Rencontre avec Peter Dundas, l'ange d'or

20.09.2014
001_PeterDundasIl dessine pour Emilio Pucci la plus belle fille d’Italie. Cet illuminateur de charme voit la mode comme la vie : jouissive, solaire et festive. Alors qu'il présente une nouvelle collection pour la maison florentine cet après-midi, rencontre avec Peter Dundas, un créateur venu du grand froid aux créations brûlantes. Par [signature email=l.bompard@jaloumediagroup] Photographie Jonathan Frantini     Pour savoir qui est Peter Dundas, il suffit d’ouvrir les yeux sur sa silhouette robuste et ses boucles blondes (qui ne peuvent que trahir ses origines norvégiennes) et de se pencher sur son CV dont les lignes racontent une histoire de mode longue de vingt ans. Un itinéraire qui a conduit le designer des studios de la Comédie-Française à la maison Pucci en passant par Jean Paul Gaultier, Christian Lacroix, Roberto Cavalli, Ungaro, Revillon et Dolce & Gabbana. Et pour découvrir tout à fait qui se cache derrière ces lunettes fumées, il faut regarder la femme qu’il imagine depuis son arrivée dans la maison florentine depuis six ans. Seventies, Newtonienne par la puissance qui se dégage de ses courbes, élancée, décidée, aimantée, maîtresse des jeux, bombe. Cette silhouette parle d’elle-même et se fait le haut-parleur de la personnalité du designer : amoureuse du beau et façonneuse d’envies. Mais finalement, rencontrer Peter Dundas dans son bureau du Palazzo Pucci de Florence, c’est mettre à contribution un autre capteur, qui ne s’attendait pas à être autant sollicité lors d’une interview : le cœur. Parce que de par son charme naturel, sa simplicité déroutante, sa finesse de seigneur florentin et la passion qui se dégage de son récit de carrière, Peter Dundas rappelle que, finalement, ce qu’il fait, ce n’est qu’imaginer des vêtements. Et qu’en plus, les siens sont adorés. Voilà deux raisons d’être touché. En plein cœur.   Comment vous sentez-vous, aujourd’hui, dans votre vie de créateur ? Peter Dundas : “Parfaitement bien, car je sais désormais qui je suis, ce que je veux, et j’arrive à l’appliquer à mes collections en l’assumant totalement. Vous savez, défiler, c’est un peu grandir en public, et, désormais, je n’ai plus peur de ce que je montre. Je fais également davantage que dessiner des vêtements aujourd’hui. J’ai un regard plus global sur la maison, en choisissant mes boutiques et en travaillant l’image. C’est le but ultime de tout créateur, je pense.”   Vous vous sentez donc au sommet de votre carrière ? “Non, je ne pourrai jamais dire ça car je n’aime pas l’idée de ne plus pouvoir monter. Je ne me sentirai jamais arriver au bout d’un chemin car j’ai toujours envie d’avancer. Mais si vous parlez de climax sentimental, oui, mon histoire avec Pucci est certainement la plus forte que j’ai vécue. Cela fait six ans que je suis ici, et mes défilés sont le résumé de mes vingt ans passés dans la mode. J’y mets donc tous les sentiments que j’ai ressentis et même découverts pendant toutes ces années. Et puis j’ai cette chance de tellement aimer ce que je fais que je ne vois pas cela comme du travail.”   Vous n’aviez pas peur, lorsque vous êtes arrivé chez Pucci, que l’héritage soit quelque chose de trop pesant ? “Pas le moins du monde, je pense même que c’est un avantage immense. Bien sûr, au début, je me suis demandé si c’était un bon casting, pour les deux parties. Mais j’ai rapidement compris que la maison et moi étions passionnés par la même femme, une muse solaire dont la volonté de s’habiller n’est pas événementielle. Elle l’a dans au plus profond de son ADN, 24 heures sur 24. De plus, j’aime le vintage, les choses qui ont vécu et les traces du passé. C’est notamment pour ça que je ne veux pas défiler dans des boîtes blanches préfabriquées. La notion de respect qu’impose le fait de travailler pour une grande maison est quelque chose que je trouve fantastique et motivante.”     peter-dundas     Donc lorsque vous avez décidé de vous éloigner de l’imprimé, emblème de la maison, ce n’était pas pour marquer une rupture ? “Pas du tout ! La famille Pucci sait d’ailleurs très bien tout l’amour que j’ai pour cette maison. D’ailleurs, Emilio Pucci a déjà fait une collection noir et blanc sans imprimé, très graphique. Je voulais juste rappeler que Pucci, c’est avant tout un état d’esprit et un lifestyle. Moi, l’image que j’avais de la maison ne se limitait pas à l’imprimé. J’avais beaucoup plus en tête des images de célébrités de la jet-set des années 1960, à la sortie des aéroports, habillées en Pucci de la tête aux pieds.”   On dit que vous créez les robes les plus provocantes de l’histoire de la maison. Êtes-vous d’accord avec cela ? (Il hésite, ndlr.) “Je ne pense pas être un provocateur dans l’âme. Certes, la femme que j’habille assume sa sensualité, et même une part de sexualité. Mais je pense que c’est le secret pour qu’une femme soit heureuse. C’est mon but ultime, que les femmes se sentent bien lorsqu’elles portent un vêtement Pucci. Et je pense qu’il n’y a pas meilleur façon pour cela que de les faire se sentir désirables.”   L’une des caractéristiques qui ressort le plus lorsque l’on parle de vous, c’est le fait que vous soyez un “enfant du monde”. Vous êtes né en Norvège, avez fait vos études aux États-Unis, appris la mode à Paris et travaillé en Italie. Quels impacts ont eu ces différentes cultures sur votre personnalité ? “Il faudrait plutôt demander ça aux gens qui me côtoient ! Essayons tout de même de répondre. Mes proches disent souvent que je suis très norvégien. Cela doit être parce que j’ai besoin d’avoir une vie saine, de savoir ce que je mange, d’être proche de la nature. Sûrement également parce que je ne peux pas vivre dans le conflit. Mon côté le plus américain ? Le caractère pratique que chaque vêtement doit avoir. À Paris, j’ai appris à apprécier la beauté, sans forcément chercher à l’analyser ou à la comprendre. Enfin, j’aime assez l’impulsivité artistique que l’on ne retrouve que dans les studios italiens. Cette forme de chaos dans lequel naissent, au final, de grandes choses, même si cela semblait mal parti au début.”   L’autre trait de votre personnalité est cet attachement aux célébrités qui vous entourent très souvent. Elles semblent autant apprécier vos créations qu’elles vous aiment vous. Comment expliquez-vous cela ?… (À ce moment-là, la responsable du studio frappe à la porte du bureau de Peter et annonce “elle est là”. Quelques secondes plus tard, Poppy Delevingne entre et se jette au cou de son ami. Après une longue étreinte, elle nous explique de sa voix brûlante qui ferait fondre un fjord qu’elle passe en coup de vent faire le dernier essayage de la robe qu’elle portera pour la fête de son mariage, prévue deux semaines plus tard à Marrakech. Nous laissons les deux compères une trentaine de minutes. Pendant ce temps, nous comptons derrière la porte du bureau dix-huit éclats de rire, tout autant de “wooow”, de “amazing” et de “beautiful”. Puis Poppy s’enfuit, non sans une dernière franche accolade à Peter, et avec au coin des lèvres le sourire de celle qui vient d’essayer une robe de conte de fées. Nous pouvons donc reprendre notre conversation.)   003_PeterDundas   Cette arrivée de Poppy tombait à pic… Pourquoi avez-vous un tel attachement, personnel et professionnel, à ce monde de paillettes ? “Je suis quelqu’un de timide et j’aime la folie, la liberté, la légèreté, comme le fait de n’avoir peur de rien qu’a cette génération de filles à laquelle appartient Poppy. Je tire beaucoup d’enseignements en vivant à leurs côtés, même si elles sont plus jeunes que moi. D’un point de vue mode, je pense qu’elles aiment mes robes car je sais très bien que je dessine des vêtements pour une femme qui veut être vue ou à l’habitude de l’être. C’est quelque chose d’important pour moi, que chaque femme se sente un peu star en enfilant une robe Pucci.”   Mais la tendresse envers vous que vient de montrer Poppy n’est pas celle que l’on a l’habitude de voir entre une cliente et son couturier… “Oui, c’est vrai nous sommes également amis. C’est l’époque qui veut ça. Tout s’est humanisé par rapport aux années 1990, par exemple. Aujourd’hui, les créateurs et les célébrités sont proches, on s’appelle sur nos portables lorsque l’on veut se voir, en toute simplicité. Je pense que tout ce monde-là est un peu descendu de son piédestal. Mais aussi, je ne suis pas étonné que si quelqu’un aime mes robes, il m’aime bien également. Je mets dans mes créations ma vie, mes sentiments, mon travail. Donc ces robes, c’est moi.”   “Créateur de la jet-set”, c’est une attribution qui vous va ? “Je trouve ça un peu réducteur. J’aime mon métier, dessiner des vêtements. Depuis tout petit et pour longtemps. Pour la jet-set ou non.”   Mais pensez-vous à ces célébrités lorsque vous créez ?! “Oui, mais pas seulement. Si ma mission en arrivant chez Pucci était de rajeunir la cible, je ne dois pas laisser les clientes historiques de la maison de côté. C’est là tout le challenge. Je dois donc avoir ces deux femmes en tête. Avec généralement à côté d’elles les fiancés des rock stars, comme Marianne Faithfull, Anita Pallenberg, Jane Birkin…”   002_PeterDundasVous voyez-vous aujourd’hui dessiner une ligne plus “mass market” ? “Pourquoi pas. Ça me touche tellement lorsque je croise quelqu’un qui porte une de mes créations…”   Pourriez-vous citer les 5 personnes que vous avez préféré habiller ? “Ouh là, difficile… Disons, Beyoncé, la famille royale norvégienne, Angelina Jolie, Nicole Kidman, Rihanna. Et bien entendu Poppy, même si ça fait plus de 5 ! J’aimerais beaucoup que Cate Blanchett et Michele Obama s’ajoutent à cette liste.”   Tombez-vous souvent amoureux ? “Oui, des gens qui m’entourent. J’ai facilement des coups de foudre et je n’ai pas peur d’aimer. Mais la mode reste ma maîtresse la plus possessive.”   Une rencontre rêvée ? “J’aurais adoré discuter avec Diana Vreeland.”   Quel est votre meilleur souvenir de fête ? “Les meilleurs souvenirs de fête sont ceux qu’on ne raconte pas…”   Si vous deviez m’offrir un verre, ça serait quoi ? “Une piscine de champagne, non ?”   Je suis plutôt vieux whisky… (Quelques jours après, une bouteille d’un des meilleurs whiskys japonais arrive à la rédaction, finissant de conquérir les cœurs charmés par cet ange aux épaules de marbre.)