Coup de coeur : Yuko Koike

17.07.2015
SONY DSC La mode de Yuko Koike, c'est un peu comme une mélodie pour piano seul. Au beau milieu d'une modernité tonitruante, cette jeune japonaise de 29 ans se distingue par sa poésie des formes et des couleurs, qu'elle manipule avec une légèreté affolante. Révélée lors du festival ITS 2015 à Trieste, Yuko Koike a déjà séduit Renzo Rosso, patron du groupe OTB, et s'achemine pas à pas vers un avenir brillant. Portrait d'une artiste à suivre de très près.   Par Mathilde Berthier  

Du rêve à la réalité

Entre les alpinistes masqués de Jenifer Thevenaz Burdet et les geishas 2.0 de Polina Yakobson & Christine Charlebois, les silhouettes de Yuko Koike ont fait l'effet d'un doux mirage sur le catwalk final de l'International Talent Support 2015. On se souviendra longtemps de la bande-son feutrée et planante, venue rompre avec l'électro hégémonique. Quelques notes de clavier posées ici et là, qui ont rythmé de grâce les pas des huit mannequins habillées par la japonaise. Palpable dans l'atmosphère, cette élégance transcende les limites du virtuel pour s'épanouir dans les créations de Yuko Koike. Qu'il s'agisse de nuances, de coupes ou de matières, cette collection capsule explore les potentialités du vêtement à travers un attachement perpétuel à la nature. Au moyen de broderies, de collages ou de découpes virtuoses, Koike propose un savant amalgame entre rêve et réalité. Les fleurs délicates du cerisier japonais - l'arbre fétiche de la créatrice - se parent ainsi de mille couleurs, et deviennent l'attribut d'un nuage fantasque et hypnotique, décliné en plastron, en pardessus, en robe ou encore en pull. Côté textures, la jeune femme s'appuie sur des matériaux bruts : laine, plexi, vinyle, coton... Omniprésente, la maille est pour sa part travaillée au crochet, en points serrés ou très larges. Le plexi, de son côté, est taillé dans un format rectangulaire, et fait office de pochette ultra-slim à porter nonchalamment. Cette authenticité dans la technique contribue à l'essence même du travail de Yuko Koike : la naïveté. koike13

La nouvelle donne

À contempler ce nuancier pop et flashy, on songe irrémédiablement à la K-Pop et au kitsch Kawaii, nés en Corée du Sud et aujourd'hui très présents au Japon. Si Yuko Koike admet être influencée par cet imaginaire, elle préfère pourtant parler de synthèse : "Je m'inspire aussi bien des années 1970 et du 'flower power' que de la culture japonaise contemporaine. Le motif de la fleur de cerisier vient faire le lien entre ces différentes époques.", explique ainsi la créatrice. C'est cette conscience du passé, doublée d'un attrait pour le futur, qui a convaincu le jury du International Talent Support. Séduits par la poésie de Yuko Koike, les Massimo Giorgetti, Nicola Formichetti et autres Angelo Flaccavento se sont ainsi entendus pour lui remettre le prix du groupe OTB, présidé par Renzo Rosso. La japonaise s'est donc vue remettre la somme de 5000€, doublée d'une proposition de stage dans l'une des maisons de l'écurie OTB (Diesel, Maison Margiela, Marni, etc). Quelques mois après avoir achevé son cursus à l'Esmod de Tokyo, Yuko Koike semble bien partie pour briller. Avec sa "patte" à la fois bucolique et hypnotique, on l'imagine déjà intégrer les équipes de Consuelo Castiglioni chez Marni...

yukokuro0901.tumblr.com

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