Tendance : quand la mode sexe prime

27.07.2015
Moins obscène que les propos des politiques ou les golden parachutes des grands patrons, une nouvelle vague “pornificatrice” s’apprête à réveiller la star du X qui sommeille en nous… Une tendance turgescente venue d’Amérique qui génère des échos “ré-jouissants” jusqu’en Europe. Orgasmique et chic ! Par Patrick Cabasset STEFANIE-RENOMA C’est moi, ou bien il fait vraiment chaud là ? Je ne parle pas de la température ambiante, mais plutôt de celle de la mode, du design, de la nuit ou du cinéma qui tous retrouvent le chemin défendu de l’esthétique porno trash. Après la vague porno chic esthétisante des années 1990, la raison raisonnable avait repris le dessus. Collants noirs, tissus épais et jupes sous le genou ont récemment véhiculé un genre “comme il faut”, bourgeois, au-dessus de tout soupçon… C’est bien fini. Sans nier l’héritage du féminisme, l’esthétique porno – plus que le porno lui-même – redevient une valeur partagée autant par une minorité non négligeable de décideurs européens d’avant-garde que par le mass market de New York à Los Angeles. Prenez Kim Kardashian, héroïne popu des très prudes États-Unis – sa mère, qu’en d’autres temps on aurait pu nommer maquerelle, son beau-père cover-trans, son postérieur colossal devenu le centre de l’univers, etc. – n’est-elle pas devenue la réincarnation surdimensionnée de Tracy Lord ou de Linda Lovelace, stars interplanétaires de la révolution sexuelle des seventies ? C’est d’ailleurs sans aucune appréhension qu’elle abordait l’entrée du dernier gala du Met à peine vêtue de tulle transparent voilé de quelques paillettes anorexiques. Suivie de filles certes moins imposantes mais connues pour autre chose, comme Beyoncé, Jennifer Lopez, Zoé Kravitz ou Cara Delevingne dans le même appareil nudiste ou approchant. Inquiétées par cette concurrence aussi soudaine que déloyale, les très bourgeoises stars du X d’aujourd’hui, offusquées, seraient en droit de porter plainte ! De ce côté-ci de l’Atlantique, l’esthétique post-porn prend également un coup de jeune. Pas celle “classique” des sex-shops SM, clous, chaînes et latex à gogo, ni le truc techno-futuriste à la sensorialité en 3D et sex toys électroniques intégrés (merci pour vos dossiers de presse spécialisés, mais… non merci). Loin des productions sulfureuses de Coco de Mer (London) ou de Mise en Cage (Paris), c’est plutôt le porno à la papa, le sexe mignon un peu mièvre, le porno-rétro fait maison des pionniers des années 1970 qui influence le style. Stéphanie Renoma – fille de Maurice, mais pas que – définit très bien cet engouement au sujet de sa collection capsule “Chelsea Hotel” : “J’ai été très inspirée par cette ambiance, cette énergie et l’atmosphère du Chelsea Hotel, refuge décadent du New York des années 1970.” À travers les travaux de six photographes d’aujourd’hui, elle met en scène la sensualité des seventies, écho à l’irrévérence et à l’érotisme exacerbés des icônes du rock, à travers une collection aux allures androgynes. montahe-assiette-rigolote

Hipster Porn

Ce n’est pas la provocation qui s’affiche ici, plutôt une nouvelle forme de sensualité. À l’image du long film Love de Gaspar Noé présenté à Cannes en 3D, et malgré quelques arrosages visqueux en gros plan, le propos reste sage. C’est sans doute l’envie de revenir aux sources d’une libération sexuelle qui accompagna un temps les revendications féministes et les discours réformateurs de la société pompidolienne qui s’exprime. Certes, cette réaction aux tenues très couvertes imposées par la plupart des religions ne se manifeste pas par une pudeur excessive. Mais, des imprimés porn et food réalisés chez Acne Studios à partir des collages de Raquel Dias, aux dentelles de dessins de nus académiques qui s’offrent sur les robes de Christopher Kane : tout ceci reste très portable. Plus coquine, la petite marque G.Kero, par Marguerite et Philippe Bartherotte, affiche pour l’été des débardeurs et chemises illustrés de couples en pleine action. Même soucis gentiment X sur certains foulards explicites de Céline Dominiak sobrement intitulés “Z- - I” (pour zizi). Les T-shirts blancs basiques de Carne Bollente affichent, eux, des scènes kama-soutresques colorées relativement basiques, mais en broderies délicates, entièrement made in France ! Plus spectaculaires, quelques robes de la collection de haute couture de Serkan Cura, sorti de l’Académie d’Anvers en 2007, manient plumes et corsets avec virtuosité, donnant soudain un sens plus sexe à cette tendance simplement sexy. À afficher sans doute avec l’un des “Boobs Bags” plus que suggestifs de Christophe Lemaire, en cuir résolument anatomique. Globalement, il n’y a cependant ici pas de quoi fouetter un chat. Car, même si la nouvelle moquette de chez Castel affiche des membres érectiles joliment décoratifs (référence à la carte de “membre” nécessaire afin d’entrer ici ?) et que les dernières soirées Club Sandwich s’intitulaient “Floral Fetish”, “Bang Gang” ou “Fashion Salope” : on ressort – généralement – de ces lieux avec sa culotte. Ici, la pornification n’est qu’un gadget linguistique. mode-sexe-prime

L’émergence des Porn Studies

Ce qui est loin d’être le cas dans les nouvelles séries télévisées diffusées à des heures de grande écoute dans le monde entier ! De Lena Dunham lascivement enlacée nue à son Adam Driver une scène sur deux dans Girls depuis 2012, à Alysson Paradis ex-star du X reconvertie en étudiante à la Sorbonne dans Q.I., en passant par Hard sur Canal + qui diffuse sa troisième saison épatante depuis juin dernier, sans oublier la fameuse scène du plan à trois sous poppers dans le très marseillais Plus belle la vie, le petit écran devient un terrain de plus en plus glissant… À regarder nonchalamment en croquant des biscuits Kama Sutra Kookie Kutter de Bonkin, par exemple, qui donnent au hashtag “pornfood” (plus d’un million de publications sur Intagram) son véritable sens. Sans aller jusqu’à s’immerger dans des porn studies, un nouveau champ de recherches universitaires particulièrement frigides, il suffit pour se convaincre de la turgescence du phénomène d’apprécier le design contemporain. Des totems Cactus de Guido Drocco et Franco Mello créés en 1972 et récemment mis en scène par Maurizio Cattelan et Pier Paolo Ferrari, aux créations artisanales suggestives des designers d’Atelier Van Lieshout (lampes phallus, lits modulables pour multiples femmes, sculptures habitables sexuées, etc.), le choix semble plus que fécond. Et ceci sans même aller jusqu’aux créations de “love design” (nouveau nom des sex-toys) signés de très sérieux designers comme Arik Levy, Matali Crasset, Philippe Di Méo, etc. Enfin, celles et ceux qui auraient peur de délaisser les plages ensoleillées où l’on se remet progressivement à nu comme aux plus belles heures hippies des années 1970, pour un hiver toujours trop glacial, se tourneront dès les premiers frimas vers le trop mignon ouvrage de Trixie von Purl : Knit Your Own Kama Sutra (“tricotez votre propre kamasutra”, pas encore traduit en français à ce jour… mais je m’y mets). Cette Anglaise vivant à Paris, ex-prof de danse spécialisée dans l’effeuillage burlesque, y enseigne une activité de coin du feu post-porn capable de redonner de la vigueur – et de la chaleur – aux plus réfrigéré(e)s. Kim-KardashianDondolo