon), ces instants importants s’évanouiront, comme pour chacun d’entre nous. La nostalgie s’immiscera entre celui qu’il était hier et celui qu’il sera devenu. Stranger Things – à l’image du prochain film de Steven Spielberg adapté du roman culte de la pop culture aux références années 80 et paru en 2011, Ready Player One, ou de centaines d’articles publiés sur Buzzfeed – surfe sur la vague de la nostalgie. Ces souvenirs d’enfance liés à des jouets ou à des objets désormais obsolètes sont ressuscités en une seconde lorsque le son du chargement du premier Super Mario Bros vrombit. Mais ce sentiment est lié au contexte que le jeu évoque : manipuler un plombier italien moustachu en quête de champignons, courant après des tortues rebelles voulait dire que l’école était nie et que vous passiez la journée avec vos amis. Retrouver une friandise de votre enfance n’a rien à voir avec vos besoins nutritionnels, et renvoie plutôt à l’anticipation du plaisir de sa dégustation, comme porter la madeleine imbibée de thé renvoyait Marcel aux dimanches paisibles chez tante Léonie. 

 

Dans une zone nostalgique

Le décorateur de Stranger Things consacre des heures à mettre la main sur ces objets du désir, à forte charge sentimentale, nimbant toute la série de cette aura régressive et/ou mélancolique. Voitures, figurines de Star Wars, talkies-walkies, siège banane de vélo... Bref, tout ce qui représente l’émancipation vis-à-vis d’adultes autoritaires. Traquer une Gameboy sur eBay, c’est chercher à retrouver cette sensation, ces journées où toute la vie vous attendait, mais du point de vue d’un adulte enfin capable de contrôler ce qui lui échappait alors. Retour trois ans plus tôt dans la loge de Noah, tandis qu’il ne peut se douter de ce qui l’attend : Le Pont des espions, où il tient son tout premier rôle, va bientôt remporter un Oscar (celui du meilleur lm). L’année suivante, il découvrira l’univers de Stranger Things, qui se déroule exclusivement dans une zone nostalgique et qui fera de lui une star. Les enfants de la série sont parmi les mieux dessinés de l’histoire du cinéma, ce monde de science-fiction réaliste existe sans adultes, ou presque. Ce qui est parfait, puisque les meilleurs moments de l’enfance (jouer aux jeux vidéo, se gaver de sucrerie) n’incluent guère les adultes. Si tout devait s’arrêter aujourd’hui, sa carrière serait déjà enviable. Avec sa sœur, il est inscrit à l’école de théâtre locale, où son professeur le repère à l’âge de dix ans et le met en relation avec un agent. Il passe quelques castings (dont certains pour “des publicités pour les boulettes de viande”) et tout s’accélère. D’abord avec un doublage pour Snoopy et les Peanuts, le film. Il passe ensuite une audition pour une série bizarre où de jeunes enfants s’aventurent à la recherche de leur ami disparu mystérieusement. Sans nouvelles du directeur de casting, il part dans le camp de vacances qu’il fréquente depuis ses huit ans, où il s’emploie à être un gamin comme un autre.

À l’ère des smartphones, ce genre d’endroit est aussi une zone nostalgique : des journées en plein air, des lettres écrites à la main. Seule concession à la modernité, le droit à trois appels seulement aux parents. Et lors du dernier séjour que passa Noah, il entendit “[ses] par- ents l’informer que deux types voulaient [lui] parler. Ils [le] mirent en ligne avec ces deux gars...” Il s’agissait de Matt et de Ross Duffer,  les jumeaux trentenaires, créateurs de Stranger Things, qui lui apprirent “qu[’il] avai[t] le rôle de Will, pour lequel [il] n’avai[t] même pas auditionné ! [Il était] tellement surpris qu[’il ne savait] même pas de quoi ils parlaient !” Avant de réaliser qu’il venait d’obtenir un rôle incroyable dans sa première série. “Autant dire qu[’il a] eu le sourire aux lèvres toute la journée !” Il apporte au personnage sa naïveté, l’insouciance du gamin tout juste débarqué de ses vacances. Lui et les autres acteurs travaillent toute la journée (enfin, selon le droit du travail des enfants en vigueur aux États-Unis). Ils suivent des cours sur place,
à Atlanta, avec des professeurs recrutés spécialement pour eux. Dans aucun cas ils ne “ratent” l’école. 

Avec Steven Spielberg et Tom Hanks

Quand on pense aux enfants acteurs, ce sont les stars des émissions Disney, du genre de Lindsay Lohan, qui viennent spontanément à l’esprit. Ceux qui sourient sur commande sur fond de rires enregistrés. Ou à la première incarnation de Justin Bieber et à ses fans déchaîné(e)s. Ceux de Stranger Things sont là pour travailler et apprendre leur métier auprès de leurs aîné(e)s. “C’est pour ça que bosser avec Winona [Ryder, qui joue sa mère, ndlr] est fantastique.” Le plateau est une maison hantée. Noah s’empourpre quand il se souvient du jour où les frères Duffer ont finalement mis au point le bruit fait par le monstre. Dans une scène passée à la postérité, Will, son personnage, raccroche le téléphone et sort après avoir entendu un son effrayant. On suppose toujours que, au cinéma, le tour de magie se fait après coup, au montage, quand les effets spéciaux sont ajoutés. “Je n’avais pas vu qu’ils avaient installé une énorme enceinte juste à côté de là où je me trouvais. J’étais très concentré sur ce que j’avais à jouer, et ils ont lancé, à plein volume, ce son monstrueux, qui m’a réellement terrfié.”

Le plaisir de regarder Stranger Things dépend de votre capacité à redevenir un enfant qui se glisse sous les couvertures, s’abandonnant aux délices de la frayeur. Pour un comédien aussi jeune, le plus effrayant tient plutôt à l’inconnu, à ce qu’il ne maîtrise pas encore. Et si vous étiez le seul de la bande à ne pas réussir les scènes plus complexes émotionnellement ? C’est là que Winona Ryder intervient. “J’avais cette séquence très compliquée, longue, avec beaucoup d’émotions à exprimer. J’ai demandé à Winona si je pouvais lui en parler et si elle pouvait m’aider. Elle a compris tout de suite. Le lendemain matin, elle est arrivée une heure plus tôt pour me faire répéter.”  Retour dans la loge du Noah qui n’a pas encore dix ans. Il tourne avec Steven Spielberg (une référence évidente et constante de la série) et Tom Hanks. Il ne connaît de la filmographie de ce dernier que Big, où il incarne un gamin qui se dépêtre dans une corps d’adulte. Le film est sorti seize ans avant sa naissance. Big évoque l’excitation de l’anticipation, ce sentiment que Noah résume par la formule “Dépêche-toi et attends”, une directive particulièrement adaptée aux plateaux de cinéma, où il se hâte de se préparer pour nalement attendre des heures avant d’être convoqué. Même le jour de son anniversaire. On frappe à la porte : “Hey Noah, il faut que tu viennes suivre un cours.” Parce que, oui, pour pouvoir tourner ces longues scènes avec Tom Hanks, il faut suivre en parallèle des journées d’école complètes avec un tuteur privé. Mais, quand il sort de sa loge, l’ensemble de la distribution et de l’équipe technique – soit 200 personnes – l’accueille, éclairé par les bougies de son gâteau d’anniversaire.Tom Hanks et Steven Spielberg se tiennent derrière ses parents, qui immortalisent l’instant. Il ne veut pas révéler le vœu formulé au moment où il soufflait ses bougies, on ne peut qu’imaginer son excitation, celle qui vous saisit quand
tout paraît possible, tandis que les bougies fument encore. 

 

La saison 2 de Stranger Things est disponible sur Netflix 

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L'OFFICIEL X GUCCI - French lesson by Noah Schnapp

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