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Mark Zuckerberg chercherait-il déjà son successeur ?

Nul doute que le fondateur de Facebook observa attentivement la trajectoire d’Apple après la mort du gourou Steve Jobs. Et constata, comme beaucoup, que l’empire de Cupertino s’effritait… Soucieux (déjà) de la postérité de son œuvre, le codeur génial a tout prévu, en s’entourant de nouveaux apôtres.
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Mark Zuckerberg lors du forum sur la coopération économique pour l'Asie-Pacifique, en 2016.
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Lors de la conférence des développeurs Facebook, à San Francisco, en 2016, Mark Zuckerberg a mis en place un plan sur dix ans pour changer la façon dont les utilisateurs interagissent les uns avec les autres et avec les contenus, générant toujours plus de recettes publicitaires pour alimenter le plus vaste réseau social au monde.
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Priscilla Chan (épouse de Mark Zuckerberg), invitée d’honneur du sommet des femmes les plus influentes, à Dana Point, Californie, en 2016.
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Mark Zuckerberg faisant une démonstration de la technologie de réalité virtuelle Oculus à San Jose, Californie, en 2016.

27 Mds $
de chiffre d’affaires pour 10 Mds $ de résultat net (2016)

 

1,86 Md 
d’utilisateurs chaque mois sur Facebook

 

 

84 %
du chiffre d’affaires global relève de la publicité sur mobile en 2016

 

 

24 $
ce qu’un utilisateur de Facebook européen a rapporté en moyenne au réseau social en 2016

 

 

16 $
ce qu’un utilisateur de Facebook américain a rapporté en moyenne au réseau social en 2016

À peine avait-il commencé à sillonner les États-Unis, accélérant son "tour des États" façon candidat en campagne, que sur la Toile et dans les médias, enflaient de folles rumeurs… À commencer par celle-ci : le milliardaire Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, ambitionnerait désormais une carrière politique, voire la présidence du pays. Fin janvier, l’intéressé se fendait d’un communiqué démentant toute velléité de ce genre et assurant qu’il se consacrait toujours à Facebook et à la fondation caritative qu’il a créée avec son épouse Priscilla Chan, la Chan Zuckerberg Initiative.
Reste qu’en 2015, à la naissance de sa fille, il faisait part, dans les pas de Bill Gates, son modèle, de sa volonté de vendre à terme 99 % de ses actions Facebook, l’équivalent de 45 milliards de dollars, pour alimenter sa fondation. Là encore, la Toile, affolée, s’emballait : grisé par le succès, le milliardaire s’apprêterait-il à lever le pied ? Pire, serait-il sur le point de vendre Facebook, dont le chiffre d’affaires, en hausse de 54 %, frôle désormais 28 milliards de dollars ? Pas d’inquiétude : dans un communiqué, il avait alors assuré qu’il "resterait PDG de Facebook pour encore de nombreuses, nombreuses années".

"Zuckerberg n’est pas un créatif. Il sait que sa force de frappe repose sur sa base d’utilisateurs. En faisant l’acquisition de ces applications, il les socialise et gagne de nouveaux utilisateurs." Laurence Allard

Instagram et WhatsApp engloutis

Et pour ne pas connaître le même genre d’éviction qu’avait subie avant lui Steve Jobs, l’entrepreneur de 32 ans aurait tout prévu, créant un savant système qui lui permettrait de vendre au moins un tiers de ses actions sans perdre le contrôle de son entreprise. Évitant les erreurs du fondateur d’Apple, qui à son départ avait laissé son entreprise dans la tourmente, Zuckerberg veillerait à assurer la pérennité de son empire, tout en préparant l’avenir de Facebook. Ou plutôt l’après-Zuckerberg ? Selon Laurence Allard, maître de conférences en sciences de la communication et chercheuse à l’université Paris 3-IRCAV, il serait trop tôt pour le dire : "Zuckerberg est toujours aux commandes de son navire et seul maître à bord. Et il n’a jamais été aussi présent, occupant comme jamais le terrain." C’est que depuis quelques années, il prépare surtout l’après-Facebook, à coups de rachats et d’acquisitions, à tout-va. "Zuckerberg tente de construire un empire qui ne dépend plus uniquement de son réseau social", poursuit-elle.  Pour ce faire, il s’est d’abord intéressé, en 2012, à la plate-forme de partage de photos Instagram, qu’il engloutissait aussitôt pour un montant d’un milliard de dollars. Sans prévenir, il récidivait deux ans plus tard, mettant alors la main sur WhatsApp, le leader mondial de la messagerie instantanée. Montant de la transaction ? 19 milliards de dollars ! De quoi couper le souffle des financiers et des investisseurs, au bord de l’arrêt cardiaque. Diversifiant ses activités, il a surtout construit une marque, présente sur tous les fronts : d’un côté, sur le web et les ordinateurs avec son réseau social, de l’autre sur les mobiles, avec son lot d’applications à succès. "Sans toutefois reproduire les erreurs de Google qui, de son côté, siphonne ses concurrents en les asphyxiant,  concède Laurence Allard. Facebook les laisse exister en tant qu’application autonome, sans les forcer à s’intégrer à son modèle économique." Exemple : l’intrusion publicitaire, contraire à leur éthique, les dérange ? Facebook ne leur impose rien : à eux de gérer leur business comme ils l’entendent. "Pas très rentable", disent certains ? En réalité, la stratégie le serait, en terme de croissance pour son service. "En mettant un pied dans les plateformes mobiles qui lui ont toujours manqué, Facebook s’est offert une jeunesse éternelle, dans un secteur qu’il ne dominait pas  : les smartphones", poursuit-elle. Résultat, le site au 1,86 milliard d’utilisateurs, qui peinait à attirer les ados, gagnerait chaque trimestre, entre 30 et 50 millions d’utilisateurs, quand Instagram en a conquis, en moins d’un an…100 millions ! "Zuckerberg n’est pas un créatif, ajoute-elle. Il sait que sa force de frappe repose sur sa base d’utilisateurs. En faisant l’acquisition de ces applications, il les socialise et gagne de nouveaux utilisateurs."

Imiter et dépasser ses proies

Rares sont les firmes à lui résister bien longtemps… Sa botte secrète ? C’est sa redoutable stratégie d’acquisition, sur laquelle il a levé le voile, en janvier dernier, à la barre d’un tribunal de Dallas, dans un procès intenté au fabricant Oculus (qu’il a racheté) par l’éditeur de jeux vidéo Zenimax. Il confiait avoir l’habitude de tisser des liens avec ses cibles potentielles des années avant de les racheter, n’hésitant pas à leur faire miroiter cette même vision qu’ils ont en commun et la gestion collaborative qu’ils pourraient mener ensemble. En cas de résistance ? Il les intimiderait, évoquant les difficultés qu’ils rencontreraient seuls et isolés… Et pour claquer le bec à ses concurrents, il accomplirait rapidement la transaction, appliquant à la lettre cette devise : "Avancer rapidement et casser des trucs". Quand il ne parvient pas à absorber ses proies, Zuckerberg s’attèle à les imiter, voire les dépasser. Exemple : en matière de vidéos, Facebook accuse un sérieux retard par rapport à YouTube ? Il nomme à la tête de son pôle vidéo la Française Fidji Simo, une pro du marketing, qui sort de son chapeau l’ "autoplay", un format où les vidéos postées par les utilisateurs se déclenchent directement dans le fil d’actualité. Trois mois plus tard, ce sont les annonceurs qui, subjugués, y placent leurs publicités. Résultat : Facebook totalise désormais 3 milliards de vidéos vues par jour, talonnant presque YouTube. Twitter a lancé Periscope, une plate-forme de vidéos en live et Snapchat (qui a décliné l’offre de rachat de 3 milliards de dollars de Facebook) est plébiscité par les ados qui y mettent en scène leur quotidien ? La jeune femme lance "Facebook Live " qui diffuse également en direct des événements, comme le lancement de la fusée Ariane 5. Et voilà Zuckerberg qui, convaincu que la vidéo mettra au pilori les posts et les photos, s’apprête à l’intégrer au cœur de tous ses services et applications… Côté messagerie instantanée, le succès de Snapchat est tel qu’il ferait désormais de l’ombre à Messenger ? Qu’à cela ne tienne : Zuckerberg recrute David Marcus, ancien président de PayPal, un as de la programmation informatique depuis l’âge de 8 ans et créateur, à 23 ans, de sa première start-up. C’est que pour penser l’après-Facebook et développer son business, il s’est entouré de brillantes pousses, des pontes dans leur domaine, comme cet autre Français :  Yann LeCun, spécialiste mondial du "deep learning", qu’il a nommé à la tête du centre de recherches sur l’intelligence artificielle, qu’il a ouvert en 2015, à Paris. Avec ses équipes, le chercheur planche sur la reconnaissance faciale, l’apprentissage des ordinateurs (machine learning), les neurosciences…

De nouvelles technologies au service… du monde entier

L’intelligence artificielle, voilà l’autre axe de développement qui taraude plus que jamais Mark Zuckerberg, lequel tente d’étendre son programme FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research) au reste de l’Europe, offrant, à terme, 25 serveurs à des institutions de recherches spécialisées dans le domaine. Des chercheurs à Berlin, en auraient ainsi reçu quatre, qui les aideraient dans l’analyse d’images pour le cancer du sein et la modélisation chimique des molécules. Et pour séduire son petit monde, Zuckerberg sait dégainer les arguments : si les acteurs économiques adoptaient ces nouvelles technologies, il a calculé que l’impact sur le PIB mondial pourrait être de 1,4 à 2,9 milliards d’euros… Son appétit pour les joujoux technologiques remonte à 2014. Il s’était alors épris d’une nouvelle technologie, dotée d’un pouvoir de surconsommation : la réalité virtuelle. Son nom ? Oculus, un fabricant de casques de réalité virtuelle, acheté pour 2 milliards de dollars, coupant ainsi l’herbe sous le pied à Google et dont il vient de confier la tête du "hardware" à Michael Hillman, un ancien de chez Apple, designer de l’iMac (G4), qui avait permis de rebooster la marque, alors en vertigineuse perte de vitesse. Dans la foulée, concoctant son propre modèle de "Google glasses" connectées, il annonçait, visionnaire : "Dans le futur, nous aurons la réalité augmentée et d’autres appareils que nous pourrons porter en permanence pour améliorer notre expérience et notre communication." Un pas était franchi : l’ambition de Facebook n’était plus seulement de connecter les utilisateurs au monde, mais de les immerger dans son univers. Quelques mois plus tard, il mettait la main sur Ascenta, fabricant de drones équipés de lasers, capables de transférer des datas et d’apporter internet dans les zones le plus reculées. Sauf que, Google n’avait pas dit son dernier mot : deux semaines plus tard, il reprenait un fabricant concurrent, Titan Aerospace. Des acquisitions qui en disent long sur la stratégie et les rivalités de ces géants du contrôle des données, qui se battent désormais pour l’omniprésence, l’omniscience, voire l’omnipotence… et rêvent de devenir les nouveaux maîtres à penser de demain.
Pour s’en convaincre, il suffit de lire la lettre, publiée par Zuckerberg sur son profil, en février dernier. Un long manifeste, aux accents messianiques, dans lequel il livre sa vision sur l’avenir de Facebook. On le soupçonne de vouloir devenir le président des États-Unis ? C’est pour un nouveau Dieu qu’il se prend, dégainant, dans un élan démiurgique, son "plan pour sauver le monde" : revêtant l’armure d’une entité supranationale, Facebook devrait "rassembler l’humanité", au-delà "des cités et des nations" et prévenir les crises et les conflits, du terrorisme aux catastrophes climatiques, en passant par les épidémies. "Une société saine a besoin de communautés pour répondre aux besoins personnels, affectifs et spirituels", écrivait-il. Pour recréer cette communauté, avec le partage de mêmes "valeurs" à l’échelle mondiale, il y a bien sûr, Facebook, dont la postérité est désormais à ses yeux un enjeu essentiel.

 

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