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Daniel Radcliffe : "Il n'y a pas plus drôle que ma petite amie"

by L'Officiel Netherlands
04.01.2017
Le duo de producteurs Daniel Scheinert et Daniel Kwan ajoutent un troisème Daniel au tableau, lequel interprète le rôle du (pas si) défunt Manny dans leur spectaculaire Swiss Army Man. Le jeu brillant de l’acteur dans ce film, qui a remporté le prix de la mise en scène au festival de Sundance, suffira-t-il à faire oublier le petit Harry Potter? Nous avons demandé à Daniel Radcliffe himself.

Il préfèrerait jouer le défunt Manny plutôt que d’être ici. Daniel Radcliffe, 27 ans, me scrute avec un regard vide. Nous sommes assis sur un grand canapé en cuir brun, dans un studio en plein centre de Londres. Monsieur Radcliffe s’est montré courageux durant cette longue journée très axée mode : poser n’est décidément pas son passe-temps favori. Pour l'occasion, il a ramené sa propre playlist rock que crachent à plein volume les vieux haut-parleurs. Parfois, il imite un riff avec sa guitare imaginaire. 

Après la séance, l’acteur, visiblement soulagé, revêt à nouveau sa tenue de tous les jours: jeans, un T-shirt vert et une casquette de baseball bleue et rouge. Sa politesse, qui saute aux yeux lors de la première rencontre, intrigue pour un acteur qui a joué le rôle principal d’un des cartons du cinéma contemporain. Il sort sur la terrasse avec son paquet de tabac à rouler pour en fumer une au soleil, gratifiant la réceptionniste qui lui ouvre la porte d’un signe de tête amical. Si vous lui dites que vous avez apprécié Swiss Army Man, il se précipite pour vous remercier. Dans un milieu où tout tourne autour de sa personne - le studio - il ferait presque oublier qu’il est encore là pour un moment. 

Buzz

Radcliffe n’est pas écrasé par les sorties de films, il gère le stress comme personne. L’acteur né à Londres présente deux films cet automne dont l'Empire, un long métrage dans lequel il joue un flic qui infiltre une organisation terroriste néo-nazie. Et le fameux Swiss Army Man, dans lequel Hank (joué par Paul Dano) se lie d'amitié avec un cadavre échoué sur une île déserte. Il se trouve que son nouveau copain post-mortem pourrait bien avoir toutes sortes de pouvoirs, commençant même à lui donner la réplique. On pourrait penser que Manny est impatient de retrouver le chemin de la civilisation.

L’image absurde, presque comique, de la vie et la mort véhiculée dans le film a provoqué un véritable buzz dans le monde du cinéma. Au cours de sa première présentation au Sundance Film Festival, une partie de l’auditoire, offensée, est même sortie du stade en pleine projection. Mais depuis lors, le film a reçu beaucoup de critiques positives. Le site Indiewire a même publié un manifeste expliquant pourquoi Radcliffe devrait obtenir un Oscar pour son rôle de Manny.

Swiss Army Man - Trailer

Daniel Scheinert et Daniel Kwan prétendent qu’ils ne fument pas d’herbe. Les croyez-vous ? 

Au début, je les décrivais à mes amis comme des stoner. Ils en avaient vraiment l’air. Mais c’était une subtile préparation pour le film, ce qui était très intelligent de leur part. Ils sont très perfectionnistes. C'est très esthétique comme manière de faire. Ce sont des personnes qui sont plongées dans leur travail. Leur sens de l'humour particulier, leur imagination débordante, leur amour pour l’humain et tout ce qui les entoure. Nous avons filmé dans une région en Californie connue pour son herbe. L’un des deux portait alors un t-shirt loose avec un Yeti - le parfait attirail du stoner. Il a été accosté plusieurs fois par des revendeurs, qui lui demandaient d’en acheter. Il leur a répondu qu’il était là seulement pour faire un film. 

Comment avez-vous réussi à lire à travers le script, et vous imaginer le résultat final ?

Grâce à l'habileté avec laquelle il a été écrit. C’était amusant à lire. Mais à aucun moment je ne me suis posé la question de savoir si le film verrait le jour, c’était une évidence. Je me souviens avoir pensé : un cadavre, que vont-ils faire avec lui ? Comment vont-ils développer davantage le concept? Chaque fois que je pensais que la limite avait été atteinte, ils trouvaient une nouvelle manière d’aller plus loin. Je savais que le résultat allait être aussi spécial qu’unique. 

Vous avez une renommée immense pour un homme de 27 ans.

Oh, je vous remercie.

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Est-ce jouissif, effrayant ou la prenez-vous tout simplement comme elle vient ?

Je suppose que je prends la célébrité comme elle vient. Je suis fier de ce que j'ai accompli et je vais continuer pour voir jusqu'où je peux aller avec ce bagage. Dans un sens, c’est jouissif. Je ne suis jamais à la recherche de scripts : ils doivent se présenter à moi de manière évidente, comme pour Harry Potter. Ce succès, je ne vais pas l’égaler. Ce n’est pas que je suis revenu à la case départ après ces films, le public me connaissait déjà. Mais je devais décider comment ma carrière devait bifurquer par la suite. Dans un sens, je recommençais un cycle. J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir compter sur les meilleurs directeurs de casting, réalisateurs et scénaristes. Ils mettent en avant une facette de ma personnalité qui n’est pas encore connue du public. Ils ont prit un risque, parce qu'ils ne me connaissaient qu’à travers Harry Potter à ce moment là.

Vous avez dit que vous aviez beaucoup à prouver après Harry Potter. Qu’en est-il aujourd’hui ?

C’est toujours le cas, en quelque sorte. Je n’ai jamais fait d’école de théâtre, j’ai appris sur le tas. J’ai beaucoup aimé cette méthode d’apprentissage, mais il y aura toujours quelque chose en moi qui veut prouver que j’ai eu beaucoup de chance étant enfant. Je suis aujourd’hui un adulte, et j’ai su cultiver ce talent. Je veux encore me le prouver, et je pense que ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Mais je le sens moins comme un fardeau, comme avant. Cela m’a desservi, notamment lors de ma première pièce de théâtre à mes 17 ans. Je me rappelle d’avoir pensé qu’un acteur encore enfant n’avait pas sa place ici. Lorsque je me présentais à une répétition, je me sentais inférieur. 

Y-a-t-il des choses que vous ne faites pas et que vous pourriez faire?

Je suis moins susceptible de vivre de nouvelles expériences que je le souhaiterais. Si je devais nommer la première chose qui me passe par la tête : je n’écume pas les bars et les clubs par exemple, chose que j’aurais faite si je n’étais pas aussi connu. Ce n’est pas si mal au final.

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Vous avez dit dans des interviews que l’énorme succès d’Harry Potter est dû en partie aux personnes autour de vous. Comment prépare-t-on un enfant de 11 ans à cela ?

Il l’a été, en particulier dans la manière qu’ont eu mes parents de réagir. Je me souviens de la fois où nous sommes allés au Japon après le premier opus. Beaucoup de cris, des milliers de fans se poussaient dans le hall des arrivées en nous attendant. C’était de la folie. D'autres parents auraient été peut-être paniqués, mais je ne pense pas que les miens l’étaient. Nous avons sauté dans la voiture, et j’ai regardé leur réaction. Il riaient. C'était drôle et stupide à la fois. En tant qu’enfant, j’ai compris que ce qui m’arrivait n’était pas dangereux, c’était comique et absolument bizarre ! Sur le set, je demandais à toute l’équipe de me conseiller et de m’écouter. 

À un si jeune âge?

Oui, absolument. Ils faisaient des blagues du style «  Nous ferons de toi une étoile ». Je m’étais lie d'amitié avec une femme, Jane, qui s’occupait de ma coiffure pour les quatre premiers films. Je lui ai dit que je n’étais pas arrogant, que je ne me le permettrai pas, mais que j’avais aussi mon mot à dire. Je me suis vite octroyé la permission de dire ce que je ressentais à l’équipe. Aujourd’hui, il m’arrive de travailler avec des enfants sur le plateau, et je sens que j’ai la responsabilité de leur demander de temps en temps si tout va bien, si jouer leur plaît toujours.

Lorsque vous aviez onze ans, avez-vous réalisé que vous alliez devenir fucking riche ?

Mes parents ont très justement réagi à ce sujet là. Je savais bien sûr que j’étais bien payé pour jouer dans ces films, mais ils ne m’ont jamais dit combien. De plus, ils se sont arrangés pour que je ne touche pas cette somme avant mes 18 ans. A votre onzième anniversaire, la ligne d’arrivée est encore loin, croyez-moi ! Et lorsque je l’ai touché, je n’ai même pas eu le réflexe de vérifier mon solde bancaire. Vous auriez pu me dire que j’avais tout l’argent du monde, cela ne m’aurait pas importé plus que ça. Faire des films était le plus important pour moi. Bien sûr, c’est très agréable d’avoir un peu de luxe dans sa vie. Mais la principale chose que l’argent peut vous apporter est de ne pas à avoir à s’inquiéter d’en avoir besoin.

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Il circule beaucoup de rumeurs sur la somme d’argent que vous avez gagné avec ce rôle.

Oh, je le crois volontiers.

... je suppose que vous ne vous en formalisez pas ?

Yep.’ 

Votre petite amie est l'actrice Erin Darke, que vous avez rencontrée sur le tournage de « Kill your darlings ». Qu’est-ce qui vous attire chez elle ?

Elle me fait beaucoup rire. Et ce n’est pas facile ! Je pense qu’il n’y a pas grand monde d’aussi drôle qu’elle. Elle a aussi la capacité de voir les choses à travers une perspective que je n’ai pas. Elle me dit des choses tellement logiques lorsque j’ai un problème, que cela me calme et m’aide à le résoudre. Pouvoir être en accord avec elle, qui me rend si heureux, est l'une des nombreuses choses qui la rend aussi spéciale pour moi.

Qu'avez-vous appris sur vous-même dans cette relation?

Elle m'a fait mûrir, et je suis devenu beaucoup plus confiant. Notre relation m'a fait réaliser que je peux avoir plus confiance en moi.

Le tabloïd The Sun a récemment annoncé que vous étiez sur le point de vous marier. Est-ce vrai ? 

Non, nous ne nous sommes absolument pas engagés. Nous avons tous deux une attitude très détendue en ce qui concerne le mariage. Un tel engagement ne se prend pas à la légère, et lorsque j’explique que ce n’est pas d’actualité, j'entends des choses du style "Oh, son couple bat de l’aile." C’est totalement faux. Nous sommes très heureux dans notre relation, mais ne comptons pas nous marier pour l’instant.

Et si cela arrive, j’ai le scoop non ?

Oh, oui, absolument, vous serez le premier !

Interview : Caspar Pisters 

Photographe Robert Wunsch
Styliste Chantal Drywa

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