Fashion Week

Découvrez la collection Croisière 2018 de Louis Vuitton

by Adrienne Ribes-Tiphaine
15.05.2017
Après le désert et Palm Springs, la mer et Rio, Nicolas Ghesquière place la nature et Kyoto au coeur de sa nouvelle collection Croisière.
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Se retrouver dans un monde inspiré, au cœur de la spiritualité et de la culture japonaise. Après le désert et Palm Springs, la mer et Rio, Nicolas Ghesquière place la nature et Kyoto au coeur de ce nouveau voyage. Avec toujours en filigrane l’architecture, comme axe de réflexion et d’inspiration. "Opérer une fusion entre l’urbain et l’organique si prégnante au Japon est le point de départ de la collection Croisière", explique t-on. Une collection présentée ce dimanche 14 mai. L’architecture reflète cette recherche faite à la fois de dépouillement et d’harmonie, d’allers-retours entre le monde contemporain et l’histoire d’une civilisation ancestrale avec un soin particulier pour chaque détail : le craquement des lattes de bois sous nos pas du Temple Tofukuji, le bleu violet des Iris qui contrastent avec l’éclat doré du Golden Temple, l’odeur de l’encens, la rigueur des graviers si soigneusement ratissés, la composition d’un bento… Éveil des sens et concentration, séance de zazen et posture du lotus dés notre arrivée, le corps est présent tout autant que l’esprit. Un moment d’immersion dans le quotidien des japonais au Nishiki Market avec ces étranges brochettes de petits oiseaux grillés, l’odeur du sésame, du matcha vendu en vrac. On se laisse tenter par les couleurs chatoyantes des kimonos, la poésie désuette de microscopiques enveloppes, la précision d’un grand couteau ou l’épure d’une simple tasse. Tout est beau. Esthétique. Il nous faudra ensuite une heure a travers la campagne japonaise pour rejoindre au nord de Kyoto, le Miho Museum. C’est là que le défilé a lieu. Mangé par un océan de verdure, ce bâtiment spectaculaire conçu par l’architecte Ieoh Ming Pei, ouvert en 1996, est le souhait de la femme d'affaires Mihoko Koyama, héritière de Toyobo. Et là, c’est un regard contemporain, témoignant de la longue et riche collaboration entre la maison Vuitton et le pays du soleil levant. On a en tête Takashi Murakami, Yayoi Kusama, Rei Kawabuko et Hiroshi Fujiwara. 

Le Zen, prononciation japonisée du Dhyana bouddhiste désigne la concentration, dans sa simplicité exprimée par la recommandation du grand Maître fondateur Ehei Dôgen, "Shikantaza", simplement s’asseoir. Mais aussi ce regard de bienveillance que nous devons porter sur tout ce qui vit autant que sur les nuages, les arbres et les fleurs ! Nous voici mûrs pour nous abandonner à l’appréciation attentive des silhouettes qui défilent sous nos yeux. Pas de premier degré mais une évocation nuancée, digérée, personnelle des samouraïs, des tenues des arts martiaux, des costumes de cérémonies, des estampes figuratives. Passages clés, ces pulls en entrelacs de jersey et de cuirs qui rappellent les armures des guerriers japonais. On s’amuse lorsque l’on voit sur un sac ou une pochette les masques Kabuki. Le maquillage théâtral ne fait qu’accentuer la force des ces filles, créatures ou ambassadrices de cette transmutation que cherche aujourd’hui Nicolas Ghesquière. Les codes de la maison française sont là mais cette collection embrasse avec désir ce puissant Japon qui nous fascine. Invité d’honneur de cette collection, le créateur Kansaï Yamamoto, premier à avoir ouvert la voie a toute une génération de designers japonais. Pour la maison Louis Vuitton, il a spécialement dessiné icônes, symboles et personnages, que l’on croise sur certain modèles, comme cette robe à paillettes, ou sur des accessoires.  

Au pays de l’image reine sous sa version virtuelle, mangas et animations, un moment de pure vision du monde concret, certes extrêmement étudié, travaillé, jusque dans le contraste entre la sureté de la roche, la flexibilité des végétaux, la forme dépouillée d’un arbre qui se dessine dans la lumière. Pourquoi la pensée que d’aucun aurait pu trouver, sacrilège d’associer la  futilité de la mode à ce décor spirituel, ne me choque pas ? Peut être parce que tout au bout de cette rigueur, l’amour de la beauté, de la perfection se trouve mise en exergue, objectivé ! Façonner le réel, en en respectant la vitalité mouvante n’est ce pas l’intention ultime de la mode ?

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