Verney : pour l'amour des pierres

10.11.2014
Verney Page 26 PFondateur de la maison Verney, Michel Ermelin a inscrit son nom dans la grande histoire de la joaillerie française avec l'idée simple qu'un bijoux peut aussi se porter dans la rue. C'est dans son showroom du 24 place Vendôme que ce virtuose des gemmes nous accueille, entourés de ses créations. Portrait d'un des maîtres de la joaillerie néo-classique. Par Edson Pannier      

Une pièce unique pour un client unique

Descendant d'une longue lignée de joaillers monégasques, Michel Ermelin s'est naturellement tourné vers cette tradition familiale après l'avoir éludée un temps. Le travail des pierres, il l'a appris sur le tas. D'abord à Londres, où il ouvre une bijouterie, puis à Paris, où il fonde Poiray. Très vite, le succès est au rendez-vous et les commandes se multiplient. La maison de la rue de la Paix prend une ampleur telle que son créateur préfère la céder afin de revenir à l'essence même du métier de joailler : le sur-mesure. « Une pièce unique pour un client unique », voici ce que pourrait être la devise de Verney. Cette nouvelle enseigne que Michel Ermelin inaugure au 8 place Vendôme n'a rien a envier à ses prestigieux voisins, mais son approche est différente en tout point. « Quand j'ai commencé, j'utilisais les pierres classiques de la place Vendôme, les saphirs, les rubis, les émeraudes et bien sûr les diamants. Mais je m'assurais justement que ces émeraudes ou ces diamants n'aient rien de classique. L'excitation de ce métier, c'est de trouver des pierres atypiques, et de les transformer sans les trahir ». C'est donc dans l'originalité de ces gemmes que le créateur puise son inspiration. Une fois la pierre sélectionnée, il s'amuse à imaginer la femme qui portera son bijou : une femme qui a envie de raconter quelque chose de différent, une femme qui a du caractère. En choisissant une création Verney, elle s'assure que personne ne pourra l'imiter.  

Bijoux-à-porter

Persuadé qu'une bague n'a pas sa place dans un coffre mais sur le doigt, Michel Ermelin s'enorgueillit lorsqu'en croisant une cliente, celle-ci lui avoue que sa bague Verney n'a pas quitté le sien une seule fois en 24 ans. « Autrefois, les femmes choisissaient un couturier et ne s’habillaient que chez ce dernier. Tout était codé. Elles souhaitaient appartenir à une caste. Et un jour, elles ont décidé qu'il était temps de se différencier, de mettre davantage en avant leur personnalité en réinventant leur look afin de renvoyer une image très précise d'elles-mêmes. Une image dans laquelle elles se reconnaitraient ». Cette évolution survenue au milieu des années 60 s'est répandue dans une multitude de domaines et l'univers du luxe en fut le premier touché. La haute couture s'est vue supplantée par le prêt-à-porter, la mode est enfin descendue dans la rue. La joaillerie elle aussi a du bouleverser ses codes. Finie l'époque où l'on sortait uniquement ses parures précieuses pour un mariage ou un événement précis. Michel Ermelin l'a bien compris : « J'ai fait des bijoux qui ne portaient pas conséquence sur la vie quotidienne. Des bijoux pour les femmes qui accompagnent leurs enfants à l'école, qui travaillent ou qui pratiquent un sport. Après tout, pourquoi ne porteraient-elles pas de saphir tous les jours ? ». Et c'est bien là le dénominateur commun des créations de Michel Ermelin : l'idée qu'en s'offrant un de ses bijoux, on fait le choix de vivre avec.  

Néo-classicisme

Les différentes pièces de la collection forment un ensemble hétéroclite et détonnant : « L'objectif, c'est de surprendre, tout en restant classique ». Et c'est tout le paradoxe de la maison Verney. À la fois très attaché au métier de joailler à l'ancienne mais aussi novateur dans le choix des matières, Michel Ermelin est reconnu par ses pairs comme l'un des maîtres de la joaillerie néo-classique. « J'ai voulu monter un diamant sur de l'or jaune quand on m'affirmait qu'il fallait le monter sur du platine. J'ai créé des boucles d'oreilles pour mes amies qui avaient les oreilles percées, alors que les grands joaillers s'y refusaient... ». Il est aussi le premier à utiliser l'or noir en joaillerie : « Je voulais simplement donner plus de splendeur aux pierres. L'or noir s'efface au profit de la pierre alors que les autres ors lui volent parfois la vedette. » En plus d'un style inimitable, des influences asiatiques que l'on devine par l'utilisation fréquente de jade et de spinelle, les créations Verney sont réalisées dans la plus pur tradition de la joaillerie française. « Sur le plan technique, la place Vendôme n'a pas d'égale. Les plus grands joaillers du monde utilisent les méthodes parisiennes et il est capital pour nous de produire des bijoux de la plus haute qualité ». Cette combinaison d'excellence, de modernité et d’originalité font de Verney l'irrésistible ovni de la place Vendôme. Le premier joailler du XXIème siècle. [soliloquy id="204434"]