Rencontre avec Hideki Seo

14.11.2014
hideki-seoFaites de métissages de culture, de genres et de médiums, les œuvres d’Hideki Seo développent des liens entre art et mode. Ses sculptures portables constituent une collection continuelle, ou un itinéraire de voyage. Des cultures Inuites à celles des Tibétains en passant par son pays natal le Japon, ses costumes sculpturaux nous emmènent dans un univers personnel fait de rencontres et de dialogues de techniques. Assistant d’Azzedine Alaïa depuis 2006, l’artiste nous explique comment il concilie ces univers et ces activités. Nous l’avons rencontré pour une séance d’essayage de la pièce en cours de création « Heart », une sculpture cousue en toile dont les motifs et la texture relient à un quadryptique de peintures. Propos recueillis par Rohman Benidris Quand as-tu démarré cette production d’œuvre ? J’étais graphiste pendant 3 ans au Japon. Quand j’ai quitté ce domaine, je ne connaissais pas du tout la mode. Le voyage m’a donné envie de créer dans la mode. Les différences de culture révèlent aussi les différents vêtements. Par exemple, les costumes Tibétains sont adaptés à un mode de vie proche de la religion tandis que les Costumes d’Afrique sont plutôt adaptés au climat.Le graphisme c’est la base de la création. Et après 10ans, maintenant que j’ai cette expérience, cela m’aide beaucoup. J’ai donc commencé cette production d’oeuvre en 2010, et j’ai commencé à travailler comme assistant styliste de M. Azzedine Alaïa en 2006. Normalement dans une grande maison de couture comme Alaïa, un assistant ne peut pas présenter des créations sous son nom. Mais après 4 ans, avec son grand cœur, il a accepté que je fasse mes créations. Tu dis couper ton cerveau en deux, mais il doit y avoir des liens entre ces deux activités, des influences réciproques ? Au début, un curateur m’a invité et à ce moment là j’ai demandé à monsieur Alaïa si je pouvais me distraire avec mes créations et il a dit oui. À chaque fois, je demande à monsieur Alaïa. Si je fais une exposition, je lui en parle. Il me donne des conseils, si ça tombe au moment des présentations des collections, je ne peux pas exposer. L’avenir des artistes aujourd’hui c’est peut-être justement d’avoir une activité professionnelle en parallèle ? C’est plutôt contemporain comme démarche. Le travail de la maison Alaïa m’inspire, il m’a dit : « on ne peut pas apprendre la mode ». On peut apprendre la mode à l’école, la base, mais après l’école, chacun doit trouver « une manière », ça on ne peut pas l’apprendre. Mais il me montre sa vie comme un grand créateur, de temps en temps, il me montre comment il travaille, comment il voit les gens qui travaillent avec lui, donc je peux apprendre beaucoup de choses. C’est plutôt son attitude de création qui m’inspire. Bien sûr le style aussi, son travail est présent dans mon esprit. Je ne fais pas vraiment de vêtements prêt à porter, mais même quand il s’agit d’une pièce d’art, l’expérience avec monsieur Alaïa devient très enrichissante. Tu as quelque part construit ta carrière comme un processus artistique en commençant par le graphisme puis en allant vers la couture, qui te permet de donner vie au dessin. Est-ce que tu envisages alors tes pièces dans le cadre d’une série?  C’est continuel. Toutes mes créations depuis 2011 sont toujours sur une même ligne. Oui, c’est ce que m’a appris monsieur Alaïa. Parce que ses vêtements sont toujours dans son style. Même des robes des années 80 fonctionnent toujours aujourd’hui. On ressent dans tes œuvres un recul par rapport à la mode, une démarche très personnelle. Est-ce que l’art aujourd’hui doit être à la mode ? Cette différence entre l’art et la mode est très compliquée. J’y pense depuis 10 ans et chaque fois, ma réponse est différente. Par exemple, la pièce « Heart » est de l’art, mais maintenant je pense que c’est moi qui décide si c’est de l’art. Y a-t-il un regain d’intérêt pour l’art textile ? Pour nous c’est un peu difficile. J’ai montré mes œuvres à Paris mais presque toujours, on dit que mon travail c’est du vêtement. Pourtant la couture est un art très complet, entre une réflexion mathématique, un travail des matières, des couleurs et un travail graphique.   Comment réagis-tu à ce type de remarques ? J’ai déjà fait des sculptures, « complètement » sculptures, non portables. Quand j’ai fini ces pièces, j’étais très content parce que je pensais que je pouvais dépasser les catégories de la mode, de l’art... mais ce n’est pas assez peut-être. Je vais essayer de rouvrir les portes entre art et mode. Il y a des gens qui pensent comme moi aux Etats- Unis. La dernière collection Comme des Garçons par exemple, on peut habiller mais on ne peut pas marcher dans la rue. Donc cette pièce est complètement art. Mais, Rey Kawakubo fabrique aussi des t-shirt, chemises, vestes, qui sont très portables dans la rue. Donc quand elle crée des pièces d’art, elle est artiste et quand elle fait des t-shirts, chemises, elle est designer, styliste. Mais en ce moment, ce n’est pas vraiment mon but.   Peux tu nous parler de tes influences, de l’importance du voyage ou des rencontres ? Le voyage est toujours important dans ma vie, ça me donne beaucoup d’inspiration. Et maintenant que je travaille avec des collègues américains, ça va être une nouvelle inspiration pour moi. Parce que je commence à connaître des gens là bas et j’ai senti la différence. Je connais les soirées à Paris, c’est très chic, élégant. Mais là bas c’est complètement différent. J’étais très impressionné, c’est comme un tapis rouge, beaucoup de volumes, de couleurs, de matières... Il faut créer en étant conscient de ces uniformisations et différenciations dues à la mondialisation culturelle? Maintenant on peut acheter chez H&M, Zara, partout à New York, Paris, Tokyo, Londres.. Ça c’est pour moi un peu dommage. Parce que ça me donne l’impression que des différences de cultures sont en train de disparaitre. Mais dans certaines situations on peut les observer. Peux-tu nous expliquer comment tu travailles et choisis tes matières ? Je suis allé dans la région des Inuits. Là bas les gens vivent avec les animaux. Ils utilisent les peaux, ils mangent l’animal. Ça m’a beaucoup inspiré, cet esprit là est toujours dans ma tête. Je suis allé là bas pour faire des recherches, pour créer une collection. Ensuite j’ai trouvé une autre peau d’imagination: J’ai rencontré Keizo Murase, le créateur des costumes de la première version du flm « Godzilla », il a réalisé la peau de Godzilla. À cette époque, il n’y avait pas d’ordinateur, il a fabriqué tous les costumes.   [embed]http://www.dailymotion.com/video/x29iz8m_hideki-seo_creationModelClioKepenos[/embed] Le catalogue d'Hikedi Seo est à encourager sur KissKissBangBang à partir du 17 novembre. Photographies et vidéo : Victor Simon Merci à Miki Seo, Johji Yasushi