Podcast

Le podcast va-t-il remplacer la série TV ?

by Anne-Laure Griveau
23.05.2017
Fini le binge-watching, voici venue l’heure du binge-listening. Le podcast se fait une place à part dans nos pratiques média et pourrait bien les révolutionner. À bon entendeur…

Photo par Chloe Sheppard

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Winona Ryder, la chanteuse Lorde ou l’écrivain George Saunders murmurant à votre oreille, cela se passe dans Rookie, le podcast lancé par Tavi Gevinson, auteur du blog à succès du même nom. Aux États-Unis, ce média – qui désigne une émission produite pour être téléchargée et écoutée à l’envi sur un appareil mobile – est bien installé et a même déjà ses classiques (Here is the Thing qui a relancé Alec Baldwin, son “host” comme on appelle les animateurs de podcast, mais aussi Serial, le feuilleton judiciaire aux 5 millions de téléchargements, ou Start Up, l’histoire d’Alex Blumberg et de sa petite entreprise). Loin de séduire les seuls nerds, il touche de plus en plus la sphère mode et créative. Le blog Man Repeller compte déjà deux programmes (Oh Boy et Monocycle) et vient de lancer The Call où l’écrivaine Erica Williams Simon s’entretient avec des femmes. Lena Duhman produit aussi le sien, Women of the Hour, minisérie à propos d’amitié, d’amour, de travail, de corps et bien plus. En France, le podcast en est à son premier épisode, à son pilote même, mais pourrait bien s’installer. S’il existe depuis le début des années 2000, il est bien souvent associé aux replays des radios tentant de ne pas rater le grand virage du digital. Pourtant, depuis quelques mois, de nouveaux contenus natifs (créés exclusivement pour être des podcasts) voient le jour. Et cartonnent. Plus de 300 000 téléchargements pour les émissions du studio de production de podcasts parisien Nouvelles Écoutes, par exemple. Parmi ses émissions, La Poudre, conçue et animée par la journaliste Lauren Bastide, donne la parole, tout autant que du temps (l’émission dure environ une heure) à des femmes inspirantes. “Le podcast oblige à se concentrer une heure sur une voix, tout autant qu’il permet de le faire en se déplaçant, 80 % de nos auditeurs nous écoutent sur mobile, et en le fractionnant”, explique la créatrice de La Poudre. Une liberté que ses invitées, les réalisatrices Rebecca Zlotowski ou Houda Benyamina, la blogueuse Garance Doré, l’écrivain Leïla Slimani ou encore les politiques Rama Yade et Najat VallaudBelkacem trouvent rarement dans d’autres genres. “Dans notre société à la structure patriarcale, le temps de parole des femmes dans les médias s’élève à 24 % de la diffusion. Avec ce format d’une heure, ou plus, j’ai voulu agir, leur donner le temps d’être écoutées jusqu’au bout, de se poser, de s’exprimer et se désinhiber.” Une vraie bouffée d’air frais dans notre PAF, même si cela déroute certains attachés de presse, “l’un d’eux m’a demandé si un coiffeurmaquilleur était prévu pour l’interview, j’ai dû lui rappeler que l’on n’enregistrait que la voix”, s’amuse Lauren Bastide qui précise qu’après un premier épisode tourné lors de la Marche des femmes contre Trump à Washington en janvier dernier, le documentaire devrait prendre de plus en plus de place au sein de La Poudre. Huit auditeurs sur dix des Nouvelles Écoutes ont entre 21 et 49 ans, et tous se rejoignent online dans la communauté qui accompagne le programme. “C’est aussi cette notion de partage qui fait le succès du podcast, cela rend l’écoute moins solitaire”, affirme la journaliste qui confie avoir trouvé sa voix.

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