Jalouse

Anya Taylor-Joy : "Je rêve de travailler avec Wes Anderson"

Avec un visage singulier, un talent incontestable et une confiance en elle extraordinaire, l’actrice, égérie de Flowerbomb de Viktor & Rolf, sera une personnalité phare de 2020 grâce au remake d’Emma, au spin-off X Men, New Mutants et au film Radioactive.
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Robe en organza de soie brodé, Erdem. Boucles d’oreilles, Moussaieff. Collant, Calzedonia. Boots en cuir, Dr. Martens.

Photographie : Alan Gelati 
Stylisme : Chloe Breeney 
Traduction : Hélène Guillon

Après ce shooting avec Anya Taylor-Joy, ambassadrice du parfum Flowerbomb de Viktor & Rolf, l’actrice se présente dans une tenue de danseuse avec un pull oversized et des bas de laine rayés portés sur un collant en résille. Commençons par la nouvelle version d’Emma, le film d’Autumn de Wilde tiré du livre de Jane Austen qui sort en juin, dans lequel Anya a le rôle-titre. “En novembre 2018, j’ai reçu un e-mail me demandant de ne pas confirmer de nouveaux projets, suivi immédiatement après par un autre e-mail m’avertissant qu’on me voulait pour Emma et que le lendemain la réalisatrice prendrait l’avion pour me voir. Lorsque nous nous sommes rencontrées avec Autumn de Wilde, nous nous sommes entendues à l’instant et ce qui devait être un déjeuner s’est poursuivi par une longue après-midi de promenade, à chiner chez les antiquaires, dans une relation de complicité immédiate presque une relation mère-fille.” Anya, qui avait lu le roman à l’âge de 11 ans, explique la popularité et la pertinence contemporaine d’un livre écrit en 1815, “parce qu’il est plein d’esprit ! Je pense qu’avec cette production, nous avons réussi à faire ressortir l’extraordinaire sens de l’humour de Jane Austen. Pendant le tournage, j’étais parfaitement consciente des attentes et de la pression que j’allais subir en jouant un rôle aussi apprécié. Je pensais que ce serait une expérience très sérieuse, mais en fait, sur le plateau, on s’est beaucoup amusés. Je pense que je vais faire inscrire dans mes prochains contrats que je ne veux plus travailler avec Josh O’Connor (M. Elton dans Emma), parce que il m’est impossible de garder mon sérieux quand il est dans les parages ! (...) Jane Austen a écrit dans la préface de son livre : ‘Je mets en scène une héroïne qui, en dehors de moi, ne plaira pas à beaucoup’. Je trouve ça fantastique, car l’idée de devoir plaire toujours à tout le monde me rend furieuse. Ce que je voulais transmettre de mon personnage, c’est qu’Emma est belle, intelligente et riche, elle a un cœur bienveillant mais elle est aussi totalement snob et peut être absolument cruelle. Une cruauté qui vient de son insécurité et de son sentiment de solitude : elle est extrêmement protectrice envers ses amis parce qu’elle a peur de rester seule. (...) Dès le début du tournage, Autumn a fait comprendre aux acteurs les règles sociales de la période de la Régence. En bonne Latino-américaine, j’ai l’habitude d’embrasser tout le monde, mais Autumn me l’interdisait sur le plateau. Et les autres n’avaient pas le droit de me toucher. Emma vit tellement sous une cloche de verre que chaque fois que les personnages se touchent les mains, cela déclenche des réactions bouleversantes. Cela explique en partie pourquoi la scène où l’on voit danser Emma et M. Knightley (joué par Johnny Flynn) est aussi électrique à l’écran.” Pour Autumn de Wilde, qui a d’abord été photographe de mode, Emma est un premier film. “Mon travail d’actrice consiste à entrer dans le cerveau du réalisateur au point de savoir ce qu’il veut et ce qu’il aime avant même qu’il me le dise explicitement. La Emma que nous présentons est vraiment la créature qu’Autumn et moi avons conçue ensemble. L’alchimie qui s’est créée entre nous nous a permis de donner vie à des personnages plus complexes et plus intéressants”, poursuit Anya.

Coup de chance

Née à Miami, dernière d’une famille de six enfants, Anya est entrée dans le cinéma sur un coup de chance : “Je promenais mon chien quand un type a commencé à me suivre en voiture. Il était responsable d’une agence de mannequins et m’a demandé si j’étais intéressée à poser. Je lui ai répondu que je ne pouvais le faire que s’il me considérait comme une actrice. C’est comme ça que je me suis retrouvée sur un plateau photo avec les acteurs de Downtown Abbey. Adam Leech (Tom Branson) m’a demandé de lui réciter le poème que j’étais en train de lire. Puis il m’a mis en contact avec son agent. C’est pour ça que je n’arrête pas de lui dire qu’il est ma marraine fée.” Sans aucune formation, Anya s’est retrouvée sur le set du film d’horreur The Witch de Robert Eggers, qui remporté la palme du meilleur réalisateur à Sundance 2015, et qui l’a lancée comme actrice. Depuis lors, elle a travaillé sans relâche, a remporté le Gotham Breakthrough Actor Award en 2016, a été nominée l’année suivante aux BAFTA dans la catégorie Rising Star et a remporté, toujours en 2017, le Trophée Chopard au Festival de Cannes. Anya s’apprête à retrouver Robert Eggers sur le plateau de The Northman, une histoire de vengeance qui se déroule chez les Vikings au Xe siècle. Après The Witch, Anya est apparue en 2017 dans Split de M. Night Shyamalan, aux côtés de James McAvoy, reprenant deux ans plus tard le rôle dans Glass. “J’ai commencé à jouer à 18 ans, et j’ai l’impression de découvrir peu à peu qui je suis à travers tous les rôles dont je me défais. C’était génial de travailler à nouveau avec M. Night, les gens avec qui je me sens bien ont toujours une part de folie, moi je suis prête à les suivre jusqu’au bout du monde et eux, ils me suivent. Quand je ne joue pas dans une scène, M. Night me veut toujours à ses côtés et me demande mon avis sur beaucoup de choses. En général, mon personnage devient une sorte de sœur jumelle avec laquelle je vis tout le temps. Je vis mes rôles avec une telle passion que jouer des personnages si différents les uns des autres est absolument électrisant.”

"Aujourd’hui, j’aime mon indépendance, je connais Londres comme ma poche et quand je la parcours de long en large avec mes combat boots, je me sens totalement en sécurité. Il y a une atmosphère de rébellion dans cette ville parallèlement à une cordialité très 'salon de thé'"

Égérie irrévérencieuse

À Londres, Anya n’a pas encore de maison définitive. Sa perception de la ville a beaucoup changé : “À mon arrivée, tout me semblait gris et décourageant. J’avais grandi sous le soleil et je me sentais complètement perdue. Mais aujourd’hui, j’aime mon indépendance, je connais Londres comme ma poche et quand je la parcours de long en large avec mes combat boots, je me sens totalement en sécurité. Il y a une atmosphère de rébellion dans cette ville parallèlement à une cordialité très “salon de thé” : je trouve cette coexistence exaltante.” Mis à part les combat boots, la mode la fascine peu : “À la fin de cette année, j’aurai tourné dans 22 films en cinq ans, j’ai pratiquement toujours vécu en tenue de scène. Je commence seulement maintenant à découvrir mon sens du style, que je qualifierais d’irrévérencieux. J’aime les choses excentriques. D’ailleurs ma dernière obsession frise le mauvais goût : des boucles d’oreilles géantes, que j’ai faites moi-même en accrochant des décorations de Noël à un anneau.” Égérie l’année dernière de Flowerbomb Midnight de Viktor & Rolf, Anya, cette année, devient ambassadrice des déclinaisons Flowerbomb Eau de Parfum et Flowerbomb Dew. Et quelle actrice pourrait mieux interpréter cette dichotomie, avec son côté The Witch, parfait pour Midnight et son côté English rose en pleine harmonie avec Dew ! “Viktor & Rolf font des vêtements qui sont de véritables œuvres d’art, presque des constructions architecturales. Flowerbomb Midnight est mystérieux, sexy, Flowerbomb Dew l’est aussi, mais d’une manière différente, plus en accord avec ma conception de la sensualité : rester au lit toute la matinée le dimanche, dans des draps de soie, en m’étirant comme un chat. La sensualité du lendemain matin plutôt que celle du soir du rendez-vous.” La confiance en soi d’Anya est impressionnante. “Cela vient de ma famille, même si on est tous dispersés dans le monde entier comme des gitans. Je suis la plus jeune. C’est merveilleux d’avoir une famille aussi nombreuse, et en même temps d’avoir été élevée avec toute l’attention de mes parents, presque comme si j’étais fille unique. Mon père est moitié écossais et moitié argentin, c’est un sportif à la mentalité compétitive. Ma mère, d’origine africaine, anglaise et espagnole, est une personne toujours prête à rire et à danser. Elle a été photographe, créatrice de bijoux et décoratrice d’intérieur. À l’âge que j’ai aujourd’hui, 23 ans, elle a adopté trois enfants, puis elle en a fait trois autres. Elle nous a donné tout son amour et nous a consacré tout son temps. Une vraie Wonder Woman.”

En plus du spin-off de X Men, New Mutants, sorti en avril, de Radioactive, réalisé par Marjane Satrapi avec Rosamund Pike qui sera sur nos écrans en juin, Anya tourne actuellement pour Netflix The Queen’s Gambit, l’histoire de la championne d’échecs Bess Harmon. Elle ne se fatigue jamais ? “Il y a tant de choses que je voudrais réussir à faire d’un point de vue créatif. En ce moment, j’aimerais travailler dans une comédie musicale, ou dans un film d’arts martiaux, qui demande une forte implication physique. Je rêve aussi de travailler avec le réalisateur Wes Anderson : son goût pour les choses excentriques ressemble beaucoup au mien !”

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