Art

Swatch au diapason arty

by Yamina Benaï
23.06.2017
Pour la quatrième fois, Swatch renouvelle son solide soutien à la Biennale d’art de Venise. A l’occasion de cette 57e édition – sous le commissariat de Christine Macel – la griffe d’horlogerie suisse est doublement présente : à l’Arsenal elle montre les travaux réalisés par quatre artistes à l’issue de résidences au Swatch Art Peace Hotel de Shanghai. Dans les Giardini, elle expose la collaboration avec l’artiste britannique Ian Davenport, un pavillon monumental, haut en couleurs : “Colourfall”, fresque de 14 mètres de long composée de 1 000 couleurs. En clin d’œil à l’événement, Davenport a conçu pour Swatch “Wide Acres of Time”, une montre reprenant le même motif coloré, réalisée en 1966 exemplaires numérotés. Rencontre avec Carlo Giordanetti, directeur de la création de Swatch.

Texte par Yamina Benaï  

Photo par Aldo Buscalferri
 

Initiées en 2011 à Shanghai, les résidences proposées par Swatch ont comme caractéristique une pleine et entière liberté offerte à l’artiste, généreusement accueilli pour réaliser une œuvre dont l’unique cahier des charges est qu’elle rejoint ensuite la collection de la Maison suisse, à l’issue d’un séjour d’étude d’une durée comprise entre deux et six mois. Un laps de temps confortable pour écumer les multiples possibilités de la ville et explorer ses différents visages, au gré des quartiers. Les quatre lauréats de l’édition se sont attachés, via autant de pratiques distinctes, à restituer une expérience que chacun d’eux s’accorde à qualifier de marquante. Avec quelque 220 artistes reçus depuis son inauguration, le Swatch Art Peace Hotel se révèle être un incubateur d’artistes. Parmi les dix-huit artistes de la dernière session de résidences, quatre ont l’opportunité d’être exposés à la Biennale de Venise.

Les gratte-ciel et l’histoire coloniale de Shanghai ont été les sources principales d’inspiration de Cédric Van Parys. A travers son installation Monuments for Progress (2015-2017), il met en scène dans un paysage imaginaire, des maquettes d’édifices qui renferment l’histoire et le devenir de la ville.

S’inspirant des bustes romains classiques des boutiques de matériel d’art de Shanghai, Rodan Kane Hart a réalisé quarante masques en acier inoxydable, dont il a poli la surface qui, pareille à un miroir, reflète le regardeur (Western Death Mask(s), 600 cm x 300 cm x 100 cm, 2017).

Frappée par le rythme intense de la ville aux 24 millions d’habitants, Virginie Litzler a saisi la chorégraphie des piétons du Bund via une série de photographies intitulée Les Géomètres (100 x 100 cm, 2015).

Yuan Jinhua, a conçu huit panneaux de papier de riz travaillés à l’encre de Chine (Meteorology, 300 cm x 105 cm).

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L’OFFICIEL ART : En tant que directeur de la création, quel est votre rôle au sein de la maison Swatch ?
CARLO GIORDANETTI :
Il consiste à développer la création en lien avec le produit. En effet, Swatch est une marque qui place véritablement le produit en son cœur, ce paramètre est partie intégrante de son ADN depuis les débuts. Une caractéristique qui n’est d’ailleurs pas étrangère au fait que Swatch est née d’un concept de produit révolutionnaire. Cela constitue une forte valeur ajoutée pour la marque sur le marché international de la montre. Je ne suis pas designer aussi, dans cette tâche, je suis entouré d’une équipe de créatifs, j’écris et je bâtis des histoires. Chaque montre a, en effet, un nom et raconte une histoire. 

Comment se constitue ce récit fictif autour de la montre ?
Nous travaillons sur une double strate de narration. Il y a un niveau très émotionnel, purement esthétique et ce qui est fascinant est que, si l’histoire est forte et belle à raconter, on parvient à s’intéresser à l’objet, même si l’adhésion à son esthétique n’est pas immédiate. Et un second temps d’appréhension de l’objet au regard du récit : les éléments narratifs enrichissant son identité.

Comment envisagez-vous les collaborations artistiques, notamment dans le choix des quatre artistes exposés à la Biennale ?
C’est l’un des aspects les plus passionnants de ma mission, car j’apprécie énormément de travailler avec les artistes qui, bien souvent, nous poussent dans nos retranchements. C’est dans cette perspective que le projet du Swatch Art Peace Hotel est mené, notre leitmotiv : engager des dialogues poussés avec les artistes. Notre objectif étant de comprendre et d’identifier les créateurs qui ont un véritable potentiel. Et face aux œuvres des dix-huit artistes présents cette année à l’Art Peace Hotel, parmi lesquels nous devions en retenir quatre, on est pris dans une sorte de vague émotionnelle... La responsabilité est importante de sélectionner quatre langages artistiques auxquels nous allons donner accès à la plus importante biennale d’art, et son dispositif unique d’accès aux regards des personnalités internationales du monde de l’art (commissaires, directeurs d’institutions, critiques, collectionneurs...). Il me semble que “Faces 2017” présente un bon équilibre entre des médiums et des esthétiques différentes et denses.

Avez-vous communiqué des consignes aux artistes ?
Non. Depuis l’origine du programme, nous ne formulons aucune demande aux artistes. Nous les invitons à un geste. Au tout début nous n’avions d’ailleurs par planifié ce qu’il adviendrait des “traces” laissées par les artistes. C’est peut-être aussi ce qui participe de la belle énergie du projet : il y une certaine innocence, une spontanéité, c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas fait appel à un commissaire extérieur. Rassembler les quatre artistes au sein de la Biennale crée aussi des élans très positifs pour la maison.

Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’être partenaire principal de la Biennale de Venise ?
La Biennale est vraiment un observatoire de la création, sans aucune dimension commerciale dans sa mission. Aujourd’hui, il y a très peu d’événements dans le monde de l’art qui soient aussi pétillants que la Biennale, c’est quelque chose d’assez unique. Les artistes sont véritablement au cœur de la manifestation.
 

Giardini Colourfall”, Pavillon Swatch, Giardini. 
Faces & Traces”, Arsenal, Salle d’armes.
Biennalle de Venise, jusqu’au 26 novembre. 

 

 

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De gauche à droite, Carlo Giordanetti, Ian Davenport. © Aldo Buscalferri.
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Ian Davenport. © Aldo Buscalferri.
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Cédric Van Parys
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Cédric Van Parys
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Virginie Litzler
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Rodan Kane Hart
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Rodan Kane Hart
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Rodan Kane Hart
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Yuan Jinhua
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