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Stacy Martin : "C’est une chance de mélanger profession et passion"

30 ans en 2020, la beauté d’une madone et un talent fou. Jamais à court de projets, la jeune femme revient sur ce qui (a) fait d’elle une actrice
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LOUIS VUITTON Pull en laine et coton mélangés, chemise en soie imprimée, pantacourt en cuir de veau, bague en métal doré et escarpins en cuir de veau et métal

Photographie par Maxwell Granger
Styilisme par Brydie Perkins
Casting par @JenJalouse

Dans le nouveau long-métrage de Nicole GarciaAmantsStacy Martin brille dans le rôle de l’hypnotique Lisa... Un beau chemin parcouru depuis 2014, l’année de son entrée fracassante dans le cinéma avec Nymphomaniac, de Lars von Trier, qui avait repéré ce mannequin au physique aussi gracile que son jeu était (déjà!) affirmé. Depuis, on l’a vue et aimée chez Benoît Jacquot, Marie Monge, Michel Hazanavicius, Joann SfarBen Wheatley ou encore Nicolas Saada. Entretien.

Peut-on parler du film de Nicole Garcia, Amants, qui va bientôt sortir en salles?
Après avoir lu le scénario, j’ai plusieurs fois rencontré Nicole afin qu’on puisse établir un lien... Avec elle, c’est toujours un système de recherche, de questionnements. Quand elle m’a offert le rôle, c’était un grand bonheur, car le scénario est mystérieux, avec une tension de film noir. Par la suite, avec Pierre Niney, nous avons travaillé sur le couple formé par Simon et Lisa, et l’alchimie s’est vite créée. Puis Benoît Magimel nous a rejoints... Amants est riche, complexe, et explore différentes formes que peut prendre l’amour.

Quels sont vos autres films à venir?
Pour l’instant, au vu du contexte, aucune date de sortie n’est confirmée. Mais entre autres projets, il y a Archive de Gavin Rothery, un film de science-fiction où je joue un robot qui prend petit à petit conscience des plans machiavéliques de son créateur...

Lorsqu’on est actrice, comment travaille-t-on en 2020?
Tout est un peu bancal. C’est une année où on a dû s’adapter de manière très radicale, notamment du côté des pays occidentaux où on n’a pas l’habitude ni l’expérience des pandémies. Dans mon métier, j’alterne des mois très remplis et d’autres pas du tout, et j’ai eu la chance de vivre un confinement agréable. Néanmoins, retourner travailler, c’est prendre énormément de précautions. Sur le tournage d’une série pour la BBC et Netflix, Le Serpent, les mesures sanitaires sont très strictes et gâchent l’intimité, la sociabilité du plateau. Mais si c’est ainsi que l’on peut continuer à travailler, alors faisons-le. Par ailleurs, je pense aux films à petit budget qui ne peuvent guère se permettre financièrement de respecter toutes ces règles, je suis curieuse de voir ce qui va pouvoir se construire ces prochains mois... S’il y a des subventions en France, ce n’est pas le cas dans beaucoup d’autres pays. Votre mère est anglaise, votre père français, vous êtes née à Paris, vous vivez à Londres...

Entre la France et l’Angleterre, votre cœur balance? 
Oui, et tant mieux! Ce sont deux cultures distinctes. J’ai grandi à Paris, je me sens parisienne, mais cela va faire douze ans que je suis à Londres, dont je suis tombée amoureuse à l’âge de 18 ans. Je n’ai pas de langue maternelle car j’ai toujours parlé l’anglais comme le français à la maison. C’est un beau cadeau de mes parents : en tant qu’actrice, je peux aussi bien jouer dans des films français qu’anglo-saxons, avoir accès à des réalisateurs et des genres différents. Le Japon a également été un pays important pour moi, j’y ai passé six années de mon enfance...

Comment avez-vous compris que le cinéma deviendrait votre métier?
Jusqu’à ce premier rôle avec Lars von Trier, jouer, c’était seulement mon hobby. Avec Nymphomaniac, j’ai eu l’opportunité incroyable de comprendre que je pouvais en faire mon métier. Depuis, à chaque fois que je tourne un film, je suis toujours agréablement surprise d’avoir la capacité d’en vivre, de ne pas m’angoisser pour payer mon loyer. C’est une chance de mélanger profession et passion.

En quoi Nymphoniac a bouleversé votre vie autant que votre carrière?
Il m’a rendu actrice, m’a aidée à faire des choix, et à me convaincre que les films que j’aime ne sont pas inaccessibles ! Quand je prenais des cours de théâtre, on interprétait du Tchekov et de l’Ibsen, et jamais je n’aurais cru travailler un jour sur des textes aussi beaux que les leurs, mais au cinéma. 

Parmi tous les personnages que vous avez incarnés, lequel vous touche le plus?
Chaque acteur laisse une trace de lui dans un personnage, et inversement. Cependant, je crois avoir été très touchée par
le rôle d’Eleanor dans Vox Lux de Brady Corbet. Elle est la sœur d’une pop star, incarnée par Natalie Portman. Eleanor m’a brisé le cœur, car sa joie de vivre est détruite par le sacrifice de son talent pour le succès de sa sœur. C’est fascinant, ces proches qui évoluent dans l’ombre des stars...

Quel est le film qui vous a le plus marquée lorsque vous étiez enfant?
Jurassic Park. Il m’a transportée dans un autre monde. Spielberg parvient à nous faire croire que les dinosaures existent, et, encore aujourd’hui, les effets spéciaux restent impressionnants. En sortant de la salle de cinéma, j’avais la confirmation que l’imaginaire pouvait devenir réel. Quand j’étais petite, je me créais toujours beaucoup d’histoires, des petits scénarios dans ma tête, et j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à faire ça, que toute une industrie se consacrait à inventer des histoires!

Et le rôle iconique que vous auriez adoré jouer?
Celui de Catherine Holly dans Soudain l’été dernier de Tennessee Williams. 

Hormis le cinéma, quels autres arts vous accompagnent au quotidien?

Avant tout la peinture. Quand je commence à travailler un rôle, je m’inspire de livres d’arts, pour les sensations et les couleurs, pour être influencée par autre chose que par le littéraire et le concret. Je peux passer trente minutes devant un tableau de Mark Rothko ou Yves Klein. C’est cet art-là qui enlève toute possibilité de langage, qui offre une multitude d’interprétations... Il libère de la pression et de la logique implacable de la société.

Vous venez d’avoir 30 ans. Comment le vivez-vous?
Très bien ! J’avais même hâte. Pas de regret de l’adolescence, ou de la vingtaine: plus je vieillis, plus je suis à l’aise avec ce que je suis et mes choix de vie.

Hairstylist Halley Brisker
Makeup Kelly Cornwell
Assistante photo Kalvin Phillips
 

 

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