Working Girl : 24h à New York avec Jenna Lyons

10.03.2015
Jenna Lyons, la directrice artistique de J.Crew, est l’une des femmes les plus influentes des États-Unis. Alors que la griffe arrive en France, nous avons passé la journée avec celle qui habille les Américains. Par Frédérique Dedet. Photo : Clément Pascal Jenna-LyonsAffectée adolescente d’une étrange maladie génétique qui faisait tomber ses cheveux par poignées et gâtait sa dentition, Jenna Lyons a été élevée en Californie où le canon de beauté était plus Christie Brinkley qu’Anjelica Huston. Elle est devenue cygne par la force de son talent. Et est restée d’une simplicité et d’une gentillesse suffisamment rare pour être soulignée. Bienvenue dans le monde d’une femme ouverte et curieuse dont le mantra pourrait bien être “souviens-toi” (de quand tu n’étais pas importante socialement, de quand tu n’étais pas jolie…) et adresse-toi et écoute tout tes interlocuteurs avec le même intérêt.   Comment est né votre intérêt pour la mode ? Jenna Lyons : “Imaginez les difficultés que je rencontrais adolescente pour m’habiller : nous habitions mes parents, mon petit frère et moi au pays des Pamela Anderson, je suis avec 1,83 m la plus petite, alors rien n’allait, tout était soit trop court soit je nageais dedans… J’ai suivi un cours de couture et me suis fabriqué une jupe longue, il y avait des pastèques dessus. Quand je suis arrivée au lycée avec, les deux filles les plus populaires de ma classe, qui jusque-là ne m’avaient jamais calculée, l’ont admirée jusqu’à m’en commander une. J’ai alors compris que le vêtement pouvait changer la perception des gens et leur donner confiance en eux. Ma grand-mère m’a offert une machine à coudre et abonné à des magazines de mode. J’y ai tout appris de la mode. En entrant à la Parsons School, à New York, on m’a fait découvrir le livre de l’illustrateur Antonio Lopez, un monde où les beautés n’étaient pas stéréotypées c’est ouvert à moi.” Comment commencez-vous la journée ? “Je viens d’emménager à Soho après mon divorce et mon changement de vie (Jenna Lyons vit avec sa petite amie Courtney Crangi, ndlr), mais Beckett, mon fils de 9 ans, est resté dans l’école dans laquelle il a toujours été, à Brooklyn, et qui est proche de chez son père, alors je commence ma journée avec lui par une promenade en voiture, un chauffeur nous conduit, pendant laquelle nous échangeons et lisons les news.” Que préférez-vous et détestez-vous dans votre travail ? “Ce que je préfère ? Quand je reçois des lettres de femmes pas fashion victims pour un sou, plutôt des juges ou des universitaires qui doivent donner une conférence et cherchent un vêtement adapté pour cette occasion. Je suis flattée qu’elles le trouvent chez J.Crew et me remercient de les avoir habillées. Je n’ai jamais imaginé pouvoir toucher et aider autant de gens et, en plus, je suis payée pour faire ce que j’adore ! Ce que je déteste, c’est être DRH et être obligée de déléguer plus que je ne le voudrais. J’aime faire les choses moi-même.” Votre mère était prof de piano quelle est votre relation avec la musique ? “Ça n’a pas vraiment fonctionné, j’ai grandi sans pouvoir faire le moindre bruit à la maison, qui n’était pas grande, et condamnée à entendre les élèves de ma mère massacrer la Lettre à Élise tous les après-midi, samedi compris ! Mais Beckett joue avec son prof de Minecraft au ukulélé et il adore.”   L’une de ses assistantes interrompt la conversation. Son bureau, un corner office avec vue sur le sud-ouest de la ville, n’a pas de porte, juste deux bureaux d’assistantes dévouées, cerbères plutôt souriants. C’est l’heure du déjeuner et Jenna tient à me faire découvrir son sandwich préféré : une spécialité cambodgienne qui vient de chez Num Pang. Naturellement, j’engage la conversation sur la glace au café si souvent mentionnée dans ses nombreuses interviews. Eh bien oui, ça n’est pas une légende urbaine, Jenna est obsédée par le coffee ice cream, en consomme au moins six fois par semaine et connaît les meilleurs de la ville. D’ailleurs, sitôt les meetings de l’après-midi terminés, c’est promis, nous irons en goûter chez le glacier Morgenstern’s, son fournisseur du moment ! Tout en dégustant nos sandwichs cambodgiens (délicieux et relevé), nous assistons aux deux rendez-vous de l’après-midi, le premier avec les parfumeurs qui proposent des pistes pour de nouvelles fragrances et bougies. JCREWÀ ce jour, J.Crew a sorti discrètement deux parfums, vendus dans ses boutiques. Je demande à Jenna si elle les teste sur elle : “Seulement quand Beckett est chez son père, il est en garde alternée tous les cinq jours et déteste que je change de parfum !” Les nez font place à l’équipe des bijoux fantaisie, trois jeunes femmes qui font un carton pour ce département avec pas moins de 250 références proposées chaque saison. Je lui demande comment elle prend ses décisions pour un parfum, un vêtement, une couleur ? “Je suis mon instinct et suis responsable de mes décisions. Si on se laisse influencer, on se perd.” Nous quittons le siège de J.Crew, direction Milk Studio, où un catalogue est en court de shooting. L’occasion de traverser le sud de Manhattan et de lui demander pourquoi elle aime vivre à NYC… “J’aime New York parce que tout est à portée de main, que l’on peut décider de voir une expo, d’aller au cinéma, d’entrer dans une galerie d’art, chiner chez des antiquaires, sans s’organiser à l’avance.” Que faites-vous de votre temps libre ? “Tout ce que je viens d’énumérer et aussi du kart avec mon fils, qui en est dingue !” Dites-nous quelque chose de vous que personne ne sait… “J’ai fait de la natation synchronisée, une véritable passion.” Si vous n’étiez pas creative director de J.Crew, qu’est-ce que vous auriez fait ? “Je serai probablement entraîneur de chevaux.” Si vous deviez donner un conseil aux jeunes qui veulent faire ce métier ? “Ne pas le faire dans l’espérance de devenir connu ou riche, faites ce que vous aimez.” Chez Morgenstern’s, c’est autour d’une glace au café, sur laquelle je lui suggère d’écrire un guide, que nous terminons la journée. Beckett est chez elle mais son agenda lui rappelle un dîner de travail, la journée est loin d’être finie… New-York-City